New York s'attaque aux «professionnels» d'Airbnb

le
1

Un rapport du procureur général révèle que certains propriétaires détiennent plusieurs dizaines d'appartements mis en ligne. Trois logements sur quatre proposés dans la Grosse Pomme sont illégaux.

Fin de la période de grâce pour Airbnb. Le site de locations entre particuliers connaît un formidable succès depuis sa création en 2008. Mais ce qui est devenu un phénomène de société grâce à l'essor de l'économie collaborative est également la nouvelle bête noire de la justice américaine. Alors qu'Airbnb rencontre déjà dans plusieurs pays des difficultés à entrer en conformité avec les lois nationales, s'attirant les foudres des autorités, le site doit désormais également faire face à des attaques ciblées dans plusieurs villes de son pays d'origine. San Francisco lui a récemment imposé sa réglementation et New York le menace aujourd'hui à son tour.

Le procureur général de la ville a présenté cette semaine un rapport sur l'offre d'Airbnb à New York, préparé à partir des données fournies -après une longue bataille judiciaire- par le site. Premier constat: près de trois quarts des logements proposés le sont illégalement. Rien de très étonnant, étant donnée la réglementation très stricte de la ville en matière de location immobilière. Deuxième observation: la plupart des appartements sont situés dans les trois quartiers les plus huppés de la ville, à Manhattan, alors qu'il est presque impossible de trouver un appartement dans le Bronx ou le Queens. Peu surprenant là encore, puisque la première clientèle d'Airbnb est touristique et les logeurs situés en-dehors des zones qui intéressent les visiteurs ont peu de chance de trouver preneur.

L'économie «du partage» mise à mal

Mais le principal intérêt de ce rapport est ailleurs. Il révèle que plus d'un tiers des logements proposés sur le site appartiennent à seulement quelques propriétaires. Ils parviennent ainsi à capter plus du tiers des revenus générés par les locations via Airbnb à New York. Le procureur général de New York a précisé que les 6% d'hôtes concernés possèdent chacun entre trois et 272 appartements présents sur le site de location. Ils gèrent en fait de véritables hôtels illégaux, qui suscitent l'ire des acteurs du secteur touristique.

Loin de «l'économie du partage» dont Airbnb est pourtant un des étendards, le site encouragerait une concentration des richesses entre les mains de quelques uns, déjà suffisamment privilégiés pour s'offrir plusieurs biens immobiliers dans les quartiers les plus en vue de New York. En préférant louer leurs appartements à des touristes pour une courte durée plutôt qu'à des locataires de longue durée, ces propriétaires contribuent en outre à aggraver la crise du logement. Une nouvelle start-up new-yorkaise propose même de louer un appartement... à l'heure! De quoi inquiéter les autorités, qui redoutent un assèchement du marché locatif traditionnel et une brusque hausse des prix.

La justice promet des «mesures combatives»

Un porte-parole d'Airbnb s'est défendu en disant que l'entreprise était prête à travailler avec la municipalité à de nouvelles règles afin d'éviter les abus et «de protéger les habitués qui veulent simplement partager le lieu dans lequel ils vivent». Mais le procureur ne semble pas disposé à revoir la loi mais plutôt à la faire appliquer au plus vite. «Quiconque dirige un hôtel illégal doit savoir que l'État et la municipalité prendront des mesures combatives dans ce domaine», a prévenu le procureur général. «Une campagne de publicité enjôleuse ne change rien au fait qu'il s'agit d'une activité illégale», a-t-il ajouté, taclant Airbnb.

Le site aura fort à faire pour maintenir sa croissance voire même son activité dans la Grosse Pomme. Brian Chesky, le petit génie de la «sharing economy» à la tête d'Airbnb, expliquait en 2012 au Figaro que «la confiance est la monnaie d'échange qui fait la valeur» d'Airbnb et que la plateforme avait à coeur de montrer à ses utilisateurs «qu'ils peuvent avoir l'esprit tranquille». Le rapport du procureur de New York pourrait bien écorner cette confiance et diviser la fameuse «communauté», chère à Airbnb.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • lio3 le lundi 20 oct 2014 à 17:50

    Si New York attaque airbnb alors vous pouvez etre sur que notre gouvernement viendra collecter les amendes de nos fraudeurs a Paris sans trop de remors