Manuel Valls dit ne pas entendre les critiques de son camp

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MANUEL VALLS DIT NE PAS ÊTRE TOUCHÉ PAR LES CRITIQUES DE SON CAMP
MANUEL VALLS DIT NE PAS ÊTRE TOUCHÉ PAR LES CRITIQUES DE SON CAMP

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Manuel Valls a dit jeudi ne pas être touché par les "attaques" et les "rumeurs" émanant de son camp depuis la défaite de la gauche aux départementales, qui laissent présager un difficile travail de rassemblement pour porter la fin du quinquennat.

Des "frondeurs" socialistes aux anciens ministres Cécile Duflot, Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti, les critiques ont plu ces derniers jours sur le chef du gouvernement.

"Je ne les entends pas", a déclaré l'intéressé à Matignon après la réunion bimensuelle du gouvernement. "Ce qui m'intéresse ce sont les Français. Ce ne sont ni les rumeurs, ni les attaques personnelles parce qu'au fond, elles discréditent ceux qui les tiennent."

Avant lui, la ministre de la Justice Christiane Taubira s'était livrée à une séance de déminage sur son entretien à l'Obs, où elle décrit une gauche qui "a adopté les mots de la droite - c'est une faute - parce qu'elle a cru qu'elle devait constamment démontrer ses capacités gestionnaires".

Elle a fait une mise au point à l'adresse de ceux qui ont vu dans ces propos, relus par les services de Matignon avant publication, une attaque du chef du gouvernement.

"Le jour où je ne suis pas solidaire du gouvernement, si je n'approuve pas la politique de Manuel Valls, si je ne suis pas à l'aise dans ce gouvernement, je m'en vais", a-t-elle affirmé. "J'assume totalement cette analyse. Elle n'a rien à voir avec le Premier ministre dont je soutiens l'action."

MONTEBOURG ATTAQUE

Christiane Taubira s'est démarquée de l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, qui accuse l'exécutif d'"étouffer l'économie" dans un entretien aux Echos au ton jugé "outrancier" par le ministre des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.

La veille, devant la presse parlementaire, l'ex-ministre Aurélie Filippetti ciblait la "ligne économique" d'un exécutif qui refuse de changer de cap.

"Si après quatre défaites électorales, à chaque fois on dit 'on ne change rien et on continue' je pense que l'on va démobiliser encore plus notre électorat, il y aura encore plus d'abstention chez l'électorat de gauche la prochaine fois", analysait l'ancienne ministre de la Culture.

Le maintien du cap gouvernemental "est un enfermement déraisonnable", a déclaré pour sa part à Reuters le député "frondeur" Pouria Amirshahi. "Dire 'on ne change rien', c'est au pire un entêtement, au mieux un grand manque d'imagination."

Mardi dans Le Monde, c'est l'écologiste Cécile Duflot qui accusait Manuel Valls d'utiliser un "logiciel périmé", alors que Verts et socialistes venaient tout juste de reprendre langue.

"PAS DE COUAC", DIT LE FOLL

Face à cette série d'attaques, le porte-parole du gouvernement, Stéphane le Foll, s'est efforcé de relativiser.

"Il n'y a pas de couac, il y a des expressions. On va rester serein. On a fixé un cap, il va être tenu", a-t-il dit jeudi devant la presse.

Dans l'entourage de Manuel Valls, ont jugé "normal qu'au lendemain d'une défaite, un parti, une famille s'interroge".

"Des acteurs s'agitent mais on ne les met pas tous dans le même sac", soulignait-on, faisant une grande différence entre les propos d'anciens ministres et ceux de Christiane Taubira.

Dans ce contexte de défiance, la cote de popularité de François Hollande a reculé d'un point en avril, à 20%, et celle de Manuel Valls de trois, tombant à 29%, selon un sondage YouGov réalisé entre les deux tours des élections départementales pour Le Huffington Post et iTELE publié jeudi.

Très présent dans la campagne, le Premier ministre s'est efforcé depuis dimanche de répondre à la déception mâtinée de colère de son camp, multipliant les interventions devant les élus socialistes et à l'Assemblée nationale.

Du chemin reste à parcourir cependant pour offrir aux Français l'image d'une gauche rassemblée qui pourrait se traduire par un gouvernement remanié, ouvert à des écologistes et des "frondeurs".

Ce "n'est pas l'urgence", a dit cette semaine Manuel Valls, qui annoncera la semaine prochaine des mesures pour l'emploi.

"Il faut travailler à l'unité politique sur des rapprochements et ne pas s'exciter sur un calendrier", confirmait jeudi son entourage. "Ça prendra la temps que ça prendra".

(Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse)

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