Immobilier : les taux pourraient monter

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Les décisions de la BCE annoncées jeudi auront des conséquences pour les emprunteurs dès cet été.

L'arsenal de mesures décidé jeudi par la Banque centrale européenne (BCE) pour éviter la déflation et soutenir la reprise économique en Europe pourrait in fine avoir un impact sur les taux des crédits immobiliers, aujourd'hui historiquement bas. «Si la Banque centrale atteint son objectif, le marché des actions reprendra de la vigueur face à celui des obligations, qui verra alors ses taux augmenter. Or, le coût du crédit immobilier est indexé sur ces taux longs, analyse Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi. C'est donc la première pierre de la remontée des taux de crédit qui a été annoncée jeudi.» Si elle se produit, la hausse des taux à long terme, et donc de l'OAT, pourrait cependant être modérée. «Le taux de l'OAT, qui se négociait hier à 1,72 %, pourrait progressivement monter et atteindre 2 % à 2,2 % pendant l'été», estime Axel Botte, stratégiste obligataire chez Natixis AM, qui rappelle que l'OAT s'échangeait aux alentours de 2,5 % en début d'année.

D'autres éléments risquent aussi de légèrement renchérir le coût des prêts immobiliers dans les mois qui viennent. Pour faire face aux nouvelles exigences réglementaires, les banques envisagent en effet de recourir à la titrisation d'une partie de ces prêts. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a d'ailleurs plaidé dans ce sens en début d'année. Longtemps gelée, la titrisation des prêts immobiliers est réapparue en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Italie en 2010.

«Contrairement aux banques américaines, les établissements européens n'ont jamais commis d'excès», souligne Stéphane Caron, responsable gestion crédit structuré chez Natixis AM. En France, le Crédit foncier a réalisé avec succès, il y a quelques semaines, la première opération de titrisation de crédits immobiliers depuis 1995. «La demande des investisseurs pour l'opération du Crédit foncier a été importante, ce qui a rassuré les autres grandes banques ; et certaines d'entre elles devraient lancer des opérations de titrisation d'ici la fin de l'année», explique Fabrice Faure-Dauphin, avocat associé au cabinet Allen & Overy. Ce qui pourrait avoir un impact sur les emprunteurs. «Les banques devront augmenter leurs marges pour rémunérer les investisseurs. Cela devrait donc se traduire par une légère hausse des taux des crédits immobiliers», estime Stéphane Caron. Des hausses qui pourraient atteindre 0,10 % à 0,15 %, selon certains experts.

Des banques plus sélectives

Ce possible durcissement des conditions d'emprunt devrait pénaliser avant tout les jeunes et les ménages modestes, qui peinent de plus en plus à accéder au crédit immobilier, compte tenu des prix toujours élevés de la pierre et de la sélectivité renforcée des banques. «Nous avons vu le taux de désistement pour refus de prêt doubler en quelques mois, passant de 10 % à 20 %», constate François Payelle, président de la FPI (Fédération des promoteurs immobiliers).

Pour décrocher un prêt, les emprunteurs doivent montrer patte blanche (apport minimum de 10 %, capacité d'épargne...). «Les banques sont plus attentives qu'il y a quelques mois au respect des critères qu'elles se sont fixé, explique Sandrine Allonier, responsable relations banques chez VousFinancer.com. Elles mettent désormais en place des systèmes de scoring, reposant à la fois sur des critères financiers et subjectifs permettant d'évaluer le potentiel du client.» L'ère du crédit facile est révolue.

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  • saxxxo le lundi 9 juin 2014 à 09:34

    Depuis le temps qu'ils nous font le coup des taux qui "risquent de remonter" alors qu'ils baissent... on va attendre encore un peu pour voir. De mon côté je pronostique très sérieusement des taux bas pendant très très longtemps (autour de 2%, voire moins). Au moins 5 ans. On en reparle hein ?

  • Needlema le dimanche 8 juin 2014 à 23:21

    On vas les croire !