L'armée entre en jeu dans la crise au Burkina Faso

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L'ARMÉE ANNONCE UN GOUVERNEMENT DE TRANSITION AU BURKINA FASO
L'ARMÉE ANNONCE UN GOUVERNEMENT DE TRANSITION AU BURKINA FASO

par Mathieu Bonkoungou et Joe Penney

OUAGADOUGOU (Reuters) - L'armée du Burkina Faso a annoncé jeudi la dissolution de l'Assemblée nationale et la mise en place d'un organe de transition pour une durée de 12 mois à la tête du pays à la suite d'une journée de violentes manifestations contre le président Blaise Compaoré, dont on ignore s'il demeure le chef de l'Etat.

Ce dernier, au pouvoir depuis 1987, avait peu auparavant décrété de son côté l'état de siège et démis le gouvernement de ses fonctions après l'envahissement de l'Assemblée nationale et du siège de la télévision publique par des manifestants, qui ont aussi affronté les forces de l'ordre aux abords du palais présidentiel.

L'initiative de Blaise Compaoré a été immédiatement rejetée par l'opposition, qui a appelé à la poursuite du mouvement de contestation rassemblant des dizaines de milliers de personnes à Ouagadougou. Quelques minutes plus tard, le chef de l'armée est intervenu au cours d'une conférence de presse pour annoncer la dissolution de l'Assemblée, la formation d'un organe de transition, sans préciser qui en prendrait la tête, et l'instauration d'un couvre-feu nocturne dans l'ensemble du pays, de 19h00 GMT à 06h00 GMT.

Cet organe de transition sera chargé de conduire le pays à des élections dans un délai de 12 mois, a promis le général Honoré Traoré.

MISE EN GARDE DE LA CÉDÉAO

"Vu la détérioration très grave de la situation nationale, vu l'état de dysfonctionnement dans lequel se trouvent les institutions de la République, vu la nécessité de préserver le pays de tout chaos et de garantir l'unité et la cohésion nationales, (...) le chef d'état-major général des armées (annonce que) l'Assemblée nationale est dissoute, le gouvernement est dissous, un organe transitoire sera mis en place en concertation avec les forces vives de la Nation en vue de préparer les conditions pour le retour à l'ordre constitutionnel normal dans un délai de 12 mois au plus tard", a-t-il dit.

Il a en revanche refusé de dire si Blaise Compaoré était toujours le chef de l'Etat.

Avant cette annonce de l'armée, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait prévenu qu'elle ne "reconnaîtra(it) aucune accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles".

L'opposition a lancé mardi un mouvement de désobéissance civile pour protester contre un projet de réforme de la Constitution qui aurait permis à Blaise Compaoré, 63 ans, de se présenter à l'élection présidentielle prévue en 2015.

Les événements se sont accélérés ce jeudi en raison de la présentation de ce projet de réforme à l'Assemblée nationale.

Furieux, des milliers de manifestants ont pris d'assaut l'Assemblée nationale et mis à sac le siège de la télévision nationale, la contraignant à suspendre ses émissions.

La foule s'est aussi rassemblée aux abords de la présidence pendant que les chefs de file de l'opposition, qui exigent la mise à l'écart de Blaise Compaoré, discutaient avec des gradés de l'armée.

Les services d'urgence ont fait état de plusieurs morts dans ces affrontements avec les forces de l'ordre.

LETTRE DE HOLLANDE

Des centaines de manifestants en colère se sont aussi réunis devant le quartier général de l'armée après la proclamation de l'état de siège par le président.

De grandes manifestations ont aussi eu lieu à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, et Ouahigouya, dans le nord.

A Ouagadougou, nombre de manifestants brandissaient des portraits de Thomas Sankara, l'ancien président tué au moment de l'accession au pouvoir de Blaise Compaoré.

Après deux septennats puis deux quinquennats, Blaise Compaoré a acquis un statut de médiateur dans les conflits de la région. Le projet de réforme de la Constitution a toutefois suscité la colère d'une partie de la population dans un pays parmi les plus pauvres de la planète.

En l'état, la Constitution, rédigée en 2000, limite à deux quinquennats le nombre de mandats présidentiels.

La France, dont des membres des forces spéciales sont stationnés sur le sol du Burkina, et les Etats-Unis ont critiqué ce projet de réforme constitutionnelle tout en invitant toutes les parties à la retenue.

Des représentants de l'ambassade de France ont rencontré jeudi des représentants de l'opposition.

Dans une lettre que François Hollande a adressée ce mois-ci à Blaise Compaoré et que Reuters a pu lire, le président français a proposé à son homologue le soutien de la France pour lui trouver un poste au sein d'une institution internationale.

(Avec Daniel

par Mathieu Bonkoungou et Joe Penney

OUAGADOUGOU (Reuters) - L'armée du Burkina Faso a annoncé jeudi la dissolution de l'Assemblée nationale et la mise en place d'un organe de transition pour une durée de 12 mois à la tête du pays à la suite d'une journée de violentes manifestations contre le président Blaise Compaoré, dont on ignore s'il demeure le chef de l'Etat.

Ce dernier, au pouvoir depuis 1987, avait peu auparavant décrété de son côté l'état de siège et démis le gouvernement de ses fonctions après l'envahissement de l'Assemblée nationale et du siège de la télévision publique par des manifestants, qui ont aussi affronté les forces de l'ordre aux abords du palais présidentiel.

L'initiative de Blaise Compaoré a été immédiatement rejetée par l'opposition, qui a appelé à la poursuite du mouvement de contestation rassemblant des dizaines de milliers de personnes à Ouagadougou. Quelques minutes plus tard, le chef de l'armée est intervenu au cours d'une conférence de presse pour annoncer la dissolution de l'Assemblée, la formation d'un organe de transition, sans préciser qui en prendrait la tête, et l'instauration d'un couvre-feu nocturne dans l'ensemble du pays, de 19h00 GMT à 06h00 GMT.

Cet organe de transition sera chargé de conduire le pays à des élections dans un délai de 12 mois, a promis le général Honoré Traoré.

MISE EN GARDE DE LA CÉDÉAO

"Vu la détérioration très grave de la situation nationale, vu l'état de dysfonctionnement dans lequel se trouvent les institutions de la République, vu la nécessité de préserver le pays de tout chaos et de garantir l'unité et la cohésion nationales, (...) le chef d'état-major général des armées (annonce que) l'Assemblée nationale est dissoute, le gouvernement est dissous, un organe transitoire sera mis en place en concertation avec les forces vives de la Nation en vue de préparer les conditions pour le retour à l'ordre constitutionnel normal dans un délai de 12 mois au plus tard", a-t-il dit.

Il a en revanche refusé de dire si Blaise Compaoré était toujours le chef de l'Etat.

Avant cette annonce de l'armée, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) avait prévenu qu'elle ne "reconnaîtra(it) aucune accession au pouvoir par des voies non constitutionnelles".

L'opposition a lancé mardi un mouvement de désobéissance civile pour protester contre un projet de réforme de la Constitution qui aurait permis à Blaise Compaoré, 63 ans, de se présenter à l'élection présidentielle prévue en 2015.

Les événements se sont accélérés ce jeudi en raison de la présentation de ce projet de réforme à l'Assemblée nationale.

Furieux, des milliers de manifestants ont pris d'assaut l'Assemblée nationale et mis à sac le siège de la télévision nationale, la contraignant à suspendre ses émissions.

La foule s'est aussi rassemblée aux abords de la présidence pendant que les chefs de file de l'opposition, qui exigent la mise à l'écart de Blaise Compaoré, discutaient avec des gradés de l'armée.

Les services d'urgence ont fait état de plusieurs morts dans ces affrontements avec les forces de l'ordre.

LETTRE DE HOLLANDE

Des centaines de manifestants en colère se sont aussi réunis devant le quartier général de l'armée après la proclamation de l'état de siège par le président.

De grandes manifestations ont aussi eu lieu à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, et Ouahigouya, dans le nord.

A Ouagadougou, nombre de manifestants brandissaient des portraits de Thomas Sankara, l'ancien président tué au moment de l'accession au pouvoir de Blaise Compaoré.

Après deux septennats puis deux quinquennats, Blaise Compaoré a acquis un statut de médiateur dans les conflits de la région. Le projet de réforme de la Constitution a toutefois suscité la colère d'une partie de la population dans un pays parmi les plus pauvres de la planète.

En l'état, la Constitution, rédigée en 2000, limite à deux quinquennats le nombre de mandats présidentiels.

La France, dont des membres des forces spéciales sont stationnés sur le sol du Burkina, et les Etats-Unis ont critiqué ce projet de réforme constitutionnelle tout en invitant toutes les parties à la retenue.

Des représentants de l'ambassade de France ont rencontré jeudi des représentants de l'opposition.

Dans une lettre que François Hollande a adressée ce mois-ci à Blaise Compaoré et que Reuters a pu lire, le président français a proposé à son homologue le soutien de la France pour lui trouver un poste au sein d'une institution internationale.

(Avec Daniel Flynn, David Lewis et Bate Felix à Dakar, Joe Bavier et Ange Aboa à Abidjan, John Irish à Paris; Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service français)

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