Il faut 9 millions par an aux frères Vogüé pour entretenir Vaux-le-Vicomte

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VIDÉO - Survol en drône de la propriété de Nicolas Fouquet, le surintendant de Louis XIV dont on fête cette année le 400e anniversaire. Découvrez le plus grand château privé classé de France et ses 33 hectares de jardins dessinés par Le Nôtre.

«Vous êtes venus voir comment on s’en sortait?» La boutade de Jean-Charles de Vogüé résume une partie du quotidien des frères qui gèrent aujourd’hui Vaux-le-Vicomte. Jean-Charles et Alexandre de Vogüé, deux faux jumeaux, travaillent ensemble pour faire vivre la demeure de famille, celle où ils ont grandi. «Notre père nous a passé le flambeau il y a un peu plus de deux ans ; notre troisième frère, lui, travaille à l’extérieur, dans le monde de l’événementiel et du théâtre», explique Alexandre, qui a longtemps bourlingué autour du monde, avant de revenir au bercail.

Il n’a pas le profil classique du châtelain. Guide de haute montagne, il a eu sa «période rebelle», celle qui l’a fait vivre au Canada, en Patagonie puis à Chamonix et crapahuter dans les Rocheuses, au Pakistan ou dans l’Himalaya. «Un jour, je me suis demandé si je continuais ma vie de saltimbanque ou si je faisais face à un certain devoir familial, et je suis revenu.»

Son frère Jean-Charles, en charge du développement commercial, l’avait devancé. Après avoir travaillé chez Nike, il a épaulé une dizaine d’années son père, Patrice de Vogüé, qui a organisé la gestion du domaine comme celle d’une entreprise et a ouvert le château au public en 1968.

Aux deux fils maintenant de poursuivre l’aventure, car c’en est une. Vaux-le-Vicomte, ce sont 2,5 hectares de toitures, 33 hectares de jardins à la française dessinés par André Le Nôtre et 500 hectares clos de murs à une soixantaine de kilomètres de Paris.

«Nous avons aussi 500 hectares de terres céréalières autour», précise Alexandre, néochâtelain peu conventionnel. Très attentif à l’environnement, il fait sien le combat de Jean de Lambertye, le président de La Demeure historique, quand il fustige «ces éoliennes, visibles à plus de 10 kilomètres et quidénaturent le paysage».

Les deux frères ont décidé de faire de 2015 l’année Fouquet. Pour célébrer le 400ème anniversaire de la naissance du superintendant, ils ont prévu des festivités et notamment une représentation cet été de la pièce de Molière, Les Fâcheux, créée à Vaux.

Jardins aux buis impeccables, perspective insolente. Dès que l’on pénètre dans l’enceinte du château, le regard peut se porter tout au bout des jardins ; en poussant plus loin, on finit par voir le château se refléter dans un bassin et on découvre, surpris, le grand canal jusqu’alors caché. Ascension du dôme que l’on atteint par un petit escalier en colimaçon et d’où l’on surplombe le domaine, sortie par les cuisines… L’expérience vaut le coup d’œil. Il est facile d’être transporté par les lieux.

«Vous avez remarqué la qualité de l’air, le silence? Ce que nous disent nos visiteurs, c’est qu’ils se sentent bien ici, que c’est un château à taille humaine», confie Alexandre de Vogüé. Comprenez: loin des fastes et des files d’attente de Versailles… «Ce qui fait le charme de Vaux, c’est sa mesure, rassurante. Que l’on ait fait des études d’art ou pas, ici on est frappé par la perspective, la lecture du paysage est simple et touche tout le monde grâce à la mise en scène de Le Nôtre. Le jardin est l’ultime pièce du château et elle donne du plaisir.»

A Vaux-le-Vicomte, les talents se sont conjugués: l’architecte Louis Le Vau, le jardinier André Le Nôtre et le peintre Charles Le Brun ont créé le domaine. Et, aujourd’hui encore, quand on arrive au bout de la longue allée de platanes, en voiture ou après avoir pris une navette depuis la gare de Melun, le temps semble bel et bien s’être arrêté.

Mais entretenir une telle propriété ne s’improvise pas.«Nous souffrons encore d’une image poussiéreuse de châtelains, mais nous sommes avant tout des entrepreneurs. Nous employons 70 personnes, dont seulement 8 jardiniers pour 33 hectares de jardins à la française, et pourtant ils sont impeccables», insiste Alexandre de Vogüé. «Dans les monuments publics, la masse salariale n’est pas comptée dans le budget, c’est une différence énorme ; chez nous, la masse salariale représente 3,5 millions d’euros», explique-t-il.

Comme ses parents, il habite le château: avec son épouse, il a investi les communs. Il a retrouvé la maison de son enfance, un bonheur qu’il déguste: «Prendre le café avec cette perspective, vous imaginez…»Et il ne rechigne pas à mettre la main à la pâte en «utilisant» un peu de sa vie d’avant: «Quand il faut changer des ampoules sur les façades, je m’encorde et je grimpe!»

Le budget annuel de Vaux-le-Vicomte s’élève à 9 millions d’euros par an et les subventions reçues représentent seulement 4 % de ce montant.«Le mécénat est l’avenir de Vaux, la fortune familiale ne peut suffire, il faut faire appel à la générosité du public», lâche Alexandre de Vogüé. Pour équilibrer les comptes et mener à bien les restaurations nécessaires, il faudrait collecter 500.000 euros de dons par an. En 2015, la famille «attaque» la restauration des statues, un chantier qui durera trois ans pour lequel elle fait appel au mécénat privé auprès des entreprises, mais aussi des particuliers, grâce à La Demeure historique.

C’est d’ailleurs grâce à un mécène, Saint-Gobain, que le château a retrouvé la «transparence» des origines. Au XVIIe siècle, les trois arcades du château n’étaient fermées que par des grilles (on imagine les courants d’air). De grandes baies vitrées ont été installées et ont permis de retrouver la perspective d’antan. «Il est maintenant possible de voir la statue d’Hercule 1,5 kilomètre plus loin, au fond du parc, dès que l’on entre dans la propriété», se réjouit Alexandre de Vogüé.

Équilibrer les comptes est un casse-tête permanent

Le défi des deux frères consiste non seulement à faire rayonner le château, à préserver ce patrimoine, mais aussi à équilibrer les comptes: «Nous n’y sommes pas encore.»Ils y parviennent à peu près pour l’exploitation courante, mais pas pour les investissements ni pour les grands travaux. Il manque environ 400.000 euros par an. Les destinées de la famille et du château sont liées depuis que l’aïeul, Alfred Sommier, industriel et amateur d’art, acquit Vaux-le-Vicomte en 1875. Mais la famille ne peut plus, comme jadis, renflouer les comptes en puisant dans sa fortune.

Elle doit donc parfois différer certaines dépenses ou pire, vendre une œuvre secondaire... Alors, pour faire vivre les lieux, il faut multiplier les initiatives. Le château accueille environ 300.000 visiteurs chaque année. Les visites aux chandelles imaginées par Patrice de Vogüé sont un succès. Elles permettent chaque samedi soir, de mai à octobre, de découvrir le château nimbé d’une douce lumière, paré de 2000 chandelles. Les rendez-vous sont nombreux et il y en a pour tous les goûts. Les enfants peuvent enfiler des costumes pour mieux jouer aux châtelains. En février, les Foulées de Vaux-le-Vicomte réunissent les fans de cross (1500 cette année, 2000 attendus en 2015). Et une fois par an, avant l’été, ce sont 4000 passionnés qui viennent, en costume, de toute l’Europe pour une journée Grand Siècle. Chasse aux œufs de Pâques, Fête du chocolat en novembre, Noël au château avec des sapins et des pièces décorées pour l’occasion, les festivités se succèdent dans un château ouvert 300 jours par an.

Cadre de rêve, il accueille aussi mariages, dîners et séminaires. Lakshmi Mittal, le magnat de l’acier, y maria avec faste sa fille Vanisha en 2004. Trois ans plus tard, Tony Parker s’unit dans ce cadre somptueux à l’actrice Eva Longoria. Des Saoudiens, des Indiens ont déjà investi les lieux pour des mariages. Et les palaces parisiens envoient de riches étrangers faire des visites éclair, rejoignant Vaux en hélicoptère. Mais la famille est vigilante et veille de près à l’image de Vaux-le-Vicomte. Déterminée à éviter les Èfêtes trop bling-bling ou les jeux télévisés, elle s’interroge. Faut-il installer un petit train qui faciliterait la promenade de certains visiteurs? La question n’est pas tranchée, pour l’instant des voiturettes électriques acheminent silencieusement ceux qui le souhaitent le long des allées rectilignes.

Les cinéastes ont, eux aussi, tourné bien des images entre ces murs, sans qu’il soit toujours possible de les reconnaître. Des scènes de Moonraker (James Bond) ou de L’Homme au masque de feravec Leonardo DiCaprio viennent de là. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire que veulent écrire les frères Vogüé, déterminés à une exploitation raisonnable de l’image du château. Pour eux, l’avenir de Vaux-le-Vicomte est ailleurs. Une conservatrice vient d’être engagée pour protéger, pérenniser, faire connaître les collections et travailler avec des écoles d’art. Un jour, les deux frères espèrent organiser une exposition temporaire qui rassemblerait les collections éparpillées de Nicolas Fouquet.

Pour continuer l’œuvre de leur père, ses fils ne manquent pas d’idées. «Lechâteau est encore trop peu connu des habitants d’Ile-de-France»,regrette Alexandre de Vogüé. Pour attirer les Parisiens, il compte organiser des événements culturels. Objectif: accueillir 400.000 visiteurs par an d’ici à 2020. L’année prochaine sera célébré le 400e anniversaire de la naissance de Fouquet. L’occasion de découvrir ou de renouer avec ce lieu fascinant.

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  • jsrlak1 le jeudi 5 fév 2015 à 15:49

    Quand les socialistes visitent Vaux-le-Vicompte qu'en pensent-ils ? Réponse : taxes, impôts, logements sociaux solidarité,....

  • crcri87 le lundi 2 fév 2015 à 19:10

    Quand les socialistes visitent Vaux-le-Vicompte qu'en pensent-ils ?

  • oisif le jeudi 29 jan 2015 à 09:12

    j'ai apssé une soirée costumé à Vaux le Vicomte . UN enchantement !!Longue vie aux propriétaires !!

  • md24750 le jeudi 29 jan 2015 à 08:21

    Entièrement d'accord avec M716.... De plus, ce château et notamment, les jardins, si l'on aime explorer tous ces jardins, je n'aurais qu'un seul mot : MAGNIFIQUES

  • M7166371 le mercredi 28 jan 2015 à 21:12

    Voilà des gens qui en font 100 fois plus pour la France que la plupart de nos politiques, soucieux avant tout de préserver leurs avantages et privilèges indus !

  • M7166371 le mercredi 28 jan 2015 à 21:10

    chapeau bas messieurs de Vogüé !