La Ruche et les Amap se concurrencent sur le bio

le
0

Ces deux concepts de vente directe de produits agricoles aux bobos des villes ont des méthodes différentes pour arriver à un objectif commun : mieux nourrir le consommateur tout en faisant vivre le producteur.

L'autre façon de faire ses courses! La vente directe entre agriculteurs et consommateurs est un canal de distribution en plein essor. Il représente désormais 2 % de la distribution alimentaire en France. Certes une goutte d'eau par rapport aux grandes surfaces. Mais il connaît une croissance à deux chiffres et fait des émules y compris dans la nouvelle économie.

Dix ans après le succès des Amap (Association pour le maintien de l'agriculture paysanne), ses 270 000 consommateurs et ses 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, deux diplômés d'école de commerce, Guilhem Chéron et Marc-David Choukroun, ont adapté le concept militant des Amap à celui d'une entreprise commerciale. Ils ont créé en 2011 une plateforme en ligne «La Ruche qui dit oui». Sur le même principe des Amap, la Ruche met en relation des paysans et des consommateurs urbains via internet dans un rayon un peu plus large qui ne peut excéder toutefois 250 kilomètres. Aujourd'hui on compte 637 ruches en France, 4500 producteurs et 112 000 clients pour un volume d'affaires de 25 millions d'euros et plus de 70 salariés.

Dans les deux systèmes la finalité est la même: mieux valoriser le travail du producteur tout en offrant des aliments de base plus sains (fruits, légumes, viande, poisson et lait..) aux consommateurs. Pas forcément bio pour la Ruche, obligatoirement pour les Amap. Jusque là les modèles sont proches. La grande différence se joue à l'autre bout de la chaîne, chez le consommateur. Dans le cas des Amap, il est adhérent d'une association militante avec un contrat qui le lie avec le producteur pour une durée minimale, un an en général. Il doit acheter régulièrement un panier garni en fonction de la récolte de l'agriculteur. Son choix est limité. A l'inverse à la Ruche, le consommateur est client. Et cela change tout. Ses concurrents en parlent le mieux. «La Ruche est une société commerciale dont l'objectif est de gagner de l'argent pour rémunérer ses associés, souligne Jérôme Dehondt, co fondateur du réseau des Amap, installé depuis 2012 comme maraîcher à Durtal dans le Maine et Loire. Nous avons créé les Amap pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier. C'est une conception militante avec un réseau qui nous lie dans le monde entier: urgenci».

Un complément de revenus

Concrètement, l'internaute qui créée un compte sur la Ruche (c'est peu intuitif) achète quand il veut des produits en fonction de ses envies. Il lui suffit de passer commande sur internet 72 heures minimum avant la livraison. Celle-ci se déroule une fois par semaine dans lieu fixe, un local associatif, paroissial, ou une école… Dans le XIIème arrondissement à Paris, la mairie a mis une salle associative à disposition, rue Gabriel Lamé près de Bercy. «Je m'étais renseigné sur les Amap, la Ruche a un fonctionnement plus souple, je ne suis pas obligée d'être là toutes les semaines notamment pendant les vacances, explique Marianne étudiante en psychomotricité. Regardez, même après la fermeture de la Ruche, Jeanne, la responsable, m'a mis de côté mes courses». Marianne a eu droit en prime à un verre de crémant. A la fin du marché, les bénévoles qui aident Jeanne se réunissent pour boire un verre. «La Ruche c'est aussi la convivialité avec les bénévoles, explique Anne Sophie tout en balayant la salle. Elle habite à côté et travaille chez elle comme rédactrice pour une société de poker en ligne. C'est une parenthèse hebdomadaire qui me permet de reprendre contact avec la vie réelle et manger plus sainement».

Pour le producteur c'est un complément de revenus. «La Ruche m'assure 20 % de mon activité, explique Philippe maraîcher bio et éleveur de volailles dans le nord de l'Yonne à Tonnerre en Puisaye à la ferme des Jardins des Gallines. C'est non négligeable. Mais il faut un minimum de commandes que j'ai fixé à 300 euros pour que je cela vaille la peine que je vienne à Paris. Je mets deux heures de voiture». Ce soir Philippe aura encaissé plus de 500 euros. Les frais de service s'élève à 16,7 % sur ses ventes hors taxe. La moitié va pour la plateforme internet la Ruche et l'autre pour la responsable du marché en l'occurrence Jeanne. Il n'y pas d'échange physique d'argent. Les commandes ont été prépayées sur internet. «On n'a pas besoin de venir avec son porte monnaie et on se fait plaisir sur le plan gustatif. C'est aussi très éducatif pour mes enfants. On mange les produits de saison, souligne Marc enseignant, un quadrat habitué des lieux. Je ne vais plus que toutes les 3 semaines environ au super marché pour y faire les achats de droguerie». Il dépense à la Ruche près de 100 euros chaque semaine. «C'est la première fois que je viens, j'ai trouvé de la belle viande, des yaourts et des légumes pour 33 euros au total», indique pour sa part Florent étudiant à Dauphine.

Les différents scandales comme celui des lasagnes à la viande de cheval, vendue pour du bœuf, ont augmenté la suspicion des consommateurs sur l'origine des produits dans les plats préparés. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir acheter des aliments frais de qualité venant directement de la ferme tout en ouvrant aux producteurs une porte de sortie à la crise.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant