La doyenne des juges de Versailles instruit l'affaire Boulin

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L'AFFAIRE BOULIN INSTRUITE PAR LA DOYENNE DES JUGES DE VERSAILLES
L'AFFAIRE BOULIN INSTRUITE PAR LA DOYENNE DES JUGES DE VERSAILLES

PARIS (Reuters) - L'information judiciaire sur la mort de Robert Boulin, le ministre du Travail gaulliste retrouvé mort en 1979 dans un étang, a été ouverte le 4 août dernier et confiée à la doyenne des juges d'instruction de Versailles Aude Quelin-Montrieux, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier.

Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de Robert Boulin, persuadée que son père a été assassiné alors qu'une première enquête avait conclu à un suicide, avait déposé une plainte avec constitution de partie civile le 25 juin dernier.

Entre-temps, la justice a examiné la recevabilité de cette plainte, pour vérifier que l'affaire n'a pas déjà été jugée et qu'elle n'est pas prescrite, explique une source judiciaire.

"Sauf irrecevabilité, l'ouverture d'une information judiciaire est automatique", indique-t-elle.

Me Marie Dosé, avocate de Fabienne Boulin-Burgeat, estime que le parquet aurait pu considérer qu'il y avait autorité de la chose jugée. "J'ai trouvé une jurisprudence", a-t-elle dit à Reuters.

Si les délits visés par la nouvelle plainte étaient les mêmes que ceux de la première enquête, l'affaire aurait ainsi été considérée comme déjà jugée, et la plainte classée irrecevable, souligne la source judiciaire.

L'examen du dossier sur le fond va désormais suivre, et il est probable que la juge d'instruction se fasse communiquer le précédent dossier, même si formellement, "il s'agit d'un nouveau dossier", insiste la source judiciaire.

L'information judiciaire a été ouverte à Versailles pour "arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat". "C'est une grande victoire pour la famille Boulin, qui attend qu'un juge d'instruction indépendant soit saisi depuis plus d'une décennie et que toute la lumière soit enfin faite", dit Marie Dosé.

LA THÈSE DU SUICIDE REPOSE SUR DES LETTRES

La première information judiciaire pour homicide volontaire a conclu à un suicide et un non-lieu avait été rendu en 1992. Mais la fille de l'ancien ministre a toujours été persuadée que son père avait été assassiné.

La nouvelle plainte repose sur le témoignage spontané d'un homme qui dit avoir vu Robert Boulin juste avant sa mort, dans sa voiture, avec deux individus, dont l'un au volant du véhicule. Robert Boulin serait mort peu de temps après cette scène, entre 18 et 20 heures.

Neuf fois ministre sous la Ve République, Robert Boulin était, à l'époque, pressenti comme successeur potentiel de Raymond Barre à Matignon.

Courant octobre 1979, il avait été visé par une campagne de dénigrement au sujet de soupçons d'acquisition irrégulière d'un terrain sur la commune de Ramatuelle (Var) par l'intermédiaire d'une connaissance, Henri Tournet.

En 2002, la magistrate qui avait confirmé en 1992 le non-lieu dans l'enquête sur sa mort avait dit à Reuters ne pas croire à la thèse du meurtre.

"Les mobiles d'un suicide étaient là, le suicide était accrédité par de nombreux éléments, dont huit lettres écrites par Robert Boulin", avait-elle dit, précisant que des témoins disaient avoir vu l'homme politique les poster lui-même.

Mais la fille de Robert Boulin, qui dit avoir relevé "77 anomalies" dans le dossier, estime que ces lettres envoyées la veille de la mort de l'ancien ministre sont des faux.

"Ces lettres ne sont pas fiables, ce sont des photocopies d'une lettre tapée à la machine, à l'exception de la signature et de quelques phrases manuscrites. On voit qu'on a réécrit, que le texte n'a pas été rédigé en une seule fois", dit son avocate.

(Gérard Bon et Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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