L'Italie a porté secours à un cargo de migrants à la dérive

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UN CARGO DE MIGRANTS À LA DÉRIVE REMORQUÉ JUSQU'EN ITALIE
UN CARGO DE MIGRANTS À LA DÉRIVE REMORQUÉ JUSQU'EN ITALIE

par Steve Scherer

ROME (Reuters) - L'"Ezadeen", un cargo abandonné par son équipage et transportant quelque 450 immigrants clandestins, a été remorqué jusqu'au port de Corigliano Calabro, dans le sud de l'Italie, après avoir été secouru par la garde-côte italienne.

La garde-côte a annoncé sur son fil Twitter vendredi peu avant minuit (23h00 GMT) que le navire fantôme était entré au port.

Plusieurs membres de la garde-côte avaient été hélitreuillés à bord du cargo battant pavillon de Sierra Leone durant la nuit de jeudi à vendredi. Ils ont pu superviser le remorquage du navire, que son équipage avait abandonné à 40 milles nautiques des côtes italiennes alors qu'il était à court de carburant.

Les passagers, partis d'un port de Turquie, ont été pris en charge à leur débarquement.

"Nous savons qu'il est parti d'un port turc et a été abandonné par son équipage", a dit un porte-parole de la garde-côte, Filippo Marini, dans une interview à la chaîne de télévision SkyTG24. "Lorsque nous avons demandé au navire ce qu'il faisait, une émigrante a répondu 'Nous sommes seuls à bord et nous n'avons personne pour nous aider'", a-t-il ajouté.

On ignore pour le moment la nationalité des occupants du navire, à bord duquel se trouvent des femmes et des enfants.

C'est la troisième fois en quinze jours que les autorités italiennes doivent se porter aux secours de cargos transportant des clandestins et abandonnés par leurs équipage.

Mercredi, environ 800 migrants, essentiellement des Syriens, sont arrivés en Italie après avoir, semble-t-il, été abandonnés par l'équipage. Parti également de Turquie, leur cargo, le "Blue Sky M", a été pris en charge par des gardes-côtes et est arrivé dans le petit port de Gallipoli.

Quinze jours plus tôt, la marine italienne était déjà venue en aide à un cargo abandonné transportant 850 migrants, qui ont pu débarquer dans un port de Sicile.

NOUVELLES PRATIQUES DES PASSEURS

La guerre civile en Syrie et l'anarchie qui règne en Libye ont gonflé le nombre de candidats à la traversée de la Méditerranée l'an dernier.

D'après les Nations unies, plus de 160.000 migrants sont arrivés cette année par voie maritime en Italie et 40.000 autres en Grèce. Des milliers de clandestins ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée : 3.200 au moins, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui souligne que cette région est la plus meurtrière pour les migrants.

Les passeurs ont changé de tactique ces derniers temps, fait remarquer Carlotta Sami, porte-parole du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

L'abandon par l'Italie de son opération de secours et de recherche Mare Nostrum, explique-t-elle, a rendu plus périlleuse la traversée de la Méditerranée à bord de petites embarcations de fortune, d'où l'utilisation désormais de vieux cargos en fin d'exploitation commerciale.

L'intensification des combats en Libye a par ailleurs accru le nombre de candidats au départ.

"Nous observons depuis deux mois une utilisation croissante de ces vieux cargos promis à être démantelés et qui n'ont généralement aucun équipement électronique à bord", dit-elle.

A l'approche de leur destination, poursuit-elle, les passeurs activent le système de pilotage automatique du navire, dans les eaux internationales, puis prennent la fuite à bord d'un plus petit bateau.

D'après l'amiral Giovanni Pettorino, commandant des opérations de la garde-côte italienne, cité par l'agence de presse Adnkronos, les réseaux de passeurs se procureraient ces vieux cargos pour 100.000 à 150.000 dollars. En faisant payer jusqu'à 6.000 dollars à chaque clandestin, les trafiquants gagneraient "jusqu'à cinq millions de dollars par voyage", ajoute-t-il.

D'après le site vesselfinder.com, l'"Ezadeen", un cargo de 73 m construit en 1966, devait gagner le port de Sète, dans le sud de la France. Le navire est spécialisé dans le transport d'animaux.

(Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)

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