Les Sofica, une niche fiscale au service du cinéma

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La plupart des films français qui feront parler d'eux à Cannes ont été financés par des Sofica, ces sociétés qui proposent aux épargnants d'investir dans le cinéma. Mais depuis deux ans, ces derniers semblent moins enthousiastes.

Elles sont au générique de «La tête haute» d'Emmanuelle Bercot, de «Dheepan» de Jacques Audiard, mais aussi de «Marguerite et Julien» de Valérie Donzelli, de «Mon roi» de Maïwenn, et de «Mia madre» de Nanni Moretti…. Les Sofica, qui financent un film français sur deux, aux côtés des producteurs, des distributeurs et des chaînes de télévision, ont aidé bon nombre des œuvres projetées cette année sur la Croisette à voir le jour. A elle seule, A Plus Image 5, par exemple, en a déjà deux à l'affiche: Dheepan, et Les Anarchistes, d'Elie Wajeman.

«Les Sofica sont de plus en plus sollicitées pour boucler les plans de financement des films, car les chaînes de télévision investissent moins, les distributeurs souhaitent moins s'impliquer, et le besoin de financements alternatifs va croissant» observe Fabrice Imbault, directeur général d'A Plus Finance.

Une économie d'impôt

Mais si ce rouage de la production cinématographique française fonctionne si bien, c'est aussi grâce aux épargnants qui chaque année, confient, pour cinq ans minimum, aux Sofica leurs économies. Pas toujours seulement par amour du 7e art, mais aussi parce que ce placement risqué et atypique leur donne droit à une réduction d'impôt.

«Cet avantage fiscal aide les Sofica à collecter, mais il a une contrepartie: elles doivent financer des premiers ou des deuxièmes films, des films à petit budget, et investir dans le développement en amont des projets, la partie la plus risquée, quand tout peut encore être annulé» rappelle Pierre-Emmanuel Lecerf, directeur des affaires juridiques et financières au CNC (Centre national du cinéma), l'organisme qui agrée chaque année la dizaine de Sofica autorisées à solliciter l'épargne des Français. Les Sofica aident donc surtout les films d'auteur, ceux justement qui tiennent le haut de l'affiche à Cannes, même si elles ne dédaignent nullement les documentaires, les séries télé et autres téléfilms (14 % de leurs investissements) ou encore les dessins animés.

Un système à réformer?

La faille? Trente ans tout juste après leur création, les Sofica auraient besoin d'être réformées, estime le CNC en tête. Car les épargnants sont de moins en moins nombreux à vouloir y investir, depuis que leur avantage fiscal a été rogné. «La réduction d'impôt est égale à 36 % de la somme investie (30 % dans certains cas), plafonnée à 18.000 euros par foyer. Soit une économie fiscale maximale de 6 480 euros» explique Anaïs Ursella, responsable du développement produit à l'UFF. Beaucoup moins séduisant que le taux de 48 % qui prévalait il y a encore quelques années.

Or, l'économie d'impôt est essentielle pour la rentabilité du placement, aux yeux des souscripteurs. «Hors avantage fiscal, ils ne sont pas certains d'être remboursés de la totalité de leur mise» rappelle Anaïs Ursella. Tout dépendra des succès des films financés par la Sofica, sur lesquels elle négocie une partie des recettes (diffusion en salle, à la télévision, VOD, droits internationaux).

«Une réforme permettrait aussi d'orienter certains investissements des Sofica vers les nouveaux enjeux de la création, comme les séries télévisées, très risquées à produire , ou encore l'exploitation en ligne - ou à l'international - des oeuvres», souligne Pierre-Emmanuel Lecerf. Moins glamour que la Croisette… En attendant, les sociétés qui gèrent les Sofica ne ratent pas le rendez-vous. «Cannes, c'est aussi l'occasion de rencontrer les producteurs des prochains films, de voir des projets que nous pourrions financer» explique Fabrice Imbault.

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