Le décès de cinq SDF rouvre le débat sur le "mal-logement"

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LE DÉCÈS DE CINQ SDF ROUVRE LE DÉBAT SUR LE "MAL-LOGEMENT"
LE DÉCÈS DE CINQ SDF ROUVRE LE DÉBAT SUR LE "MAL-LOGEMENT"

PARIS (Reuters) - Cinq personnes sans domicile fixe sont décédées depuis samedi en France, victimes présumées de la vague de froid, une "sinistre litanie", selon la fondation Abbé Pierre, qui relance le débat sur le "mal-logement" dans le pays.

La première victime recensée, un SDF de 29 ans, a été retrouvé inanimée samedi dernier dans l'enceinte d'un lycée de Douai (Nord). Le jeune homme, qui avait décliné des offres d'hébergement selon la préfecture du Nord, est décédé des suites d'une hypothermie après son transfert à l'hôpital.

Un homme de 50 ans a été retrouvé en état d'hypothermie à Paris, dans le XIIe arrondissement, dimanche soir par les services de secours, a fait savoir mardi la municipalité. Il a succombé à un malaise cardiaque alors qu'on lui prodiguait les premiers soins, a-t-on précisé. Là encore, ce SDF n'avait pas sollicité l'aide du "115", le Samu social.

"Une personne sans domicile est morte ce dimanche à Paris, 'manifestement de froid', mais surtout d'être laissée dehors. Sinistre litanie", écrit la fondation Abbé Pierre sur Twitter.

En Seine-et-Marne, près de Paris, à Brie-Comte-Robert, deux SDF qui avaient vraisemblablement tenté d'allumer un feu dans un bâtiment désaffecté ont été retrouvés carbonisés, selon des associations d'aide aux sans domicile fixe.

Dans les Alpes-Maritimes, un SDF belge âgé d'une quarantaine d'années a été retrouvé mort dimanche à Mandelieu, a confirmé mardi la préfecture. Le décès serait lié au froid et à l'alcoolémie de la victime.

HAUSSE DE 44% DES SDF

"On ne meurt pas de froid, on meurt de mal-logement", a estimé Ian Brossat, adjoint communiste à la maire de Paris Anne Hidalgo, chargé du logement et de l'hébergement d'urgence.

Le député UMP Benoist Apparu, ancien ministre délégué au Logement, a appelé à ne pas confondre les enjeux.

"Les sans-abris sont une problématique qui n'a strictement rien à voir. C'est effectivement une problématique de logement, mais ce sont surtout des personnes qui sont en très grande fragilité personnelle, psychologique pour ne pas dire psychiatrique", a-t-il commenté sur BFM TV.

"Pour ces personnes-là, nous avons besoin probablement de centres d'hébergement", a-t-il poursuivi, soulignant qu'il fallait "des mois, voire des années" pour convaincre ces personnes d'intégrer un hébergement encadré.

"Il ne s'agit pas de claquer des doigts, en disant 'Demain, zéro SDF' comme certains avaient pu le dire, je pense à Lionel Jospin, je pense à Nicolas Sarkozy. Ce sont des choses beaucoup plus complexes que ça. Le gouvernement aujourd'hui, malheureusement, en fait les frais, et au moins, le Parti socialiste aura appris une chose", a ajouté l'élu.

Selon l'Insee, le nombre de SDF a augmenté de 44% en France en 11 ans. En 2012, 111.700 personnes sans domicile fixe, dont 31.000 enfants, étaient recensées dans les moyennes et grandes agglomérations, selon le "Portrait social de la France" publié en novembre par l'organisme.

"ON MARCHE SUR LA TÊTE"

"On est en échec collectif, c'est une catastrophe", a déploré sur BFM TV Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre.

"Le froid tue, mais l'indifférence aussi", a-t-il jugé, appelant à "une politique de logement qui soit en capacité de répondre à la diversité des besoins".

Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL), s'est ému du silence de la ministre du Logement, Sylvia Pinel.

"Il n'y a pas suffisamment de logements accessibles aux ménages modestes. (...) On a des enfants aujourd'hui qui dorment dans les rues", a-t-il dit sur iTELE.

Regrettant des mesures ponctuelles de solidarité sans suivi sur le long terme, il a rappelé que le droit au logement était codifié dans la loi.

"Cette politique d'hébergement coûte 1,3 milliard d'euros dont 170 millions sont consacrés à payer des chambres d'hôtel. On marche sur la tête dans notre pays !", a-t-il lancé.

"On fait de la solidarité à fond les gamelles parce qu'il fait froid et qu'il commence malheureusement à y avoir des hommes qui meurent de froid dans les rues. Ce qu'on demande, c'est que derrière on ne mette pas les gens dehors", a-t-il dit.

Les associations reprochent notamment aux pouvoirs publics un manque de places dans les structures d'hébergement d'urgence.

Les préfectures déclenchent le plan "Grand Froid", qui permet l'ouverture de places supplémentaires, en fonction des températures ressenties selon trois niveaux: d'une température positive dans la journée à entre zéro et -5°C la nuit jusqu'à une température négative le jour et inférieure à -10°C la nuit.

La municipalité de Paris précise avoir mis mille places supplémentaires à disposition en complément des 9.000 ouvertes toute l'année.

Selon le collectif "Les Morts de la rue", 454 sans-abris sont décédés en France en 2013.

(Sophie Louet avec Matthias Galante à Nice, édité par Véronique Tison)

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