La cathédrale de Beyrouth rabotée pour ne pas dépasser les minarets

le
0

EN IMAGES - Dans la capitale libanaise, le nouveau clocher de la cathédrale Saint-Georges culmine à 72 mètres. L’archevêque maronite a fait rabaisser les plans initiaux de trois mètres pour se caler sur la hauteur des minarets voisins et éviter les querelles entre communautés.

Dans le cadre de la rénovation du centre-ville de Beyrouth, un nouveau clocher de la cathédrale est apparu à côté des minarets d’une mosquée. Une façon de symboliser à la fois la coexistence religieuse et la compétition entre les communautés d’un pays qui a été ravagé par la guerre civile de 1975 à 1990. Du haut de ses 72 mètres, le clocher rattaché à la cathédrale Saint-Georges bâtie au 19e siècle est le plus grand de Beyrouth et s’affiche exactement à la même hauteur que les quatre minarets de la mosquée voisine, Mohammad al-Amin, achevée il y a plus d’une décennie .

À lire aussi: Mohamed Benzizine, le maçon qui rénove des églises depuis 43 ans

Surmonté d’une énorme croix qui s’allume la nuit, le clocher vient d’être inauguré après une décennie de construction. L’église et la mosquée sont des repères importants du centre-ville de la capitale libanaise qui est encore en cours de reconstruction depuis la guerre civile. Un lieu symbolique tout près de la ligne de front qui a divisé le Beyrouth-est chrétien de l’ouest musulman pendant le conflit.

Inspiré d’une basilique romaine

Pour l’archevêque Paul Matar, l’idée d’adjoindre un clocher à la cathédrale Saint-Georges était un rêve d’architecte depuis la construction de l’édifice en‘94. Initialement, il devait mesurer 75 mètres de haut, la même taille que la tour de la basilique de Santa Maria Maggiore à Rome dont s’inspire ce clocher. Au lieu de cela, le responsable religieux a préféré raboter le clocher de trois mètres, pour ce qu’il décrit comme un message de coexistence.

«Quand la mosquée a été construite nous étions heureux qu’il y ait une mosquée et une église côte à côte, a-t-il déclaré lors d’une interview dans ses bureaux de Beyrouth. C’est à l’image du Liban.» Et le dignitaire maronite, la principale communauté chrétienne du pays de préciser: «Je voulais donc que la hauteur de la tour soit exactement celle de la mosquée, en signe de solidarité et d’harmonie.

Depuis le retour à une paix précaire au pays des cèdres, de nombreuses années ont été consacrées à la reconstruction de la cathédrale et des dizaines d’autres églises endommagées ou détruites à Beyrouth, retardant le début des travaux sur le clocher. Mais la polémique n’est jamais bien loin. Le clocher de la cathédrale tout comme la mosquée ont ouvert de nouveaux horizons pour les bâtiments religieux à Beyrouth, s’attirant les critiques de ceux qui pensent qu‘ils sont disproportionnés par rapport aux autres lieux de culte de la ville.

Concurrence ou harmonie interreligieuse

Pour George Arbid, directeur du Centre arabe pour l’architecture basé à Beyrouth, ce genre de construction met en avant la rivalité sectaire persistante dans la ville plutôt que l’harmonie interreligieuse. «Il est clair que c’est un type de compétition - positif ou négatif - avec les minarets de la mosquée Amin qui est à côté de la cathédrale, souligne-t-il. C’est la continuation d’un type de concurrence qui a émergé avant cette époque, une compétition entre les groupes religieux pour leur présence dans la ville».

Certains chrétiens avaient vu, lors de sa construction, la mosquée d’Amin comme un affront à leur communauté. Sa taille, par rapport aux lieux de culte chrétiens voisins, était écrasante pour une partie des Maronites, qui sont apparus comme les perdants politiques de la guerre civile. Le style impérial ottoman de la mosquée, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs au Liban, était conforme aux souhaits de son financier, le défunt homme d’État Rafic Hariri, assassiné en 2005.

Hariri, qui est enterré à côté de la mosquée, avait personnellement supervisé des éléments de la construction. Il y a dix ans, la mosquée située dans un coin de la place des Martyrs de Beyrouth apparaissait régulièrement dans les journaux télévisés lors de la vague de manifestations déclenchées par le meurtre d’Hariri.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant