Nouveau cap pour la compagnie Corsica Linea

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CORSICA LINEA SUCCÈDE À LA SNCM ET AFFICHE DE NOUVELLES AMBITIONS
CORSICA LINEA SUCCÈDE À LA SNCM ET AFFICHE DE NOUVELLES AMBITIONS

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - La direction de l'ex-SNCM devenue Corsica Linea a fixé mardi des objectifs ambitieux à la nouvelle compagnie maritime, qui devra louvoyer entre l'offensive judiciaire menée par son propre comité d'entreprise et la Collectivité territoriale de Corse, où les nationalistes veulent en faire une compagnie régionale.

"J'ai trouvé une entreprise fatiguée, qui a vécu 18 mois compliqués", a reconnu son directeur général, Pierre-Antoine Villanova, ancien cadre de Suez-Environnement qui présidera aux destinées de l'entreprise de 870 personnes, moitié moins que l'ex-SNCM placée en redressement judiciaire.

Le nouveau dirigeant veut mettre en place un "management simple, pragmatique et axé sur une forte proximité" pour retrouver les parts de marchés perdues par la compagnie au terme de plusieurs années d'errance et de démêlés judiciaires.

Pour 2016, il prévoit un chiffre d'affaires de 165 millions d'euros, ce qui représente entre 450.000 et 500.000 passagers transportés et 900.000 mètres linéaires de fret, soit une augmentation respective de 5 et 10% par rapport à l'an passé.

"On veut remplir les bateaux sur l'ensemble de l'année, au meilleur tarif et avec une qualité de service exemplaire", résume-t-il. Le but est de "multiplier rapidement" par trois les 12% de parts de marché actuellement détenues par la compagnie sur les dessertes entre la Corse et le continent.

Corsica Linea annonce aussi un investissement annuel de 18 millions d'euros dans la rénovation des bateaux et des remises de 30 à 50% sur le prix de produits ciblés pour s'attaquer au leadership de Corsica Ferries.

"Notre terrain de jeu, c'est la Méditerranée occidentale. On a un double ancrage avec la Corse, qui pèse 60% de nos activités, et Marseille, qui est et restera le port naturel de Corsica Linea", souligne Pierre-Antoine Villanova.

La crainte d'un transfert du siège social de la compagnie maritime en Corse est l'une des raisons de l'action en justice des salariés du comité d'entreprise de l'entreprise, qui contestent la fusion entre la MCM et la CM Holding.

UNE COMPAGNIE RÉGIONALE ?

Ils estiment que cette alliance entre deux anciens rivaux pour la reprise de la SNCM ne respecte pas les modalités du plan de cession présenté par le repreneur désigné par le tribunal de commerce de Marseille en novembre dernier. Il réclame l'annulation de la cession des titres de MCM à CM Holding.

Le tribunal de commerce examinera le dossier le 18 mai.

"Tout ce que nous faisons s'inscrit dans la continuité de ce qui a été présenté par M. Rocca au tribunal de commerce. Je ne suis pas inquiet", affirme l'un des 15 actionnaires principaux et président de Corsica Linea, Pascal Trojani.

Le dirigeant a évoqué la signature des accords sociaux, la création effective d'une fiducie sur deux bateaux de la flotte et la signature d'un bail pour les locaux de la société qui fait de Marseille le "coeur opérationnel" de la compagnie, même si le siège social doit être transféré à Ajaccio fin 2017.

D'ici là, les discussions avec la Collectivité territoriale de Corse (CTC) auront abouti. Dominée depuis décembre 2015 par les nationalistes, la CTC n'a jamais caché sa volonté de créer une compagnie régionale pour assurer les liaisons entre la Corse et le continent, et de se positionner au coeur du futur système.

"On est sur une discussion globale avec la CTC, dont l'échéance est la mise en place d'une nouvelle délégation de service public (DSP). L'activité de Corsica Linea ne peut pas continuer sans DSP", indique Pascal Trojani en référence aux subventions pour relier la Corse et le continent toute l'année.

La Commission européenne avait donné son aval à la reprise de la SNCM, placée en redressement judiciaire en novembre 2015, constatant une "discontinuité économique" qui ouvrait la voie à l'abandon des recours européens pour obtenir le remboursement de 440 millions d'euros de subventions illégales.

"Tout a été mis en place pour que cette discontinuité soit avérée. Nous avons remis un dossier en ce sens à Bruxelles", a conclu le président de Corsica Linea.

(Edité par Yves Clarisse)

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