Le 49-3 sur la loi Travail élargit la fracture à gauche

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LE PASSAGE EN FORCE SUR LA LOI TRAVAIL ÉLARGIT LA FRACTURE À GAUCHE
LE PASSAGE EN FORCE SUR LA LOI TRAVAIL ÉLARGIT LA FRACTURE À GAUCHE

PARIS (Reuters) - Le passage en force du gouvernement sur la loi Travail élargit la fracture au sein de la gauche mais laisse peu d'options aux "frondeurs" socialistes, à un an d'élections présidentielle et législatives compliquées pour la majorité sortante.

En refusant les compromis proposés par le gouvernement sur ce texte contesté mais déjà largement modifié pour amadouer les syndicats réformistes, une quarantaine de députés PS ont contraint le Premier ministre à engager sa responsabilité.

Les mêmes avaient déjà obligé le gouvernement à recourir à l'article 49-3 de la Constitution pour faire adopter sans vote la loi Macron sur la croissance et l'activité début 2015.

Les tentatives de réconciliation du congrès du PS, en juin dernier à Poitiers, sont oubliées, tant certains paraissent au bord de la rupture et tentés par le vote d'une motion de censure avec le Front de gauche, des écologistes et la droite.

Selon un ministre proche de François Hollande, ils ne seraient cependant que moins d'une dizaine vraiment prêts à sauter le pas, pas assez pour faire tomber le gouvernement qui peut compter sur l'appui des radicaux de gauche et d'écologistes en rupture de ban avec Europe Ecologie-Les Verts.

Ils s'exposeraient alors à être exclus du groupe socialiste. Il leur serait en outre difficile de justifier de joindre leur voix à une motion de censure déposée par la droite.

"Il peut y avoir une course contre la montre pour que ce soit une motion de censure de gauche. Mais là, ce n'est plus le Rubicon, on passera à une autre échelle", souligne ce ministre.

Le président du groupe Front de Gauche, le communiste André Chassaigne, et l'écologiste Noël Mamère ont confirmé chacun de leur côté que leurs amis réfléchissaient avec des socialistes au dépôt d'une telle motion de censure. Il faut cependant au moins 58 députés pour ce faire, ce qui paraît hors de leur portée.

AU BOUT DES CONCESSIONS

En engageant la responsabilité de son gouvernement, le Premier ministre a déploré "le spectacle désolant de la division et des postures politiciennes dû à une minorité de blocage".

Selon une ministre, "tout le gouvernement est d'accord avec l'idée d'utiliser le 49-3" car "personne ne pense qu'il faut se traîner à genoux" pour traiter les 5.000 amendements déposés "jusqu'à ce que mort s'ensuive".

Le rapporteur du texte, Christophe Sirugue, et le gouvernement estiment être allés au bout des concessions qu'ils pouvaient faire pour tenter de convaincre les frondeurs.

Inversement, il y a également peu de chance qu'ils répondent aux appels du Medef, qui demande au gouvernement de rétablir une version du texte plus proche des revendications des entreprises.

"Ce qui est important c'est que la CFDT soit derrière le texte. Ce texte est au maximum de ce que la CFDT peut accepter", souligne un membre du gouvernement.

Les frondeurs du PS prennent le risque d'une crise pour rien, estime le même responsable gouvernemental, qui dénonce une "logique de chaos", voire "nihiliste".

"Si la démarche est de tout faire pour que François Hollande ne soit pas candidat (à l'élection présidentielle de 2017), je ne pense pas que ce soit la bonne solution", ajoute ce proche du chef de l'Etat. "Il sera candidat et ne se laissera pas dicter sa conduite par une minorité."

Cette nouvelle épreuve de force entre le gouvernement et ses opposants de l'intérieur que sont devenus les frondeurs du PS n'en a pas moins suscité un vif malaise au sein de la majorité.

RECOMPOSITION

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée a dit son courroux devant cette nouvelle preuve du fossé qui sépare les différents courants du principal parti de la majorité.

L'atmosphère de la réunion du groupe, mardi matin, "n'était pas bonne", confirme un participant. "Il y avait des crispations, des postures."

Selon le député PS Christophe Caresche, favorable au texte, "une partie du Parti socialiste est en train de basculer dans une opposition systématique radicale".

"Je pense que cette stratégie ne mène nulle part. Je pense qu'elle est autodestructrice", a-t-il ajouté sur iTELE.

Pour d'autres, cette nouvelle crise est plutôt annonciatrice d'une accélération de la recomposition de la gauche et un nouveau signe de la nécessité d'un "dépassement" du PS, souhaités par Manuel Valls et le premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis.

"Il va falloir être capable d'expliquer que oui, sur certains sujets, nous avons changé, que ça ne correspond pas forcément à tel ou tel engagement", expliquait en avril le premier dans une interview au magazine Society.

"On arrive à une sorte d'impasse politique", renchérit un ministre proche de François Hollande, selon qui "la question de l'évolution du PS se pose depuis quelque temps".

"Je suis de plus en plus certain qu'il y a une différence culturelle entre ceux qui sont prêts à assumer le pouvoir sur la durée et les autres", analyse ce haut responsable.

(Jean-Baptiste Vey, Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, avec Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse)

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  • cyti8 il y a 7 mois

    Nuls, nuls, nuls, incapables d'aller au bout de leurs convictions. J'espère que Valls va continuer de les mener à la baguette.

  • perevert il y a 7 mois

    La fracture ? ils seront tous mains dans la main, version c.u.l.s. et chemises en 2017 ! on commence à les connaitre ces rigolos, incompétents et magouilleurs.