La recomposition du paysage politique passe une nouvelle étape

le
1
LA BIPOLARISATION DU PAYSAGE POLITIQUE FRANÇAIS VOLE EN ÉCLATS
LA BIPOLARISATION DU PAYSAGE POLITIQUE FRANÇAIS VOLE EN ÉCLATS

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le premier tour des élections départementales préfigure ce que pourrait être le duel du second tour de la présidentielle de 2017 entre le Front national et l'UMP si la gauche ne parvient pas à s'accorder sur un candidat unique dans deux ans.

Le parti d'extrême droite a confirmé dimanche avec 25,19% des suffrages sa percée de 2014 aux européennes, au deuxième rang derrière l'UMP de Nicolas Sarkozy allié aux centristes, à 29,4%, suivi par un PS qui n'a rallié que 21,85% des votants, la gauche s'étant présentée en ordre dispersé.

"Ça montre que si on reste dans la configuration actuelle, il y aura un duel UMP-FN au second tour" de la présidentielle de 2017, estime le professeur de droit public Philippe Cossalter.

D'autres analystes, plus prudents sur une réédition de l'élimination prématurée du candidat PS Lionel Jospin en 2002, jugent également probable la présence au second tour de la présidentielle de 2017 de la présidente du FN, Marine Le Pen, sans toutefois croire à la possibilité de sa victoire.

Les élections départementales confirment certes un ancrage local du FN, ce qui n'était pas jusqu'ici son fort en dehors de certaines zones géographiques comme le sud-est de la France.

Mais pour le politologue Pascal Perrineau, sa marche en avant reste entravée par sa difficulté à se trouver des alliés, même si la bipolarisation qui caractérisait le paysage politique français depuis 30 ans a volé en éclats.

LE PARADOXE DE L'UMP

"Pour une grosse majorité de Français, même s'ils ne se sentent pas forcément très éloignés du FN, il y a encore une difficulté à lui confier les rênes du pouvoir", dit-il. "Le FN est une puissance mais une puissance solitaire."

Une force désormais assez implantée pour perturber le paysage politique français et induire une recomposition que Pascal Perrineau juge "en cours", même s'il faudra sans doute d'autres chocs électoraux pour qu'elle prenne toute son ampleur.

A court terme, c'est paradoxalement pour l'UMP que cette reconfiguration peut se révéler la plus délicate.

Nicolas Sarkozy sort certes renforcé des départementales mais l'UMP reste coupée en deux entre les tenants d'un discours "à droite toute" et ceux d'une alliance avec le centre, comme le maire de Bordeaux, Alain Juppé, rival de l'ex-chef de l'Etat.

"Le message est que la droite peut gagner au centre mais comme Nicolas Sarkozy a beaucoup droitisé son discours, la conclusion qui risque d'en être tirée est que l'UMP doit faire une campagne très droitière", estime Philippe Cossalter.

Il y voit le prélude à une période d'incertitude et de tensions internes à l'UMP, qui va devoir choisir une ligne lors de son congrès "refondateur" du 30 mai.

Il juge l'enjeu "moins existentiel" pour les socialistes, malgré la perte probable d'une quarantaine de départements avec un effet dévastateur pour l'appareil du PS : l'assèchement du vivier constitué par ces élus locaux et leurs collaborateurs.

Le PS est également confronté à la perte de son électorat ouvrier. Mais là encore Philippe Cossalter juge la question "moins urgente" pour ce parti, alors que "l'UMP doit faire des choix quasiment quotidiens vis-à-vis du FN".

PAS D'ALTERNATIVE AU PS À GAUCHE

"Dans l'esprit des électeurs, il y a une nette distinction entre PS et FN, alors qu'il n'y en a pas entre UMP et FN", dit cet analyste. "À gauche, il n'y a pas d'alternative au PS".

Le député socialiste Christophe Caresche, pour qui "rien n'est joué pour 2017", voit même des avantages à la déroute de la gauche de la gauche et des écologistes aux départementales, avec des Verts à 2% et un Front de gauche à 6,8%.

"Démonstration est faite qu'il n'y a pas à gauche de stratégie alternative, ni de poussée de la gauche de la gauche", a-t-il dit à Reuters. "Les écologistes vont devoir en tirer les conclusions et le Parti communiste aussi."

Pour le directeur du département opinion de l'institut Ifop, Jérôme Fourquet, la poussée du Front national pousse certes de facto chacun des "autres blocs" - droite et gauche - à s'unir.

Mais la rupture du PS avec la gauche de la gauche étant consommée et le centre droit préempté par l'UMP, il ne reste guère au PS qu'à tenter de rallier une partie des écologistes et le centre "non politique" - la "société civile" - estime-t-il.

Quant à une recomposition plus large sur le modèle de la "grande coalition" allemande, défendue par le MoDem et son chef François Bayrou, elle semble moins que jamais d'actualité.

"Les seuls qui ont un discours clairement ouvert sur la coalition gauche-droite à l'allemande sont totalement balayés du paysage politique", souligne Philippe Cossalter.

(Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • jjd47 le lundi 23 mar 2015 à 18:47

    Avec tout ça, on n'est pas prêts de voir la fin du racket des Français par la classe politique.