La romancière Doris Lessing a été espionnée pendant vingt ans

le
3
LA ROMANCIÈRE DORIS LESSING A ÉTÉ ESPIONNÉE PENDANT VINGT ANS
LA ROMANCIÈRE DORIS LESSING A ÉTÉ ESPIONNÉE PENDANT VINGT ANS

LONDRES (Reuters) - La romancière britannique Doris Lessing, prix Nobel de littérature en 2007, a été placée sous la surveillance du renseignement britannique pendant plus de vingt ans en raison de ses convictions communistes et de son engagement contre le racisme, révèlent des archives déclassifiées.

Morte en 2013 à l'âge de 94 ans, la romancière a attiré l'attention des agents du renseignement dès 1943 en Rhodésie du Sud, l'actuel Zimbabwe qui était alors colonie britannique, où elle a grandi. Elle est restée sur le radar du contre-espionnage jusqu'en 1964.

Le dossier qui la concerne comporte cinq volumes, reversés aux Archives nationales et rendus publics vendredi.

L'un des premiers mémos la concernant date de 1944 et porte sur les réunions du Left Book Club qu'elle animait avec son deuxième mari, Gottfried Lessing, un communiste allemand, à Salisbury, aujourd'hui Harare.

"La plupart des sujets de discussion se terminent habituellement par des diatribes anti-britanniques, anti-capitalistes et anti-impérialistes", écrit le rédacteur de la note, employé au ministère de l'Armée de l'Air.

Après son arrivée à Londres, en 1949, Doris Lessing continue d'être dans le viseur des services de renseignement. Le MI6, service du renseignement extérieur, s'intéresse de très près à la visite qu'elle effectue en 1952 en Union soviétique avec une délégation d'écrivains marqués à gauche.

Son engagement contre le racisme et l'impérialisme y est tout particulièrement observé. "L'exploitation coloniale est son thème de prédilection et elle en est presque arrivée à être irresponsable dans ses déclarations, prétendant que tout ce qui est noir est formidable et que tous les hommes blancs et tout ce qui est blanc sont mauvais", peut-on lire dans le compte rendu de cette visite.

Le dossier Lessing contient la copie de plusieurs de ses cartes de membre du Parti communiste de Grande-Bretagne dans les années 1950.

Un rapport de janvier 1956, transmis au MI5 par une unité spéciale de la police de Londres, souligne que "son appartement est fréquemment visité par des individus de diverses nationalités, dont des Américains, des Indiens, des Chinois et des Nègres". Et le rédacteur, relevant que des "couples apparemment non mariés" figurent au nombre de ses visiteurs, conclut avec gravité: "Il est possible que cet appartement serve à des pratiques immorales."

La surveillance se relâche cette même année 1956 lorsque Doris Lessing rompt avec le Parti communiste pour protester contre l'intervention des forces soviétiques en Hongrie, même si des mémos continuent d'être versés à son dossier jusqu'en 1964.

(Estelle Shirbon, Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • dotcom1 le vendredi 21 aout 2015 à 13:51

    On attend toujours son mea-culpa pour avoir trompé tant de ses admirateurs.

  • Technof le vendredi 21 aout 2015 à 13:06

    et d'autres il leur a fallu Daesh pour comprendre ..

  • lorant21 le vendredi 21 aout 2015 à 11:43

    Elle a ouvert les yeux en 1956.. certains ont attendu 1968 (l'invasion de la Tchécoslovaquie), Certains ont été plus rapides avec la mort de Staline et les prémices du rapport Khrouchtchev. D'autres délirent toujours sur la sainte mère Russie: Laurent, Mélanchon, Marine LePen