Mise sous pression par la BCE, la Grèce rejette tout "chantage"

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LA GRÈCE SOUS PRESSION
LA GRÈCE SOUS PRESSION

par George Georgiopoulos et John O'Donnell

ATHENES/FRANCFORT (Reuters) - Les valeurs bancaires grecques rechutaient jeudi à la Bourse d'Athènes tandis que les rendements de la dette publique remontaient en flèche au lendemain de la décision de la Banque centrale européenne de priver le secteur financier du pays de ses financements.

La décision de la BCE revient à faire peser sur la seule banque centrale nationale grecque la responsabilité du financement des banques et elle marque un revers pour le gouvernement d'Alexis Tsipras, qui entend négocier un nouvel accord sur la dette publique.

L'indice des valeurs bancaires grecques a perdu jusqu'à 22,6% en début de séance et abandonnait 12,25% vers 11h10 GMT, tandis que l'indice général de la Bourse d'Athènes cédait 5,5%. Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts grecs à trois ans a pris jusqu'à plus de trois points, à près de 20%.

"La Grèce n'a l'intention d'exercer aucun chantage sur qui que ce soit et elle ne cédera à aucun chantage", a déclaré un responsable gouvernemental grec dans un communiqué. "La décision de la BCE (...) est un acte de pression politique visant à ce qu'un accord soit conclu rapidement."

Il a précisé que les banques grecques avaient obtenu le feu vert pour disposer, si nécessaire, de 10 milliards d'euros supplémentaire de financements d'urgence.

Alexis Tsipras et son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, ont consacré les derniers jours à une tournée des capitales européennes pour tenter de convaincre leurs partenaires d'appuyer une renégociation de la dette et un allègement des mesures d'austérité, tout en affirmant que leur pays n'avait pas intérêt à prolonger le plan d'aide actuel au-delà de l'échéance du 28 février.

Ils n'ont reçu que peu de soutien et il est peu probable que Yanis Varoufakis en trouve davantage jeudi à Berlin, où il devait s'entretenir avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble.

Pour le président français, François Hollande, la décision de la BCE "renvoie sur les Etats, sur les gouvernements les responsabilités et c'est bien légitime: c'est aux Etats, aux gouvernements, bientôt à ce qu'on appelle l'Eurogroupe, de prendre ces décisions".

"Elle dit aussi au gouvernement grec qu'il doit annoncer un cadre pour ses réformes", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse.

PAS D'ASSISTANCE MUTUELLE, DIT WEIDMANN

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis a estimé pour sa part que le plan d'aide devait être prolongé pour donner du temps aux négociations.

"Du point de vue de la Commission européenne, l'issue la plus réaliste consiste à (...) prolonger la durée du programme de quelque mois ou d'un semestre", a-t-il dit à Reuters.

Deux banques grecques ont déjà commencé à solliciter le mécanisme de fourniture de liquidité d'urgence ("emergency liquidity assistance" ou ELA) géré par la Banque de Grèce pour faire face à l'accélération de la baisse de leurs dépôts après la victoire de Syriza, le parti de gauche anti-austérité dirigé par Alexis Tsipras, aux élections du 25 janvier, a-t-on appris de deux sources bancaires.

Le ministère grec des Finances a déclaré que la décision prise par la BCE mercredi visait à mettre sous pression l'ensemble de l'Eurogroupe, l'instance qui réunit les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro, pour qu'il conclue un accord profitant à la fois à Athènes et à ses partenaires.

Pour le président de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann, le financement d'urgence des banques grecques doit être considéré comme une mesure temporaire. Ce mécanisme peut être interrompu si une majorité des deux tiers du Conseil des gouverneurs de la BCE en décide ainsi.

Mais une telle décision pourrait provoquer probablement l'effondrement rapide du système bancaire grec, et peut-être la sortie de la Grèce de la zone euro.

"Les Etats membres restent pleinement responsables des conséquences de leurs propres décisions budgétaires autonomes", a-t-il dit lors d'un événement public à Venise.

"Si les marchés en venaient à considérer l'union monétaire comme un système d'assistance financière mutuelle en cas de problème grave, les doutes sur la solvabilité d'un pays particulier pourraient se propager plus rapidement aux autres Etats membres."

(George Georgiopoulos, avec Jean-Baptiste Vey à Paris, Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)

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