L'enquête sur le crash de l'A320 de Germanwings progresse

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DES DONNÉES EXPLOITABLES ONT ÉTÉ EXTRAITES D'UNE BOÎTE NOIRE DE L'A320 DE GERMANWINGS
DES DONNÉES EXPLOITABLES ONT ÉTÉ EXTRAITES D'UNE BOÎTE NOIRE DE L'A320 DE GERMANWINGS

par Jean-François Rosnoblet

SEYNE-LES-ALPES, Alpes-de-Haute-Provence (Reuters) - L'enquête sur les causes de la catastrophe de l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings, qui s'est écrasé dans les Alpes françaises avec 150 personnes à bord, a progressé mercredi avec l'exploitation des données d'un enregistreur de vol.

Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a réussi à écouter le fichier audio de la "boîte noire" qui a enregistré les échanges audio dans le cockpit et qui a été retrouvée dès mardi.

"Nous avons à l'instant réussi à en extraire un fichier de données audio utilisables", a dit Rémi Jouty, directeur du BEA, lors d'une conférence de presse au Bourget.

"Maintenant, il est beaucoup trop tôt pour en tirer la moindre conclusion sur ce qui s'est passé", a-t-il ajouté.

Rémi Jouty n'a pas voulu dire si l'on entendait les conversations entre les pilotes jusqu'au moment du crash, notamment pendant la dizaine de minutes durant lesquelles l'avion a effectué une descente inexpliquée jusqu'à heurter la montagne près de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence).

Il s'agit d'une descente compatible avec un pilotage automatique et pas d'une chute libre, a-t-il dit, rappelant que l'équipage n'avait pas essayé de joindre les contrôleurs aériens pendant la descente ni répondu à leurs sollicitations.

Sans écarter aucune hypothèse, le directeur du BEA a toutefois estimé que la concentration des débris n'était pas compatible avec une explosion en vol, qui entraîne la dispersion des restes de l'avion sur une grande superficie, et que le scénario d'une dépressurisation n'était pas privilégié.

La seconde boîte noire, qui enregistre les paramètres de vol, n'a en revanche pas encore été localisée, a-t-il ajouté, démentant l'information donnée par François Hollande selon lequel "l'enveloppe" de cette boîte aurait été retrouvée.

LE BEA "CONFIANT"

Rémi Jouty s'est dit "confiant" de pouvoir comprendre ce qui s'est passé une fois que ce sera chose faite, tout en soulignant qu'il s'agirait d'un travail de longue haleine.

Sur le terrain, la recherche des corps des victimes et des causes de la catastrophe par les gendarmes et les magistrats ainsi que par les enquêteurs du BEA, d'Airbus et de Lufthansa, dont Germanwings est la filiale low-cost, s'est accélérée.

Le Premier ministre Manuel Valls a estimé que l'identification des corps serait "extrêmement longue et difficile" compte tenu de la violence de l'impact, qui a littéralement pulvérisé l'appareil.

Xavier Roy, pilote de la Sécurité civile et coordinateur des moyens aériens, a décrit la situation au camp de base de Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), dans la vallée en contrebas de l'endroit très difficile d'accès où a eu lieu le désastre.

"Quand on va sur un crash d'avion, on s'attend à reconnaître des parties de carlingue, là on ne voit rien du tout", a-t-il dit à la presse en évoquant des morceaux d'avion dont le plus gros ne dépasse pas la taille d'une demi-voiture.

Il a ajouté que les sauveteurs hélitreuillés, sécurisés avec des pitons et des cordes sur la pente sur laquelle s'est écrasé le vol Barcelone-Düsseldorf, vers 2.000 mètres d'altitude, ne faisaient pas de la descente des corps une priorité.

150 CORPS "POLYTRAUMATISÉS"

Le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, a précisé qu'il faudrait "des jours" pour récupérer les corps et "plusieurs semaines" pour procéder à leur identification ADN.

"On est là face à un délai d'enquête incompressible, incontournable, on n'aura pas les résultats immédiatement", a-t-il ajouté en parlant de "150 corps polytraumatisés".

Quatorze magistrats et 200 gendarmes travaillent uniquement sur l'enquête et des demandes d'entraide internationale ont été envoyées à l'Espagne et à l'Allemagne pour déterminer les conditions de maintenance de l'avion et d'embarquement des passagers à Barcelone pour le vol vers Düsseldorf.

Manuel Valls a indiqué qu'aucune hypothèse n'était écartée sauf, a priori, une "explosion en vol", soit un acte terroriste.

François Hollande s'est rendu en début d'après-midi au PC des opérations avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, assurant que "toute la vérité" serait faite sur les causes du désastre.

Soixante-douze Allemands, 51 Espagnols et trois Britanniques notamment figurent au nombre des victimes. Les autorités françaises ont également évoqué des ressortissants d'une dizaine d'autres pays, dont les Etats-Unis.

Un dispositif spécial constitué d'une vingtaine de personnes pour l'essentiel des interprètes et des psychologues, a été mis en place pour accueillir leurs familles des victimes qui disposeront de 900 places d'hébergement dans la région.

(Avec Service France et Tim Hepher au Bourget, édité par Yves Clarisse)

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