Les départementales, nouveau tremplin pour le FN?

le
1
LE RISQUE DE BASCULE AUX DÉPARTEMENTALES
LE RISQUE DE BASCULE AUX DÉPARTEMENTALES

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Une recomposition politique s'annonce en France à la faveur des départementales des 22 et 29 mars, scrutin ignoré qui pourrait pourtant préfigurer le rapport de forces pour l'élection présidentielle de 2017, avec une droite et un Front national au coude-à-coude et une gauche promise à une nouvelle sanction.

Le scénario de cette élection intermédiaire, dont le score traditionnellement, à de rares exceptions, augure la présidentielle à suivre, paraît se dessiner au fil des sondages qui prédisent un nouveau record d'abstention à même de favoriser le FN, soucieux d'approfondir son ancrage local pour 2017.

Selon un sondage Ifop, 57% des Français n'iront pas voter, mus par le sentiment que le scrutin "ne changera rien" ou par la volonté de "manifester leur mécontentement". La participation au premier tour des cantonales de 2011 était de 44,32%.

Le parti de Marine Le Pen, largement vainqueur aux européennes de 2014 (25,41%), a présenté pour la première fois de son histoire des candidats dans 95% des cantons, réduits drastiquement de 4.035 à 2.054 après la réforme de 2013.

Les départements de l'Aisne, du Vaucluse, du Var ou de l'Oise sont jugés "gagnables" pour le FN par les observateurs.

Crédité de 29 à 30% des intentions de vote -légèrement devant ou à égalité avec l'alliance UMP-UDI et loin devant le PS (19-20%), le FN se montre prudent sur ses chances de conquête, car même en tête en nombre de voix, il se heurtera au mode de scrutin majoritaire relevant le seuil de qualification pour le second tour à 12,5% des suffrages exprimés.

LE FN EN LIGNE DE MIRE

La nationalisation du scrutin par Manuel Valls, qui a dramatisé l'enjeu en ciblant un FN "aux portes du pouvoir", et par le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, qui prépare sa revanche contre François Hollande et promet "la guerre" à Marine Le Pen, risque paradoxalement de servir l'extrême droite.

"La priorité du Premier ministre était tellement de mobiliser l'électorat de gauche qu'il est allé chercher l'antifascisme dans la vieille boîte à outils de la gauche", analyse Pascal Perrineau, qui parle d'"erreur stratégique".

Dans une campagne marquée par des attaques virulentes, mettre le FN sur le devant de la scène "ne contribue pas à baisser la fièvre mais au contraire l'alimente", juge-t-il.

"Le grand perdant, c'est le département, on aura parlé de tout sauf du département", regrette le sénateur UMP Bruno Retailleau.

Nicolas Sarkozy, contraint de disputer à Marine Le Pen le rôle de chef de l'opposition dans un régime de facto tripartite, s'emploie à galvaniser un électorat UMP lassé par les guerres intestines en dénonçant une alliance présumée "FNPS".

L'ancien chef de l'Etat, qui maintient l'ambiguïté sur ses intentions pour 2017, est face à un premier test déterminant depuis son accession à la présidence de l'UMP, le 29 novembre.

"Le rapport de forces est 61-41 (en faveur de la gauche sur les 102 départements-NDLR), la victoire pour nous serait d'inverser", déclare Gérald Darmanin, secrétaire général adjoint de l'UMP chargé des élections.

Dans le camp adverse, on se projette déjà dans l'après, même si on veut croire à l'Elysée qu'"une élection n'est jamais jouée d'avance".

"C'est l'histoire d'une défaite annoncée, la seule question, c'est l'ampleur", résume un conseiller ministériel.

LES INCONNUES DU "TROISIÈME TOUR"

François Hollande a d'ores et déjà prévenu qu'il n'y aurait pas d'infléchissement de la politique gouvernementale, quel que soit le résultat de l'élection, et Manuel Valls a affirmé pour sa part qu'il resterait "sans aucun doute" à Matignon.

"C'est un suicide, ça me fait penser aux baleines qui vont s'échouer sur la plage", déplore un député face à la désunion de la gauche. Le Parti communiste, notamment, est menacé de perdre ses deux derniers départements, l'Allier et le Val-de-Marne.

Pour Pascal Perrineau, "la perte de 30 départements (pour la gauche) est possible, ce serait une défaite en rase campagne".

"Dans ce contexte de démobilisation générale, le gagnant n'est pas celui qui gagne des voix, c'est celui qui en perd le moins: le PS est celui qui en perdra le plus, le bloc UMP-UDI en perdra aussi et le FN est celui probablement qui va en perdre le moins", estime le politologue Thomas Guénolé.

De fait, c'est plus le "troisième tour" que redoutent gauche et droite, avec l'élection le 2 avril des présidents de conseils départementaux (ex-généraux), dont les compétences sont suspendues au vote d'une loi sur la nouvelle organisation territoriale actuellement examinée au Parlement.

Les élus du Front national sont susceptibles de se retrouver en position d'arbitre dans plusieurs départements. "L'après-élections sera plus explosif car ça va poser la question des alliances", dit Pascal Perrineau.

(Avec Elizabeth Pineau, Emile Picy et Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M156470 le samedi 21 mar 2015 à 15:46

    Avant-hier, on parlait du terrible attentat en Tunisie,Hier, on parlait de l’éclipse solaire,Aujourd’hui on parle de la marée qui pourrait-être du siècle...Demain on parlera de la déculottée infligée à FH, M Valls et sa clique de baltringuesAprès demain, Ségolène parlera de la pollution à Paris...Ainsi, va le monde et on peut dire : TOUT VA BIEN !!!