L'Iran aux urnes pour définir l'ère de l'après-sanctions

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DOUBLE SCRUTIN EN IRAN
DOUBLE SCRUTIN EN IRAN

par Samia Nakhoul

TEHERAN (Reuters) - Les Iraniens ont commencé à voter vendredi pour les premières élections depuis la levée des sanctions occidentales, un double scrutin, législatif et à l'Assemblée des experts, qui dira si la République islamique compte poursuivre son ouverture diplomatique et économique.

Deux camps s'affrontent pour ces scrutins : celui des conservateurs, opposés au mouvement de détente avec l'Occident, et celui du président modéré Hassan Rohani, qui a négocié l'accord historique sur le nucléaire de 2015. Rohani peut se prévaloir de la levée des sanctions occidentales et il devrait se représenter l'an prochain pour un second mandat

Les deux camps ont appelé à aller voter en masse.

"J'invite notre pays à aller voter tôt (...). Ils (les Iraniens) devront choisir leurs candidats avec sagesse", a déclaré le Guide suprême Ali Khamenei après avoir mis son bulletin dans l'urne. "Une forte participation décevra les ennemis de l'Iran", a ajouté le leader conservateur.

Les candidats réformistes ont vu pour la plupart leurs candidatures refusées par le Conseil des gardiens, ainsi que certains modérés. Mais leurs partisans appellent à soutenir les alliés de Rohani pour empêcher les conservateurs de gagner.

Les électeurs sont appelés à renouveler le Parlement qui compte 290 sièges et l'Assemblée des Experts, dont les 88 religieux élisent le Guide suprême de la révolution. L'actuel titulaire du poste l'ayatollah Ali Khamenei, étant âgé de 76 ans, il se pourrait que les Experts aient à désigner son successeur.

Les deux organes sont pour le moment aux mains des conservateurs.

Cependant, les réformistes et les modérés sont parvenus à réunir une liste commune à Téhéran -- de 30 candidats au Parlement et 16 à l'Assemblée des experts -- qui, espèrent-ils, leur donnera in fine la majorité dans les deux organes.

"Nous faisons le pari que les extrémistes et les conservateurs n'auront pas la majorité au Parlement et que l'ambiance générale au majlis (Parlement) sera changée", a déclaré à Reuters Mohammad Reza Aref, candidat au Parlement.

LES MARCHANDS DIVISÉS

Les résultats sont difficiles à anticiper, les conservateurs réalisant d'habitude de bons scores dans les campagnes tandis que les réformistes ont un électorat citadin. Au grand bazar de Téhéran, l'influente classe des marchands est divisée.

"Je vais voter pour les réformistes (...) Si les conservateurs gagnent ce sera une mauvaise nouvelle pour moi et les autres commerces, parce qu'ils sont opposés à la libéralisation", déclare Adel Jahangiri, propriétaire d'un magasin du bazar.

Sadegh Salehakhoundi, vendeur, prévoit pour sa part de voter pour les conservateurs pour leur fidélité aux principes de la révolution de 1979 et leur résistance aux puissances étrangères. "Nous ne voulons pas d'ouverture au monde extérieur", dit-il.

La méfiance à l'égard de l'Occident est fortement enracinée, et les conservateurs accusent les alliés du président Rohani de commercer avec les puissances occidentales.

Si elle est sollicitée pour désigner le successeur de l'ayatollah Khamenei, l'Assemblée des experts, élue pour huit ans, décidera potentiellement du sort du pays pour les décennies à venir.

Du côté du Parlement, une chambre à dominante modérée permettrait à Rohani de poursuivre des réformes économiques et de continuer l'ouverture diplomatique du pays. Peut-être même pourrait-il assouplir l'ensemble des restrictions sociales qui irritent particulièrement la fraction jeune et éduquée de la population.

Quelle que soit l'issue du vote, une part importante du pouvoir restera aux mains de l'establishment conservateur à travers le Conseil des Gardiens, le pouvoir judiciaire islamique et le Guide suprême.

Composé de douze juristes et religieux, le Conseil des gardiens est chargé d'entériner les lois nouvelles et de passer au crible les candidatures. Il a joué un rôle considérable dans l'élection en opposant son veto à quasiment tous les réformistes et à certains modérés qui souhaitaient se présenter au Parlement.

De tels mécanismes facteurs de conservatisme ont découragé certain électeurs.

"Je ne vais pas perdre mon temps et ma voix puisque rien ne changera parce que les conservateurs ont le pouvoir en main", déclare Aria Behfuruz, 18 ans, étudiante en dentaire à l'université de Téhéran.

(Parisa Hafezi; Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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