Kutubdia, portrait d'une île habitée condamnée à disparaître

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Au Bangladesh, la surface de l’île (sur laquelle vivent 100.000 personnes), s’est réduite d’environ un quart en 30 ans. Elle pourrait disparaître complètement sous les flots d’ici 50 ans.

Hamida Begum ne compte plus le nombre de fois où elle a dû quitter sa maison de l’île de Kutubdia au Bangladesh. Ses voisins, eux, ont déjà renoncé à la bataille pour empêcher la mer d’engloutir leur logement. «J’ai peur que ma maison ne soit également emportée un jour. Déjà, pendant la mousson, nous ne pouvons absolument pas vivre ici», dit cette mère de quatre enfants devant sa cabane en briques de terre, la seule encore intacte de la rangée. «Mais c’est notre terre et nous n’avons pas d’argent pour aller ailleurs», ajoute-t-elle. Si quelque 100.000 personnes vivent encore à Kutubdia, la plupart savent que leur temps est compté ici: les scientifiques ont prévenu que l’île pourrait être complètement engloutie d’ici 50 ans.

Des dizaines de milliers d’habitants sont déjà partis définitivement, pour l’essentiel vers la capitale Dacca, déjà surpeuplée, ou pour un bidonville de Cox’s Bazaar, une station balnéaire à environ 80 km. L’avenir des petits Etats insulaires menacés de disparition si la montée des océans se poursuit a été mis en lumière lors des débats préparatoires à la conférence sur le climat organisée à Paris. Mais l’ampleur du problème est bien plus grande pour les dizaines d’îles du Bangladesh et pour certaines zones côtières de ce pays, qui est l’un des plus plats et plus pauvres du monde.

«Nous avons une longue côte où vivent 39 millions de personnes», dit le secrétaire d’Etat à l’Environnement Kamal Uddin Ahmed à l’AFP. «Si nous devons déplacer ces gens vers d’autres régions, ce sera une tâche gigantesque». A Kutubdia, les autorités ont érigé des remparts contre les inondations et des abris anti-cycloniques où les habitants peuvent se réfugier pendant la mousson, qui transforme cette zone du Golfe du Bengale en quasi zone de guerre.

Une bataille perdue d’avance

Mais ils mènent une bataille perdue d’avance, la surface de Kutubdia s’étant réduite d’environ un quart en 30 ans. La plupart des blocs de béton érigés pour repousser la vague se sont effondrés ou ont été ensevelis par le sable, l’eau grignotant l’île. «Nous devons déménager chaque fois que les vagues arrivent et habiter chez un propriétaire à l’intérieur des terres, à qui nous devons payer un loyer. C’est très dur pour nous», dit Begum. Au moins habite-t-elle encore chez elle, contrairement à Lutfun Nahar qui vit chez son père depuis que sa maison a été désintégrée lors d’une tempête il y a trois mois. «Nous devions souvent trouver un refuge pendant la saison des pluies mais cette fois, ma maison a été complètement emportée», raconte cette femme de 43 ans, revenue voir le peu de fondations de son logement qui ont subsisté.

«S’il y avait une vraie digue, je reconstruirais peut-être mais je crains que cela ne se reproduise et donc de gaspiller mon argent», dit-elle. Pourtant, «je ne peux rester éternellement chez mon père qui n’a pas une grande maison». «J’ai cinq enfants. Je ne sais pas où aller», ajoute-t-elle. Environ 40.000 insulaires ont déménagé à Cox’s Bazaar, où ils vivotent désormais dans des cabanes de tôle ondulée au pied d’allées jonchées d’ordures.

Beaucoup continuent de vivre de la pêche ou de la construction de bateaux. D’autres travaillent à faire sécher des poissons accrochés par milliers sur des portiques en bois dans une forte odeur. Nur Hussain a déménagé en 2012 et gère un café surtout fréquenté par d’autres anciens insulaires. «Les gens pêchent désormais là où était mon village», dit cet homme de 28 ans. «Nous avions des mosquées, des écoles, des madrassas, des marchés et de nombreuses maisons mais tout a été complètement submergé. C’est très douloureux pour nous».

Crainte d’être déplacé

Hussain tremble à l’idée de devoir à nouveau déménager pour laisser la place à des promoteurs qui construisent des hôtels en série et cherchent à obtenir l’agrandissement de l’aéroport, près de l’une des plus longues plages du monde. «Nous sommes des gens de la mer. Tout ce que nous faisons a un lien avec la mer. Nous n’avons nulle part où aller», dit-il.

Cette crainte d’être déplacé est partagée par nombre de petites nations insulaires dont les populations n’ont d’autre choix. Le Premier ministre de Tuvalu, Enele Sopoaga, a indiqué à l’AFP lors d’une récente visite en Inde que son île devrait peut-être acheter des terres à l’Australie ou la Nouvelle-Zélande pour reloger sa population. Certaines de ces petites nations se sont alliées à de plus grands pays qui, comme le Bangladesh, sont très vulnérables au réchauffement climatique. Ensemble, ils forment le V20 - en miroir du G20.

Le sommet sur le climat de Copenhague en 2009 a laissé un goût amer à ces nations. Les pays les plus riches avaient alors échoué à prendre des mesures pour limiter la hausse des températures à 2°C. Moqbul Ahmed, qui travaille pour Coast, une ONG du Bangladesh qui aide les victimes du changement climatique, estime que les autorités de son pays ont le devoir de s’occuper de ceux qui doivent fuir leur île mais que les nations riches ont la responsabilité morale de les soutenir. «Les pays les plus riches devraient se porter volontaires pour aider les réfugiés climatiques», dit-il.

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  • sidelcr le lundi 7 déc 2015 à 11:17

    Exact Dotcom , de plus ce sont les inondations annuelles qui font la richesse des terres lors du retrait des eaux .Il faut y aller & arrêter de nous raconter des fariboles .

  • dotcom1 le lundi 7 déc 2015 à 11:04

    C'est pas le nivreau de l'eau qui monte, c'est juste que la plus grande partie du Bangladesh est à moins de 12 mètres au-dessus du niveau de la mer. 28% des Pays-Bas sont construits sous le niveau de la mer mais bizarement la mer ne menace personne là-bas. Alors, à quio la faute. Corruption ou climat?