Malgré les attentats, Paris célèbre le Beaujolais nouveau

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REPORTAGE - Le Beaujolais nouveau est arrivé jeudi soir avec des soirées de lancement prévues un peu partout en France. Une célébration prétexte à la fête qui se tient cette année dans un contexte particulier.

19 heures dans le bar «En vrac» situé dans le 18e arrondissement de Paris. Une dizaine de personnes sont déjà présentes et presque autant de serveurs. Ils sont au nombre de sept ce soir. «On verra bien mais on ne se fait pas d'illusion», s'attriste Thierry, le patron.

L'an dernier, il a contenté près de 400 clients. Fabrice était l'un d'entre eux. Il se souvient: «C'était super. Il y avait une terrasse abritée installée à l'extérieur spécialement pour l'occasion avec un DJ et le buffet.» Cette année, tout se passe à l'intérieur. «On ne demande pas pourquoi...», ironise sa compagne. Un bar se partage entre dégustations de vins et galettes aux saucisses. Deux tables et quelques chaises sont disposées le long des vitres. Quant au disc jockey, il s'est vu remplacer par l'ordinateur du patron. La musique est diffusée à partir d'une web radio, et notamment ce titre: «Love, Let Love and Be Loved» de Tony Fox. Une litanie qui en dit long sur l'atmosphère. Moins d'une semaine après les attentats sanglants qui ont touché la capitale, et plus particulièrement des civils en terrasse, l'ambiance est particulière.

«Fêter le Beaujolais, un bel hommage à notre pays»

«On y pense beaucoup. C'est difficile mais on se force pour ne pas rester chez nous», raconte Arnaud accompagné de sa petite amie. D'habitude, ils auraient passé cette soirée avec une bande d'amis. Mais ce soir, ces derniers n'étaient pas très enclins à sortir. Ils sont plusieurs à avoir été plus ou moins touchés dans leur entourage par l'attaque au Bataclan vendredi dernier. «Je suis forcément un peu plus stressé qu'avant mais je ne vais pas quand même pas changer mon mode de vie. Ça serait céder à la peur», se justifie Yanis. Une motivation partagée par tous. «On aime le bon vin. On boit un verre chaque soir depuis le week-end dernier. Mais fêter le Beaujolais, c'est rendre un bel hommage à notre pays et nos traditions», s'enthousiasme Farah. «On est aussi là pour conjurer le sort. C'est un peu notre mot d'ordre. Reprendre le cours des choses», ajoutent Maelle et Laurence, un couple d'habitués.

Ces tourtereaux viennent régulièrement ici. Ils habitent le quartier. Comme beaucoup, ils ont découvert que cette soirée était celle du lancement du Beaujolais nouveau seulement en passant la porte. «On est censé le savoir? Il y a eu de la pub là-dessus?», s'interrogent-ils. «Les gens ne savent pas. Ils ne viennent pas pour ça. C'est tous les ans pareil. Mais ça reste l'occasion pour eux de goûter le Beaujolais nouveau du coup», note une des vendeuses patientant à l'entrée que les clients arrivent. Thierry avait bien annoncé l'événement sur la page Facebook de son établissement, mais «ça s'adresse à un cercle restreint d'habitués», discerne-t-il. Comme l'an passé, 300 litres de Beaujolais ont été commandés. Il compte bien les vider d'ici quatre jours.

19h30: la salle commence à se remplir avec près d'une quarantaine de personnes. Les quelques couples déjà présents se retrouvent peu à peu entourés de groupes d'amis plus nombreux. «Il n'y a pas de dance floor comme l'année dernière, mais on se doit d'assurer la soirée malgré tout pour les gens», explique le gérant d'«En vrac».

Si chacun tente de se changer les idées, les images violentes sont dans toutes les têtes. Le moindre bruit de sirène au loin attire tous les regards vers l'extérieur. La musique s'arrête soudaine. La faute à un problème de connexion. Le courant a partiellement disjoncté. Thierry se presse pour s'occuper personnellement du problème. Il veut que les gens soient «d-é-t-e-n-d-u-s».

«Ne pas accentuer la psychose»

Pas d'agent de sécurité devant l'entrée. Mais «on fait passer le mot et chacun veille», assure le patron, y compris dans les bars aux alentours. Un homme en noir scrute particulièrement le lieu. Cet «ange gardien», comme il se surnomme, ne travaille pas pour l'établissement. C'est un habitué du quartier qui «rend service exceptionnellement ce soir». «Tout se fait discrètement pour ne pas accentuer la psychose», explique-t-il. Derrière son calme apparent, Thierry a quand même pris soin de vérifier l'issue de secours au cas où.

20 heures passé. Le bar frôle les 70 personnes. L'ambiance est de plus en plus joviale. Thierry est heureux. Il prend du recul pour prendre la foule en photo. Il immortalise les sourires de cette soirée à laquelle il s'attendait au pire en terme de fréquentation. Il est rassuré. «Dès lors qu'ils sont entourés, les gens oublient les tracas. Le sourire est contagieux», commente un serveur, poète d'un soir. La salle continue de se remplir quand les premiers arrivés commencent à partir, une bouteille de Beaujolais nouveau sous le bras, «ne serait-ce que par principe», s'exclame un client qui n'aura finalement bu que du Muscadet ce soir. «Merci d'être venus», leur lance Thierry. Son bar restera ouvert jusqu'à minuit ce soir.

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  • ttini le vendredi 20 nov 2015 à 14:47

    je confirme, le Duboeuf