Le programme de Trump et les enjeux de sa présidence

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TRUMP PROMET DE SECOUER L'ORDRE ÉTABLI
TRUMP PROMET DE SECOUER L'ORDRE ÉTABLI

WASHINGTON (Reuters) - Le président américain élu, Donald Trump, a fait campagne en promettant de secouer l'ordre établi à Washington et une fois à la Maison blanche, il sera en mesure de modifier en profondeur la politique américaine dans de nombreux domaines, du commerce international à la santé en passant par l'immigration et la fiscalité.

Mais la mise en oeuvre de ses propositions nécessitera la coopération du Congrès, qui n'est pas garantie sur le long terme au vu de ses relations tendues, voire conflictuelles, avec plusieurs dirigeants républicains et de leurs divergences idéologiques.

Ses principales propositions, thème par thème:

IMMIGRATION

Dès son entrée en campagne, Trump a annoncé qu'il ferait construire un "mur géant" le long de la frontière avec le Mexique pour empêcher l'immigration clandestine.

La construction, chiffrée entre 10 et 12 milliards de dollars, sera financée par le Mexique, a-t-il affirmé en se disant prêt, dans le cas contraire, à "saisir" les sommes que les Mexicains sans papiers installés sur le territoire des Etats-Unis transfèrent aux membres de leur famille restés dans leur pays d'origine. Il pourrait aussi relever les frais de visa, appliquer des taxes sur les produits mexicains ou réduire les sommes versées au titre de l'aide internationale.

Donald Trump s'est aussi engagé à tripler le nombre d'agents des services de l'immigration et des douanes et à créer une force spéciale chargée d'identifier les migrants sans papiers.

Seront expulsés en priorité les ressortissants étrangers sans papiers s'étant rendus coupables de crimes, ceux arrivés récemment sur le sol des Etats-Unis ou étant restés au-delà de l'expiration de leur visa.

Quelque onze millions d'étrangers sans-papiers vivent aux Etats-Unis.

Le site d'information Politico a estimé à 166 milliards de dollars (150 milliards d'euros) au moins le coût de l'expulsion de tous les clandestins et de la construction d'un mur à la frontière mexicaine. Si de nombreux élus républicains peuvent soutenir ces propositions, ils pourraient renâcler à l'idée de devoir en assumer le coût.

COMMERCE

Le promoteur immobilier estime que la Chine, le Japon, le Mexique, le Vietnam et l'Inde lèsent les Etats-Unis en dévaluant leur monnaie et en fermant leurs marchés à certaines exportations américaines et il reproche aux accords de libre-échange internationaux signés par les Etats-Unis d'avoir pénalisé les travailleurs américains et la compétitivité des entreprises.

Il a promis de rompre le Partenariat transpacifique (TPP), un vaste accord commercial liant les Etats-Unis et onze autres nations qui n'est pas encore en vigueur, et a affiché son intention de renégocier ou de rompre l'Alena, l'accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique entré en vigueur en 1994.

Comme président, il peut de sa propre initiative relever certains droits de douane et retarder le TPP même contre l'avis du Congrès.

Des économistes estiment que de telles décisions nuiraient à l'économie car elles se traduiraient par d'importantes hausses de prix sur les produits importés tout en pénalisant les exportations américaines.

Pour ce qui est des relations avec la Chine, Trump s'est dit prêt à accuser officiellement Pékin de manipulation des taux de changes et à imposer des droits compensatoires sur les produits "made in China". Il a aussi dit vouloir dénoncer devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) plusieurs politiques gouvernementales chinoises de subvention des exportations.

Sur le dossier des délocalisations, un autre de ses chevaux de bataille, Trump a notamment promis de surtaxer à 35% les voitures assemblées par Ford au Mexique.

POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET FISCALITÉ

Trump a promis d'importants allégements d'impôts via une réduction du nombre de tranches d'imposition conjuguée à une baisse des taux de taxation, mais aussi de préserver les programmes fédéraux de santé Medicare (pour les seniors) et Medicaid (pour les populations à faible revenu), qui représentent près d'un tiers de la dépense publique des Etats-Unis. programmes fédéraux. Les budgets du département de l'Education et de l'Agence fédérale de protection de l'environnement seraient en revanche réduits.

Une telle stratégie se traduirait par une forte augmentation de la dette publique, selon le Center for a Responsible Budget, un organisme non-partisan.

Le nouveau président a aussi promis une augmentation notable des crédits alloués à la défense et aux grands travaux d'infrastructures.

En matière de fiscalité, il peut compter sur le soutien du Congrès puisque le Parti républicain a dit vouloir refondre le code des impôts en baissant les taux d'imposition et en supprimant des niches fiscales. Une telle réforme en profondeur ne manquerait toutefois pas de susciter de fortes réticences.

La promesse de Trump de préserver certains dispositifs fédéraux de protection sociale pourrait par ailleurs mécontenter les plus radicaux des républicains du Congrès.

SANTÉ

Trump a promis d'abroger l'"Affordable Care Act", une loi sur l'accès des bas revenus à l'assurance santé plus connue sous le surnom d'"Obamacare", et de la remplacer par un texte qui renforcerait le contrôle des Etats sur le programme fédéral Medicaid tout en renforçant la latitude laissée aux compagnies privées d'assurance.

Mais il aurait besoin pour cela d'une majorité élargie de 60 voix au Sénat et la suppression de l'Obamacare pourrait susciter réactions négatives dans l'électorat car elle a permis à plusieurs millions d'Américains d'avoir accès à une couverture médicale.

La future administration Trump pourrait donc choisir de saper l'Obamacare sans aller jusqu'à sa suppression, notamment en nommant à la tête du dispositif des responsables alignés sur les positions du président.

RÉGULATION FINANCIÈRE

Donald Trump a promis le "démantèlement" de la réforme financière dite Dodd-Frank adoptée en 2010 après la crise, mais il n'a donné que très peu de détails sur ce projet.

Le programme du Parti républicain, lui, prône le retour à la loi Glass-Steagall, le texte adopté pendant les années 1930 qui forçait les banques à séparer leurs activités d'investissement de celles de dépôt. Mais de nombreux parlementaires républicains s'y opposent.

POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Trump a déclaré vouloir "mettre KO" l'organisation Etat islamique et, pour ce faire, il se dit ouvert à une coopération avec la Russie. Mais il maintient le secret sur les détails de sa stratégie pour que l'ennemi, dit-il, soit pris de court.

Il a expliqué qu'il donnerait à l'état-major 30 jours après sa prise de fonction (le 20 janvier) pour élaborer de nouveaux plans.

En Syrie, un président Trump pousserait à la création d'une "zone de sécurité" pour les Syriens à l'intérieur des frontières de leur pays, à charge pour les pétromonarchies du Golfe de la financer. Il refuse en revanche d'accepter des réfugiés syriens sur le sol des Etats-Unis.

Trump a aussi dit vouloir augmenter la taille et la puissance de feu de l'armée américaine afin de la rendre "si forte et si puissante que personne n'osera s'en prendre à nous".

RUSSIE ET OTAN

Donald Trump a dit souhaiter une "très, très bonne" relation avec la Russie. Il a précisé qu'il était prêt à coopérer avec Moscou dans la lutte contre l'Etat islamique et qu'il étudierait la possibilité de reconnaître la Crimée, région d'Ukraine annexée par Moscou en 2014, comme un territoire russe, ainsi que la levée des sanctions contre la Russie dans ce dossier.

Il a également critiqué l'Otan, estimant que certains alliés des Etats-Unis n'avaient pas tenu leurs engagements en matière de défense. En juillet, il a déclaré que si la Russie attaquait un pays membre de l'Alliance atlantique, il vérifierait, avant de prendre la défense de celui-ci, qu'il est à jour de ses contributions au budget de l'Otan.

Plus largement, Donald Trump veut que le Japon, l'Allemagne, la Corée du Sud et l'Arabie saoudite contribuent davantage au financement de l'aide militaire fournie par les Etats-Unis. "Nous ne pouvons plus défendre tous ces pays", a-t-il argumenté.

COUR SUPRÊME

L'un des neuf sièges de la Cour suprême américaine est vacant et plusieurs autres le seront probablement au cours des prochaines années, ce qui donnera au nouveau président la possibilité de nommer des juges conservateurs susceptibles de siéger pendant des décennies.

La liste des magistrats qu'il considère comme aptes à intégrer la Cour suprême a été saluée par l'aile la plus conservatrice du camp républicain et par des sénateurs du "Grand Old Party".

(Andy Sullivan; Henri-Pierre André et Marc Angrand pour le service français)

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