Obama et Castro étalent leur désaccord sur les droits de l'homme

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ÉCHANGE "FRANC ET HONNÊTE" ENTRE OBAMA ET CAASTRO
ÉCHANGE "FRANC ET HONNÊTE" ENTRE OBAMA ET CAASTRO

par Matt Spetalnick et Daniel Trotta

LA HAVANE (Reuters) - Barack Obama a appelé Cuba à améliorer son bilan en matière de droits de l'homme, lundi à l'issue d'un long entretien en tête à tête au palais de la Révolution de La Havane avec Raul Castro, qui a déploré que les Etats-Unis aient deux poids et deux mesures sur cette question.

Lors d'une conférence de presse donnée au deuxième jour de sa visite historique dans l'île communiste, le président américain a indiqué qu'il avait eu un échange "franc et honnête" avec Raul Castro à propos des droits de l'homme et des domaines de coopération entre les deux pays.

"Nous continuons d'avoir de sérieuses divergences, notamment sur la démocratie et les droits de l'homme", a déclaré Barack Obama au côté de Raul Castro.

Le président cubain, qui répondait en direct aux questions des journalistes, ce qui est rare, a montré de l'agacement après une question portant sur les prisonniers politiques.

"Donnez-moi tout de suite une liste de ces prisonniers politiques et si cette liste existe, ils seront relâchés avant la fin de la nuit", a lancé le chef de l'Etat cubain.

Cette rencontre était la quatrième en tête à tête entre les deux hommes, après les brefs apartés qu'ils ont eus aux obsèques de Nelson Mandela en 2013, leur entrevue d'une demi-heure au sommet des Amériques à Panama en avril dernier et celle en marge de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre.

Un dîner d'Etat devait être donné dans la soirée au palais de la Révolution en l'honneur de la venue du président américain.

HOMMAGE À JOSÉ MARTI

La visite de Barack Obama, prévue jusqu'à mardi, vise à rendre "irréversible" le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba amorcé en décembre 2014, a souligné la Maison blanche. Les relations diplomatiques ont été rétablies en juillet dernier entre les deux pays, qui continuent néanmoins d'entretenir de profonds désaccords.

Arrivé la veille au soir en compagnie de son épouse Michelle et de leurs deux filles Sasha et Malia, Barack Obama a entamé la journée de lundi sur la place de la Révolution, symbole du pouvoir cubain où Fidel Castro, qui a laissé sa place en 2008 à Raul Castro à la tête de l'Etat, s'est adressé pendant des décennies à la foule pour dénoncer l'impérialisme américain.

Le président américain a déposé une gerbe de fleurs devant le mémorial consacré au héros de l'indépendance cubaine au XIXe siècle José Marti, un bâtiment dominé par un portrait gigantesque d'Ernesto "Che" Guevara.

"C'est un grand honneur de rendre hommage à José Marti, qui a donné sa vie pour l'indépendance de sa patrie. Sa passion pour la liberté et l'autodétermination se perpétue aujourd'hui chez le peuple cubain", a écrit Barack Obama sur le livre d'or du mémorial.

De la place de la Révolution, le président américain s'est ensuite rendu au palais de la Révolution.

Une visite présidentielle américaine dans ce sanctuaire du pouvoir castriste aurait été impensable avant le rapprochement bilatéral initié par Barack Obama et Raul Castro en décembre 2014.

De profondes divergences opposent le président démocrate et le leader communiste, sur la voie de la reconstruction des relations bilatérales.

NOMBREUX OBSTACLES

Les adversaires du président américain le pressent de pousser le gouvernement cubain à autoriser l'opposition politique et à poursuivre l'ouverture de son économie dirigée.

Barack Obama compte encourager les réformes économiques et un plus grand accès du réseau internet aux Cubains.

L'administration démocrate espère que de tels changements pourraient intervenir lors du congrès du Parti communiste prévu en avril.

Barack Obama doit en outre avoir une rencontre privée avec des dissidents cubains, mardi à l'ambassade des Etats-Unis.

Premier président américain en exercice à se rendre à Cuba depuis Calvin Coolidge en 1928, Barack Obama entend tourner la page d'une hostilité datant de la Guerre froide, qui a débuté peu après le renversement en 1959 d'un gouvernement cubain pro-américain par des révolutionnaires emmenés par Fidel Castro, frère de l'actuel président.

De nombreux obstacles demeurent néanmoins sur la voie d'une pleine normalisation des relations entre les deux pays, en premier lieu l'embargo économique des Etats-Unis sur Cuba que le Congrès à majorité républicaine à Washington refuse de lever.

Lors de sa conférence de presse, Raul Castro a estimé que l'embargo et la présence américaine sur la base de Guantanamo constituaient les principaux obstacles à des relations bilatérales plus apaisées.

La Russie, grand soutien et allié du régime cubain du temps de l'Union soviétique, a estimé lundi que la visite de Barack Obama et le rapprochement entre Washington et La Havane étaient dans l'intérêt de Moscou.

Mardi, Barack Obama prononcera un discours que retransmettra en direct la télévision cubaine, et assistera à un match de baseball - sport très populaire à Cuba - qui opposera l'équipe Tampa Bay Rays, venue de Floride, à l'équipe nationale cubaine.

(Avec Marc Frank et Nelson Acosta à La Havane, et Dmitry Solovyov à Moscou; Bertrand Boucey, Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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