Les éleveurs restent très mobilisés contre Lactalis à Laval

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FORTE MOBILISATION À LAVAL DES ÉLEVEURS CONTRE LACTALIS
FORTE MOBILISATION À LAVAL DES ÉLEVEURS CONTRE LACTALIS

LAVAL, Mayenne (Reuters) - A la veille d'une réunion à Paris entre producteurs de lait et représentants du groupe Lactalis, les éleveurs ont intensifié leur mobilisation à Laval (Mayenne), près du siège du géant laitier avec le soutien d'agriculteurs d'une dizaine de départements du grand ouest.

Aux abords du bâtiment de verre qui abrite les services administratifs de Lactalis et d'une plate-forme logistique dont les accès ne laissent plus sortir aucun camion, deux cents à trois cents éleveurs se relaient jour et nuit depuis lundi soir sur un campement de fortune.

Sur les grilles de l'entreprise, des banderoles prenant pour cible Lactalis, qualifié de "voleur", ou Emmanuel Besnier, son PDG, ont été déployées pour dénoncer la politique tarifaire du leader mondial des produits laitiers.

"Ton père nous faisait vivre, toi tu nous fait crever", proclame l'une d'elles, allusion aux deux dernières générations de la famille Besnier qui ont dirigé ce groupe familial.

"On ne cédera pas sans avoir de résultat. On est parti pour une longue bagarre", estime Didier Lucas, président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) des Côtes d'Armor, venu mercredi sur place avec une cinquantaine d'autres éleveurs de son département.

"Il faut que le leader mondial des produits laitiers tire les prix vers le haut", ajoute ce responsable syndical, qui n'attend pas toutefois d'annonce décisive à l'issue de la réunion prévue jeudi à la Maison du lait à Paris, où sera négociée une meilleure rétribution des producteurs.

Actuellement payés 257 euros les mille litres de lait par l'entreprise mayennaise, ces derniers réclament dans un premier temps au moins quelques dizaines d'euros supplémentaires et surtout des mécanismes de fixation des prix plus équilibrés entre le transformateur et ses producteurs.

"Actuellement, on perd environ 2.800 euros par mois, sans même parler de notre rétribution, pour 70 heures de travail par semaine. Mais on n'est plus au temps des serfs", s'insurge Yvon Boutier, producteur de lait de la région de Guingamp.

"Il faut savoir si la France veut encore une agriculture et des territoires vivants", ajoute cet administrateur de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor, qui estime que la Bretagne, première région laitière française, pourrait perdre 30% de ses éleveurs laitiers d'ici la fin de l'année.

"Les agriculteurs n'ont pas peur du travail mais ils ne sont pas considérés", se désole-t-il, estimant que "l'agriculture et la ruralité" devraient être décrétées "grande cause nationale", compte tenu des multiples crises que traversent les campagnes.

Mercredi, des opérations de contrôle des prix et des étiquetages des produits laitiers ont été menées en Mayenne et dans les Côtes d'Armor. Elles pourraient continuer au cours des prochaines semaines, ont fait savoir les syndicats agricoles.

(Pierre-Henri Allain, édité par Emmanuel Jarry)

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