«L'alimentation est davantage tournée vers un plaisir responsable, hédoniste et convivial»

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INTERVIEW - Dans un entretien au Figaro, Jean-Philippe Girard, qui dirige l'Association nationale des industriels de l'alimentaire (Ania), analyse l'évolution de notre consommation et son impact sur les entreprises du secteur.

LE FIGARO - En 50 ans, la part de l'alimentaire dans le budget des ménages est passée de 35 % à 20 %. Dans le même temps, les Français n'ont jamais autant regardé ce qu'ils avaient dans leur assiette… Comment l'expliquez-vous?

Jean-Philippe Girard - Depuis 50 ans, les dépenses contraintes liées aux transports et au logement, ainsi que les dépenses liées aux loisirs ont considérablement augmenté, diminuant mécaniquement la part de l'alimentation dans le budget des ménages. Les consommateurs français développent un rapport privilégié et exigeant à leur alimentation, qu'elle soit liée à leur santé, à leur plaisir ou à leur vie sociale. Il existe une réelle tendance de fond au «bon pour soi». 88% des Français considèrent qu'une alimentation saine et variée constitue la meilleure manière de préserver leur santé et 75% se disent fiers de nos produits et savoir-faire régionaux, selon l'édition 2015 de notre baromètre ANIA/Opinion Way («Les Français et l'alimentation»).

Les Français mangent moins de viande, plus de plats préparés, ils boivent moins d'alcool… Comment les entreprises agroalimentaires s'adaptent-elles à ces changements de mode de vie?

Au sein de chaque catégorie de produits alimentaires, on perçoit une évolution des modes de consommation. Les entreprises agroalimentaires font donc évoluer les gammes et les formats de leur offre afin de répondre aux nouvelle attentes des consommateurs alliant toujours la qualité, la praticité et le prix. Face à l'urbanisation croissante et l'accélération des rythmes de vie, les Français reconnaissent la capacité des entreprises agroalimentaires de France à leur proposer des produits variés et faciles à préparer (88% de taux de satisfaction). Concernant les alcools, les usages aussi ont évolué. Nous n'avons pas la même notion de l'apéritif ou du digestif que nos parents. La consommation d'aujourd'hui est davantage tournée vers un plaisir responsable, hédoniste et convivial. Les marques de spiritueux et de bières l'ont bien compris et proposent de nouveaux formats, de nouvelles expériences aux consommateurs et valorisent le savoir-faire de leurs métiers.

Le développement du «bio», du «local» et du «premium» est-il une bonne chose pour les entreprises agroalimentaires?

Tous les éléments qui permettent de redonner de la valeur à l'alimentation et de la confiance pour le consommateur constituent une bonne voie pour les entreprises agroalimentaires. Cela montre que le prix n'est plus une variable isolée dans la consommation des produits alimentaires. Economiquement, ce sont de très bons leviers de croissance et de différenciation pour nos entreprises. C'est la raison pour laquelle, la «guerre des prix» entre les enseignes de la grande distribution, au-delà de ne plus être tenable économiquement, est limitée socialement. L'attention doit être portée à la qualité de l'offre et du service associé proposés aux consommateurs.

Les Français sont-ils plus sensibles aux prix que par le passé?

Si les Français restent attachés à l'accessibilité de leur alimentation, notamment chez les populations les moins favorisées, le prix n'est toutefois plus aussi discriminant qu'auparavant. La tendance du «bon pour soi» se traduit par une attention croissante portée à d'autres critères liés à la qualité ou à la production de l'alimentation. Le prix reste le premier critère d'achat pour 66% des Français mais diminue nettement par rapport à 2013 (-7 pt, 73%). Dans le même temps, le critère de la composition des produits progresse significativement (+18 pt, 53% en 2015 vs 35% en 2013). La provenance reste également un critère important d'achat (42%). On note enfin que l'alimentation constitue le poste de dépense sur lequel les Français souhaitent le moins rogner.

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