Manuel Valls interpelle FO et la CGT sur les violences

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MANUEL VALLS INTERROGE SUR LA PERTINENCE DES MANIFESTATIONS
MANUEL VALLS INTERROGE SUR LA PERTINENCE DES MANIFESTATIONS

PARIS (Reuters) - Manuel Valls s'est interrogé jeudi sur la "pertinence" des manifestations contre la réforme du Code du travail, au lendemain de violences sans lien avec la contestation syndicale, alors que la CGT et FO estiment que "le match n'est pas fini" malgré la faiblesse des dernières mobilisations.

Une nouvelle journée d'action -- manifestations, grèves, blocages, barrages... -- est prévue ce jeudi en France contre la loi El Khomri, adoptée sans vote la semaine dernière à l'Assemblée en première lecture après le recours par le gouvernement à l'article 49.3 de la Constitution.

La circulation des trains, déjà entravée mercredi par une grève à la SNCF, et des avions au départ de l'aéroport d'Orly, près de Paris, était perturbée.

En moyenne, 50% des liaisons TER et 40% des Intercités devaient être assurées, ainsi que deux TGV sur trois. En Ile-de-France, trois RER sur quatre et six Transilien sur dix devaient circuler. Dans l'aérien, 15% des vols sont annulés au départ d'Orly, selon la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Les routiers ont de nouveau mené des blocages en province, notamment des barrages filtrants dans la zone de Fos-sur-Mer et de Lavéra (Bouches-du-Rhône). En Gironde, une soixantaine de routiers bloquaient l'accès à la plate-forme logistique de Cdiscount (Groupe Casino), à Cestas.

"Nous ne pouvons tolérer ces barrages", a dit Manuel Valls qui a accusé la CGT et FO d'"attiser les inquiétudes" avec des "contre-vérités" sur la rémunération des heures supplémentaires.

"ESSOUFFLEMENT"

"Ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement dit rester droit dans ses bottes. Ça peut changer. Le match n'est pas fini", a répliqué sur France Inter le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, qui continue de réclamer avec son homologue de la CGT le retrait de la réforme.

"Il faut que cette colère soit entendue par le président de la République qui a une posture de fermeté. Il faut absolument que les salariés continuent à protester", a dit Philippe Martinez sur RFI. "La structure du texte reste inacceptable. Il faut reprendre à zéro", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a souligné "l'essoufflement" des manifestations et appelé les syndicats à "prendre leurs responsabilités" dans un climat de tension et de violences aigu, en raison de l'infiltration systématique, désormais, de "casseurs" dans les cortèges.

"Je ne vois pas quel est véritablement le but aujourd'hui" des manifestations, a-t-il dit.

Alors que des auditeurs le pressaient de prononcer l'interdiction des manifestations, il a répondu : "Ça ne peut pas être mon rôle, manifester est un droit constitutionnel".

"Je ne confonds pas ceux qui manifestent avec les casseurs", mais "je pense qu'il faut aujourd'hui que les syndicats (...) prennent leurs responsabilités", a-t-il poursuivi.

"Si à chaque manifestation il y a aujourd'hui des casseurs, on doit s'interroger sur la pertinence d'un certain nombre de ces manifestations", a-t-il dit après avoir évoqué l'agression de policiers mercredi à Paris en marge d'une manifestation de membres des forces de l'ordre contre la "haine anti-flic".

VALLS EN APPELLE AUX SERVICES D'ORDRE SYNDICAUX

Le Premier ministre a promis des "sanctions implacables" envers les contre-manifestants qui ont incendié une voiture de police et tenté de molester des fonctionnaires.

Selon le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, quatre hommes, dont trois avaient fait l'objet d'une interdiction de manifester, ont été interpellés et placés en garde à vue. Cette interdiction a été cassée par la justice administrative.

"Des listes de noms vont être de nouveau décidées pour empêcher encore une fois un certain nombre d'individus de se rendre à des manifestations", a dit Manuel Valls en espérant que la justice administrative confirme "cette fois-ci" la mesure.

A Rennes, la police a interpellé jeudi matin 19 personnes au visage recouvert de cagoules dans plusieurs stations de métro de Rennes alors qu'ils tentaient de dégrader des systèmes permettant aux rames automatiques de circuler.

A Nantes, la préfecture de police a décidé dès mercredi d'interdire la manifestation de jeudi après de nombreux épisodes de violence lors des défilés contre la loi Travail.

Manuel Valls a souhaité que les services d'ordre des syndicats, qui ont créé la polémique en s'armant de battes ou de manches de pioche lors des récents rassemblements, prennent, "avec le soutien de la police, toutes les mesures pour empêcher ces casseurs de se mêler à la foule des manifestants".

Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly ont dit leur inquiétude face aux violences et interpellé l'Etat.

"Le service d'ordre prendra ses responsabilités", a dit le dirigeant de la CGT. "En même temps, on voit bien du côté des forces de l'ordre des choses qui ne vont pas. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. C'est en marge des cortèges qu'il y a des problèmes."

(Sophie Louet, édité par Yves Clarisse)

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