Manuel Valls obtient la confiance mais perd la majorité absolue

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MANUEL VALLS OBTIENT LA CONFIANCE MAIS PERD LA MAJORITÉ ABSOLUE
MANUEL VALLS OBTIENT LA CONFIANCE MAIS PERD LA MAJORITÉ ABSOLUE

PARIS (Reuters) - Manuel Valls a obtenu mardi pour la deuxième fois la confiance des députés mais a perdu 37 soutiens en cinq mois, après avoir tenu un discours "de vérité" dépourvu d'annonce majeure où il donné quelques gages à la gauche du Parti socialiste.

L'Assemblée nationale a accordé par 269 voix contre 244 sa confiance au nouveau gouvernement constitué le 27 août après le limogeage les ministres opposés à la politique économique du Premier ministre. La majorité absolue (289 députés), qui avait été dépassée pour son premier gouvernement avec 306 voix, est désormais loin et les prochains votes s'annoncent difficiles.

Outre le groupe socialiste, celui des radicaux de gauche largement a voté la confiance. Au PS, 32 "frondeurs" - contre 11 seulement en avril - se sont abstenus ainsi que les écologistes.

Manuel Valls a dit voir dans ce vote un encouragement à poursuivre "jusqu'à la fin du quinquennat" la route "du redressement de la France".

Mais pour Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée, ce résultat est "plus qu'un avertissement".

Manuel Valls "vient de perdre sa majorité absolue dans l'hémicycle. Ses jours sont vraiment comptés", a-t-il dit à la presse. "Il va falloir maintenant qu'il présente le budget."

Le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a reconnu que le vote du budget serait délicat.

"Si l'on veut vraiment donner envie aux Français de croire à la politique qui est menée, si l'on veut installer de la stabilité et de la confiance, il faut que pour les prochains textes en particulier, la majorité soit capable de mieux se rassembler", a-t-il souligné après le scrutin.

LES FRONDEURS VEULENT UN PLAN D'URGENCE

Le "frondeur" socialiste Christian Paul a réclamé un plan d'urgence pour tenir compte de la récession.

"Ceux qui se sont abstenus aujourd'hui se sont abstenus non pas pour marquer une hostilité au gouvernement mais pour donner plus de forces aux propositions qui devront être entendues, le plus tôt sera le mieux", a-t-il averti.

Mais Manuel Valls a, dans sa déclaration de politique générale, labouré son sillon social-démocrate - "la seule question qui doit nous occuper, c'est mener les réformes indispensables, avec courage - et pris pour cible la droite, une partie du patronat et l'Allemagne d'Angela Merkel.

"L'importance du moment nous oblige, tous ici, à nous hisser à la hauteur des événements", a-t-il martelé après avoir dressé un sombre tableau de la situation internationale et d'une économie européenne menacée selon lui par la déflation.

Il a promis d'être dans l'action "dans la durée", "contre vents et marées", tout en reconnaissant que les divisions internes qui ont entraîné un remaniement gouvernemental et les déboires privés de François Hollande ont créé un climat "fait d'indignité, de narcissisme, d'irresponsabilité".

"La fébrilité ? Le virage ? Le zigzag ? Le renoncement ? Non !", a-t-il dit. "Gouverner, c'est résister. Gouverner, c'est tenir. Gouverner, c'est réformer. Gouverner, c'est dire la vérité", a-t-il ajouté.

Il a néanmoins promis pour 2015 une baisse d'impôt pour six millions de Français, une revalorisation du minimum vieillesse de 792 à 800 euros par mois ainsi qu'une prime exceptionnelle pour les retraités touchant moins de 1.200 euros par mois.

Il n'y a, selon lui, pas d'alternative, et surtout pas une dissolution de l'Assemblée, qui entraînerait le retour de la droite au pouvoir, ou une démission de François Hollande.

AVERTISSEMENT AU PATRONAT

L'opposition, a-t-il dit, veut effectuer "100 et 150 milliards de coupes budgétaires", à comparer aux 50 milliards d'euros d'économies programmées par le gouvernement.

Manuel Valls a réaffirmé qu'il ne pratiquait pas une politique d'austérité et qu'il ne toucherait pas aux 35 heures, un message également adressé au Medef, au lendemain de la diffusion des grandes lignes d'un document de travail de l'organisation patronale prônant ce type de réformes et reçu comme une provocation par les syndicats.

"Il n'y aura pas de remise en cause des 35 heures ni de la durée légale du travail. Réformer, ce n'est pas réduire le smic. Réformer, ce n'est pas supprimer le CDI. Réformer, ce n'est pas diminuer les salaires dans la fonction publique".

"Personne (...) ne doit prendre le risque d'affaiblir par je ne sais quelle provocation, par je ne sais quelle surenchère, l'indispensable dialogue social", a ajouté le Premier ministre, qui avait obtenu le 28 août, au lendemain de la formation de son nouveau gouvernement, une ovation debout des patrons du Medef.

Enfin, il a exhorté l'Allemagne à "assumer ses responsabilités" pour relancer la croissance en Europe - un signe aux frondeurs qui jugent la droite allemande en partie responsable du marasme économique actuel de la France.

Pour autant, le Premier ministre a aussi dit l'importance d'aider les entreprises "qui créent des richesses, de l'emploi". Prenant l'exemple d'Alstom, que le gouvernement s'est attaché à sauver, il a défendu l'idée d'une "main visible de l'Etat", qui a un "rôle à jouer dans une économie de marché".

La reprise n'est pas pour demain, a-t-il reconnu en soulignant que les mesures prises par le gouvernement en faveur de l'activité et de la compétitivité des entreprises, notamment dans le cadre du pacte de responsabilité, nécessiteraient "du temps pour porter pleinement leurs fruits".

(Elizabeth Pineau, avec Service France, édité par Yves Clarisse)

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