Paris renforce la sécurité du site Eurotunnel après un 9e mort

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PARIS RENFORCE LA SÉCURITÉ DU SITE EUROTUNNEL APRÈS UN 9E MORT
PARIS RENFORCE LA SÉCURITÉ DU SITE EUROTUNNEL APRÈS UN 9E MORT

LILLE (Reuters) - Le gouvernement français a annoncé mercredi le déploiement temporaire d'effectifs supplémentaires pour sécuriser les accès du site Eurotunnel après la mort dans la nuit d'un migrant soudanais, le neuvième depuis début juin.

Le ministre de l'Intérieur, engagé dans une polémique avec l'opérateur du tunnel sous la Manche sur les responsabilités respectives dans la situation difficile qui règne sur le site de Coquelles, près de Calais, a décidé que 120 CRS et gendarmes mobiles rejoindraient les 350 hommes déjà sur place.

"L'Etat, qui a toujours pris ses responsabilités, va renforcer encore les moyens qu'il consacre à la sécurisation de la frontière et notamment du site d'Eurotunnel", a dit Bernard Cazeneuve lors d'une déclaration à la presse, précisant que 17 filières de passeurs avaient été démantelées depuis début 2015.

"Le groupe Eurotunnel doit également, c'est bien normal, prendre ses responsabilités", a souligné le ministre.

Plus de 2.000 tentatives d'intrusion sur le site d'Eurotunnel par des migrants qui espèrent gagner le Royaume-Uni ont été constatées dans la nuit de lundi à mardi, selon la préfecture du Pas-de-Calais.

La nuit dernière, ce sont un millier de tentatives qui ont été signalées, selon une source policière. Le corps d'un migrant, âgé d'une trentaine d'années, a été retrouvé au pied d'une navette, probablement tué par un camion qui sortait du train de transport.

Depuis plusieurs semaines, les migrants tentent moins souvent de monter à bord des bateaux sur le port de Calais, en raison notamment du conflit social qui a perturbé l’activité du port, et optent pour les navettes d’Eurotunnel, ce qui a provoqué de nombreux retards.

BATAILLE DE CHIFFRES

Eurotunnel a estimé mercredi que la coupe était pleine.

"La pression qui s’exerce maintenant chaque nuit dépasse ce qu’un concessionnaire peut raisonnablement faire, et en appelle de manière constructive à une réaction appropriée des Etats", peut-on lire dans un communiqué.

Eurotunnel rappelle que les textes fondateurs du tunnel sous la Manche obligent les Etats à "permettre au concessionnaire d’effectuer son activité de transport en toute sécurité".

Le groupe répond implicitement à Bernard Cazeneuve qui avait déjà réagi dans une lettre datée du 23 juillet à une première salve de critiques émises par son PDG Jacques Gounon.

"Le groupe Eurotunnel, dont relève la sécurité de l'enceinte et de l'intérieur de l'emprise, n'a pas fait, selon mon analyse, des efforts à due proportion de l'aggravation de la situation", peut-on lire dans ce courrier du ministre de l'Intérieur.

Selon lui, avant le renforcement temporaire annoncé mercredi, l'Etat a quintuplé durant la dernière décennie le nombre de CRS et gendarmes mobiles sur place pour parvenir au nombre de 350 hommes qui, depuis le 3 juillet, ont repoussé 4.583 tentatives d'intrusion dans le tunnel.

De 2002 à aujourd'hui, Eurotunnel a réduit de 325 à 103 le nombre de ses agents de sécurité, affirme le ministre.

CALAIS VEUT UNE INDEMNISATION

Londres a par ailleurs investi 15 millions d'euros dans la sécurisation des accès, notamment des barrières, et a promis mardi d'y consacrer 10 millions de plus, ajoute-t-il.

Bernard Cazeneuve fait par ailleurs état de 3.000 migrants dans le Calaisis, et non de 5.000, comme le dit Eurotunnel.

Le groupe de transport a répliqué mercredi en estimant avoir été "au-delà de ses obligations contractuelles" en investissant 160 millions d'euros dans les moyens physiques, comme des caméras et des clôtures, depuis l'apparition des migrants.

Il affirme que les effectifs de gardiennage ont été doublés, pour atteindre près de 200 personnes qui, "en toute discrétion, ont intercepté depuis le 1er janvier plus de 37.000 migrants qui ont été remis aux forces de l’ordre."

Eurotunnel dit avoir "déposé des milliers de plaintes

systématiquement classées sans suite par le procureur du tribunal" et fourni aux forces de l'ordre des bus afin de convoyer les migrants interceptés "pour suppléer au manque de moyens matériels des forces publiques présentes à Calais".

Pour Natacha Bouchard, sénateur-maire Les Républicains de Calais, le renforcement de la sécurité ne règle pas le problème de fond, qui doit trouver une réponse internationale puisque les migrants veulent traverser la Manche.

"Il faut qu'on organise un sommet franco-britannique", a-t-elle dit sur RTL en réclamant une indemnisation de l'Etat français et des investissements britanniques pour compenser les pertes économiques subies par le Calaisis.

(Yves Clarisse, avec Pierre Savary à Lille, Emmanuel Jarry, édité par Sophie Louet)

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