Interpellé au Sénat, Bolloré défend la "diète" chez Canal+

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VINCENT BOLLORÉ DÉFEND SA GESTION DE CANAL+ DEVANT LE SÉNAT
VINCENT BOLLORÉ DÉFEND SA GESTION DE CANAL+ DEVANT LE SÉNAT

par Gwénaëlle Barzic et Mathieu Rosemain

PARIS (Reuters) - Pris à partie par les sénateurs sur l'avenir de Canal+, numéro un de la télévision payante dans la tourmente, son propriétaire Vincent Bolloré a défendu mercredi le traitement de choc imposé depuis un an à la chaîne cryptée, assurant qu'il commençait à porter ses fruits.

Face à l'érosion du parc d'abonnés et à l'accélération des pertes financières, le président du conseil de surveillance de Vivendi, maison mère de Canal+, a remanié en quasi-totalité l'état-major de Canal+, imposé une cure d'austérité à tous les étages et engagé une refonte des offres tarifaires.

Les mauvaises audiences d'émissions phares comme "Le Grand Journal", les départs en série d'animateurs et de dirigeants clés et le veto de l'Autorité de la concurrence à un partenariat présenté comme vital avec beIN Sports ont toutefois jeté le doute sur la stratégie du milliardaire breton, principal actionnaire de Vivendi avec plus de 15% du capital.

"Je pense qu'en réalité Canal est redressé. Les résultats seront assez visibles assez rapidement", a expliqué Vincent Bolloré lors de sa première audition devant la commission de la Culture, de l’Education et de la Communication du Sénat.

Il a notamment évoqué une hausse importante des recrutements d'abonnés en juin à la faveur du succès d'une offre couplée avec les chaînes qataries de beIN Sports.

CHAMPION NATIONAL

Le directeur général de Canal+ Maxime Saada a toutefois prévenu lors de la même audition que Canal+ pourrait descendre sous la barre des 4 millions d'abonnés à la fin de l'année.

Canal+, dont le sport et le cinéma sont les deux vitrines, investit chaque année 200 millions d'euros dans le cinéma français dont il est le principal financeur.

La chaîne cryptée doit cependant faire face à l'émergence de nouveaux concurrents puissants et aux poches pleines, à l'image de Netflix et Amazon pour le cinéma et les séries, et beIN Sports et Altice dans le sport.

"Vous avez d'abord un problème numéro un qui est : est-ce que vous voulez un champion national ? Ça, les parlementaires ont à se prononcer là-dessus", a expliqué Vincent Bolloré.

"Si vous voulez en effet qu'il n'y ait pas de champion national, c'est relativement facile. Vous mettez des mesures anti-concentration et vous aurez ce que vous avez aujourd’hui, c'est-à-dire aucun groupe français qui essaye de porter la culture française à l'extérieur et donc mourront petit à petit tous ceux qui seront dans ce secteur", a-t-il prévenu.

Il a à nouveau défendu son projet de bâtir un groupe français de contenus à ambition mondiale, qui s'appuierait sur la richesse de la culture française et latine pour produire des contenus et les distribuer via des partenariats ou prise de participations minoritaires avec des opérateurs télécoms.

"ENTRE-SOI"

Il a en revanche pris ses distances avec la stratégie du magnat des télécoms Patrick Drahi, propriétaire d'Altice, consistant à rassembler dans un même groupe télécoms et médias.

"Il est évident que le lien entre les contenus et les tuyaux est en train de se faire partout dans le monde. Moi, en tant qu'actionnaire de référence, je pense qu'il n'est pas souhaitable de faire à la fois le téléphone et les contenus parce que je crois que c'est quasiment impossible", a-t-il dit.

Longtemps à l'abri de l'attention des médias jusqu'à son entrée au capital de Vivendi, le dirigeant du groupe Bolloré doit aujourd'hui faire face à des accusations d'intervention dans les programmes, notamment après la déprogrammation d'un documentaire sur le Crédit mutuel, ou d'interférence entre ses différentes casquettes d'actionnaire de Vivendi, dirigeant du groupe Bolloré et propriétaire du publicitaire Havas.

Mis sur le grill pendant plus de deux heures, Vincent Bolloré a rejeté en bloc les critiques.

"Je pense que tout cela ce sont des blagues qui ont été mises en avant pour éviter la diète, parce que ce n'est pas agréable quand on a été un groupe tout puissant, qu'on faisait beaucoup d'entre-soi, de se retrouver tout d'un coup comme les autres à faire un peu attention à ce qu'on dépense", a-t-il dit.

(Edité par Dominique Rodriguez)

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  • jfvl il y a 5 mois

    Un chef d'entreprise tout simplement

  • M2723293 il y a 5 mois

    Si l'exportation de la culture francaise consiste à vendre les émissions de D8, nos admirateurs étrangers ne vont pas etre décus. J'aimerai avoir de la part de ce Monsieur la définition de la Culture Francaise.Il avait les comptes d'une tierce personne à régler...c'est fait. Tout le reste n'est que billevesée.

  • M4358281 il y a 5 mois

    Courage Vincent ..face à la bobo titube pari gote