La gauche, pionnière mais menacée en Bourgogne-Franche-Comté

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LA GAUCHE MENACÉE EN BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ
LA GAUCHE MENACÉE EN BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Ses deux présidents sortants socialistes s’étaient les premiers portés volontaires pour fusionner leurs régions, mais la gauche aura du mal à conserver Bourgogne-Franche-Comté, terre industrielle qui a basculé à droite aux départementales.

La majorité gouvernementale, qui détenait six départements sur huit dont les quatre de Franche-Comté, n’en préside plus que deux depuis mars -- la Haute-Saône et la Nièvre.

"C’est un vrai challenge pour moi et pour la gauche", admet Marie-Guite Dufay, présidente sortante de la région Franche-Comté et porte-drapeau du Parti socialiste pour les élections régionales des 6 et 13 décembre.

"Mais le premier challenge, il est pour la République", ajoute cette femme de 66 ans qui avait assuré l’intérim de Raymond Forni après son décès en 2008, avant de se faire élire sur son nom en mars 2010.

Alors que les sondages annoncent une abstention massive, elle espère un « sursaut républicain » après les attentats du 13 novembre qui porterait vers les urnes d’autres citoyens que les plus en colère, ceux qui voteront pour le Front national.

Son principal adversaire, François Sauvadet, président du conseil général et député de la Côte-d’Or qui mène une liste d’union entre les centristes de l’UDI, dont il est vice-président, et Les Républicains, se désole que "personne (n’ait) pris conscience de l’importance de cette élection".

Mais pas question d’en rester au consensus post-attentats. Devant le bandeau noir qu’il placé sur le fond de scène de ses meetings, l’ancien ministre de la Fonction publique de Nicolas Sarkozy veut « dire chaque soir que l’on doit changer de gouvernement ».

LE FN CRÉDITÉ DE 26%

Un sondage BVA diffusé fin octobre le place en tête au premier tour avec 31% des voix. Le PS ne serait que troisième avec 19%, derrière les 26% de la liste Front national de Sophie Montel, conseillère régionale et députée européenne.

Celle qui a failli ravir, en février dernier, le mandat de député laissé vacant dans la 4e circonscription du Doubs par le socialiste Pierre Moscovici, parti à Bruxelles, ne progresserait toutefois que de quatre points au second tour, laissant Sauvadet l’emporter avec 36% des voix contre 34% à Marie-Guite Dufay.

Si la fusion semblait plus évidente qu’ailleurs entre ces deux régions liées par l’Histoire, en partie commune, et la structure économique industrielle et rurale, les sortants socialistes en furent les pionniers.

"J’ai mis toutes mes forces pour qu’elle se fasse sous peine de voir nos régions disparaître », explique François Patriat, président socialiste de la région Bourgogne, qui a convaincu, dès janvier 2014, Marie-Guite Dufay de s’engager dans l’union.

A défaut, les forces centrifuges auraient, selon lui, poussé Jura et Saône-et-Loire vers Rhône-Alpes, le Territoire de Belfort vers l’Alsace ou la Nièvre vers le Centre.

L’ancien ministre du gouvernement Jospin, âgé de 72 ans, a ensuite accepté de s’effacer au profit de sa partenaire, pour conserver son mandat de sénateur, non sans s’être assuré que Dijon, plus peuplée et plus centrale, serait capitale de région.

"UNE BELLE ENDORMIE"

La droite concentre dès lors ses attaques sur la présidente franc-comtoise.

"Nous sommes une belle endormie", fulmine François Sauvadet qui l’accuse de ne pas investir et de pratiquer « un retour au XIXe siècle, une industrie de décroissance ».

« Les socialistes de Franche-Comté ont augmenté la dette, baissé l’investissement et augmenté les dépenses de fonctionnement, on va faire l’inverse », renchérit Alain Joyandet, sénateur Les Républicains de Haute-Saône où il est tête de liste départementale.

« Il y a une sorte de forfaiture à dire que, parce qu’on a un taux de chômage qui est celui de toutes les régions industrielles, on n’aurait rien fait sur le plan économique », réplique Marie-Guite Dufay, qui met en avant son passé de cadre de la fonction publique chargée du développement et de l’emploi.

Avec une population de seulement 2,8 millions d’habitants, la nouvelle région sera, selon l’Insee, la première de France en pourcentage d’emplois industriels (17,3%).

Le taux de chômage, de 9% en Bourgogne et 9,4% en Franche-Comté, au troisième trimestre 2014, s’il reste sous la moyenne nationale, atteint en revanche 12% dans les bassins industriels de Belfort-Montbéliard (Alstom, PSA) et du Creusot-Monceau-les-Mines (Arcelor-Mittal, Areva).

« C’est là que va se jouer l’élection », estime Marie-Guite Dufay.

Restera, si elle veut gagner, à rallier au second tour les suffrages des écologistes et du Front de gauche, un défi que François Patriat, qui fut proche de Michel Rocard, avoue n’avoir pas eu envie de relever.

(Edité par Sophie Louet)

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