Les inquiétudes se multiplient sur une bulle immobilière anglaise

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Les prix à Londres ont bondi de 18% en un an. La Banque d'Angleterre cherche à calmer la fièvre.

One Hyde Park: l'adresse la plus prestigieuse de Londres. Un penthouse de 1500 mètres carrés vient de s'y vendre pour la bagatelle de 140 millions de livres (172 millions d'euros). Un record de plus, dans une ville où les prix de l'immobilier ont bondi de 17,7 % depuis un an, contre 9% dans le reste du pays. Jusqu'où la fièvre spéculatrice ira-t-elle? Les signaux indicateurs de la formation d'une nouvelle bulle se multiplient.

Même le duc de Westminster s'inquiète. À la tête de la dixième fortune de Grande-Bretagne, ce propriétaire de 120 hectares dans les quartiers les plus chics de la capitale et de dizaines de milliers d'autres à travers le pays, a vendu pour 240 millions de livres de biens immobiliers de luxe dans Londres l'an dernier. «Il y a un risque de bulle immobilière et quand la hausse inévitable des taux d'intérêt surviendra, les flux de capitaux vont s'inverser et mettre les valeurs sous pression», explique Nicholas Scarfe, le directeur financier de son groupe, Grosvenor.

La Banque d'Angleterre vient d'évoquer la nécessité de relever progressivement ses taux assez vite. Son gouverneur, Mark Carney, vient de reconnaître l'existence de «profonds problèmes structurels» du marché immobilier. C'est, selon lui, le plus important facteur de risque pour la stabilité financière du pays. Dopés par le sentiment de reprise économique depuis un an, les Anglais continuent de considérer la pierre comme principal moyen de s'enrichir. Le gouvernement a jeté de l'huile sur le feu en subventionnant les emprunts les plus risqués des ménages modestes par le dispositif «Help to Buy», que de nombreux économistes appellent maintenant à arrêter. Le spectre d'une vague de défauts de remboursements de crédits à la moindre hausse des taux d'intérêt pourrait provoquer une nouvelle crise bancaire grave, les emprunts à taux variable étant la règle.

Plafonner les emprunts

Pour éviter cela, la Banque d'Angleterre étudie la mise en place, dès le mois prochain, de garde-fous obligeant les banques à provisionner davantage d'actifs pour garantir les prêts les plus risqués, ceux qui dépassent 4,5 ou 5 fois le revenu annuel de l'emprunteur. Elle pourrait aussi imposer un plafond sur les sommes prêtées. La banque Lloyds, premier distributeur de crédits en Grande-Bretagne, a devancé l'appel.

Elle vient d'annoncer sa propre décision de limiter les prêts à risque à Londres. Les crédits supérieurs à 500.000 livres (600.000 euros) seront réservés aux emprunteurs qui gagnent au moins un quart de cette somme chaque année. Conscient du problème, le gouvernement ne veut pas démoraliser les ménages qui ont retrouvé l'optimisme, à un an des élections générales. David Cameron a cherché à rassurer cette semaine en relativisant la hausse des prix, encore inférieurs à leur pic de 2007. Il a laissé entendre que ceux-ci pourraient continuer d'augmenter pendant quatre ans sans risque pour l'économie. Mais il reconnaît que c'est à la Banque d'Angleterre d'agir pour éviter tout embrasement malsain.

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