L'ombre du drame de Sivens plane sur d'autres projets

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L'OMBRE DU DRAME DE SIVENS PLANE SUR D'AUTRES PROJETS CONTROVERSÉS
L'OMBRE DU DRAME DE SIVENS PLANE SUR D'AUTRES PROJETS CONTROVERSÉS

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La mort d'un manifestant opposé au barrage de Sivens (Tarn), premier "martyr" écologiste, va désormais planer sur tous les chantiers controversés, comme l'aéroport Notre-Dame-des-Landes ou les lignes de chemin de fer à grande vitesse.

Elle va pour le moins pousser les pouvoirs publics à revoir leurs méthodes, au risque de retarder leur mise en oeuvre, estiment des responsables politiques.

"En tout cas, ça pose des questions", a reconnu mercredi la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, après le Conseil des ministres. "Si certains pensent que par la violence on peut arrêter les travaux d'équipement du pays, ils se trompent."

"En revanche, ce qui est très important, c'est que des citoyens qui ont des points de vues différents soient entendus, soient compris et que, lorsque des décisions d'équipements sont prises, elles puissent être comprises de tous", a-t-elle ajouté.

Avant même ce drame, le projet d'aéroport régional cher à l'ancien Premier ministre socialiste et maire de Nantes Jean-Marc Ayrault, cible depuis des d'années d'une guérilla des défenseurs de l'environnement, avait du plomb dans l'aile.

Selon l'ex-dirigeant des Verts Daniel Cohn-Bendit, l'actuel chef du gouvernement Manuel Valls a promis à des responsables écologistes que cet aéroport ne se ferait pas.

Si ce n'est pas du même ordre, le gouvernement a dû renoncer à équiper les grands axes routiers de portiques et à la taxe sur les poids lourds qu'ils devaient permettre de collecter, sous la pression parfois violente des "bonnets rouges".

Et le député écologiste Noël Mamère a exhorté mardi François Hollande et Manuel Valls à arrêter le chantier de Sivens, car "on ne construit pas un barrage sur un cadavre".

"UNE PART DE PSYCHOLOGIE"

Sans aller jusque là à ce stade, le Conseil général du Tarn, maître d'ouvrage du barrage, votera vendredi la suspension des travaux dans l'espoir d'apaiser les tensions.

Ségolène Royal a salué par avance cette décision, qu'elle a décidé de mettre à profit pour revoir le projet à la lumière des conclusions d'un rapport d'experts qu'elle a elle-même commandé.

Mais au-delà du barrage de Sivens, c'est une soixantaine de projets du même ordre dans le bassin Adour-Garonne qui seront en fait revus lors d'une réunion de tous les protagonistes, convoqués mardi prochain à son ministère, a-t-elle annoncé.

Il s'agit de "clarifier les règles du jeu pour l'ensemble des travaux à venir (...) pour savoir dans quelle mesure on peut faire des aménagements, qui doit les payer, comment on organise l'usage de l'eau", a précisé la ministre de l'Ecologie.

Pour Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental, qui voit dans l'affaire de Sivens l'illustration d'une perte de crédit des décideurs politiques, les leçons à tirer vont bien au-delà de ce projet.

L'élaboration de ce type de décision "doit devenir de plus en plus collective" pour emporter l'adhésion de la population, a dit à Reuters l'ancien médiateur de la République. "Ces sujets ne doivent plus être traités de façon purement technique ou budgétaire ; il y a aussi une part de psychologie."

"Il y aura forcément sur tout projet une analyse à faire sur l'adhésion et la compréhension de la population", fait-il valoir. "On ne peut accepter que la minorité bloque la majorité mais on ne peut pas tout se permettre au nom de la majorité."

"PROJET PAR PROJET"

Un avis que n'est pas loin de partager Jean-Marc Ayrault, pourtant critiqué jusque dans son propre camp pour sa défense acharnée du projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes.

"Je pense qu'il faut prendre projet par projet. Il y a des contestations de lignes TGV, de transferts d'aéroports, de tunnels. Demain, il y aura une contestation du canal Seine-Nord", a-t-il dit à La chaîne parlementaire-Assemblée nationale.

"La contestation des projets de cette nature (...) existe aussi dans d'autres pays européens", a-t-il ajouté. "Je pense que ça nécessite qu'on renforce encore plus le débat public avant d'arrêter tel ou tel projet."

Il reconnaît cependant qu'un tel débat public "exige énormément de moyens". Ce qui veut dire aussi du temps.

Le Front national s'est également emparé, sans surprise, du drame de Sivens. Mais il en tire des conclusions opposées.

Dans un communiqué, sa présidente, Marine Le Pen, juge "choquant" que les projets d'envergure "s'enlisent tous les uns après les autres" en France et s'interroge sur la capacité des pouvoirs publics à les faire accepter par la population.

Ces projets "doivent naturellement revenir à l'Etat qui, seul, dispose des compétences nécessaires", écrit-elle cependant. "Comme l'affaire de Notre-Dame-des-Landes, celle du barrage de Sivens montre qu'il est illusoire de laisser les collectivités locales seules soutenir (de tels) projets."

(Edité par Yves Clarisse)

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  • M7361806 le mercredi 29 oct 2014 à 18:20

    Merci aux présidents des conseils généraux du tarn et du tarn et garonne , une instance inutile dans laquelle BAYLET brille !

  • lorant21 le mercredi 29 oct 2014 à 17:20

    Que ce soit l'Etat ou les collectivités, peu d'importance. C'est plutôt "pas de couil.. ou en avoir un minimum". faire respecter la volonté de la majorité (les élus) ou des minorités agissantes

  • M8252219 le mercredi 29 oct 2014 à 17:10

    Je n'entends pas de réaction à l'attaque par les écolos anarchistes des CRS aux cocktails Molotov!!!!!

  • posthit le mercredi 29 oct 2014 à 17:08

    les talibans verts vont nous ramener au Moyen âge .

  • M8252219 le mercredi 29 oct 2014 à 17:03

    Régression avec tous ces anarchistes que les écolos et syndicats manipulent et dont ils se servent contre la société:nuisance maximum pour faire valoir leurs idées.Ce n'est plus de la démocratie mais du fascisme et ils envoient des jeunes idéalistes au combat à leur place