La destitution de Dilma Rousseff votée en commission à Brasilia

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UNE COMMISSION DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS FAVORABLE À UNE DESTITUTION DE ROUSSEFF
UNE COMMISSION DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS FAVORABLE À UNE DESTITUTION DE ROUSSEFF

par Maria Carolina Marcello et Lisandra Paraguassu

BRASILIA (Reuters) - Une commission de la Chambre des députés du Parlement brésilien s'est prononcée lundi pour la destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff par 38 voix pour et 27 contre.

Les membres de la commission recommandent de la destituer pour avoir enfreint la réglementation budgétaire pour favoriser sa réélection en 2014.

C'est maintenant à la chambre basse toute entière de se prononcer sur la destitution. Le vote devrait avoir lieu dimanche. En cas de vote pour réunissant deux-tiers des suffrages, le Sénat sera ensuite saisi. La chambre haute n'a besoin que d'un vote à la majorité simple.

Si le Sénat décide de renvoyer Dilma Rousseff devant la justice, elle sera immédiatement suspendue pour six mois, le temps que le Sénat décide de son sort. Le vice-président Michel Temer assurera l'intérim de la présidence.

La dernière destitution d'un président au Brésil remonte à 1992. Fernando Color de Mello, accusé de corruption, avait démissionné juste avant sa condamnation par le Sénat.

Dilma Rousseff est "attristée" par le vote de la commission, a déclaré le secrétaire général du gouvernement brésilien Jaques Wagner. L'ancienne membre de la guérilla nie avoir commis des actes répréhensibles. Elle tente de rassembler la base de son parti, le Parti des Travailleurs, pour s'opposer à ce qu'elle qualifie de "coup d'Etat contre une présidente démocratiquement élue".

En pleine tourmente politique, la présidente a perdu un certain nombre d'alliés au Congrès, le parlement brésilien, et notamment, il y a deux semaines, son principal partenaire dans la coalition au pouvoir, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), parti du vice-président Michel Temer.

Celui-ci a appelé à un gouvernement d'unité nationale dans un message diffusé lundi, apparemment par erreur, quelques heures avant le vote de la commission. Ses conseillers ont ensuite rapidement envoyé un message demandant aux députés de ne pas en tenir compte

Ce message audio de 14 minutes envoyé aux membres du PMDB via les réseaux sociaux montre que Michel Temer est en train de se préparer à éventuellement assurer l'intérim de Dilma Rousseff.

BOULE DE NEIGE

Le message a été diffusé sur le site internet du journal Folha de S.Paolo et confirmé comme authentique par les conseillers de Michel Temer.

"La grande mission pour l'avenir est la pacification de la nation, l'unification de notre pays", déclare le vice-président tout en précisant que ces propos n'anticipent pas l'issue du processus de destitution.

"Nous avons besoin d'un gouvernement de salut national et d'unité nationale", indique Michel Temer. "Il faut unir tous les partis politiques et tous les partis doivent être prêts à collaborer pour sortir le Brésil de cette crise."

Le vice-président est un "conspirateur" et devra démissionner si Dilma Rousseff échappe à la destitution, a déclaré le secrétaire général du gouvernement.

A peu près en même temps que le vote de la commission, le mentor et prédécesseur de Dilma Rousseff, Luiz Inacio Lula da Silva, qui fait lui-même l'objet d'une enquête pour corruption, organisait une grande manifestation à Rio de Janeiro dans le but de déclencher un mouvement d'opposition à la destitution.

Les analystes soulignent que l'avis favorable de la commission en faveur de la destitution aura une influence sur le vote de la Chambre des députés.

"C'est un effet boule de neige. A chaque approbation, la probabilité que la destitution passe l'assemblée suivante augmente", estime Claudio Couto, professeur de Sciences politiques au cercle de réflexion Fundação Getúlio Vargas à Sao Paolo.

A moins de 100 jours des Jeux olympiques d'été, le Brésil doit aussi faire face à une grave récession et à une grosse affaire de corruption autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

Selon l'accusation, des dessous-de-table conséquents ont été versés sur plusieurs années. Sont concernés, non seulement des membres du Parti des travailleurs, mais aussi, dans l'opposition, le président de la chambre des députés Eduardo Cunha qui mène l'enquête pour la destitution de la présidente.

Il est soupçonné d'avoir accepté des pots-de-vin dans l'affaire Petrobras. Le président du Sénat fait également l'objet de l'enquête.

Pour tenter de convaincre les députés de voter contre la destitution ou de s'abstenir dimanche prochain, le gouvernement leur propose les postes devenus vacants après la rupture avec le PMDB.

(Avec Brad Brooks à Brasilia et Pilar Olivares à Rio de Janeiro; Danielle Rouquié pour le service français)

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  • M7163258 il y a 9 mois

    "La CIA est plus forte que les peuple" Et oui le conspirationnisme ravage les petits esprits!!!

  • charleco il y a 9 mois

    La CIA est plus forte que les peuples.