Le pape François à la rencontre des Indiens du Chiapas

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LE PAPE CÉLÈBRE UNE MESSE EN PLEIN AIR AU CHIAPAS
LE PAPE CÉLÈBRE UNE MESSE EN PLEIN AIR AU CHIAPAS

par Philip Pullella et Joanna Zuckerman Bernstein

SAN CRISTOBAL DE LAS CASAS, Mexique (Reuters) - Le pape François est allé lundi à la rencontre des communautés indiennes du Chiapas, l'Etat le plus pauvre du Mexique, dans le sud du pays, dénonçant leur "exclusion systématique et organisée" de la société.

Citant un texte sacré de la civilisation maya, le Popol Vuh, le chef de l'Eglise catholique a également déclaré que le monde moderne avait beaucoup à apprendre de la culture de ces communautés.

"Le monde contemporain, ravagé par sa culture du tout-jetable, a besoin de vous !", a-t-il lancé à la foule venue assister à la messe qu'il dirigeait dans la ville coloniale de San Cristobal de Las Casas, capitale du Chiapas.

"Vous avez beaucoup à nous apprendre", a-t-il poursuivi au cours d'une messe dont plusieurs lectures ont été dites en tzeltal, ch'ol et tzotzil, issues des langues mayas.

L'an dernier, le pape argentin avait présenté des excuses pour le rôle de l'Eglise dans la conquête de l'Amérique latine.

François devait se rendre dans la journée sur la tombe de l'évêque Samuel Ruiz, enterré dans une église de San Cristobal. Mort en 2011, ce défenseur des droits des communautés indigènes avait beaucoup fait pour la reconnaissance de leurs langues. Il a notamment oeuvré pour que les messes soient dites en langue tzotzil.

Il fut aussi un médiateur entre le gouvernement mexicain et l'insurrection zapatiste, qui a pris les armes en 1994 et braqué les projecteurs de l'actualité sur le sort des communautés indiennes du Chiapas.

Vingt ans plus tard, le territoire, à la frontière sud du Mexique, est aujourd'hui en première ligne dans la campagne menée par le gouvernement mexicain contre l'émigration clandestine vers les Etats-Unis depuis l'Amérique centrale.

Dans le même temps, la pauvreté n'a cessé de progresser. Les trois quarts de la population vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

RECUL DU CATHOLICISME

La venue du pape à San Cristobal de Las Casas vise aussi à contrer la désaffection des populations locales pour l'Eglise catholique.

En 1994, lors du soulèvement zapatiste, plus des deux tiers de la population du Chiapas étaient de confession catholique. La progression des Eglises évangéliques a fait reculer cette proportion à 60% environ.

"Il est porteur d'un message pour que nous redevenions catholiques", résume Rocío Roman, 58 ans, qui dirige une banque locale. "San Cristobal était naguère beaucoup plus catholique, mais beaucoup de monde, principalement des Indiens, se sont convertis à d'autres religions."

François poursuivra mardi sa visite au Mexique par une adresse à la jeunesse à Morelia, capitale de l'Etat du Michoacan, frappé comme bien d'autres Etats du Mexique par la violence, et rendra visite mercredi à des prisonniers à Ciudad Juarez, sur la frontière avec les Etats-Unis.

Dimanche, il a célébré une messe devant plus de 300.000 fidèles à Ecatepec, près de Mexico, l'une des villes les plus pauvres et les plus dangereuses du pays, où il a pourfendu les riches et l'élite corrompue du pays.

Samedi, au premier jour plein de sa visite apostolique au Mexique, il avait déjà lancé un appel à la lutte contre la corruption et les trafics de drogue et exhorté les évêques mexicains à venir en aide aux migrants.

(Henri-Pierre André pour le service français)

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