Hollande vante à Tanger une nouvelle ère franco-marocaine

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par Jean-Baptiste Vey

TANGER, Maroc (Reuters) - François Hollande a souhaité samedi que la France et le Maroc entrent dans "une nouvelle phase de partenariat", aux premières heures de sa visite à Tanger où les deux pays veulent montrer la qualité de leur dialogue après une brouille inédite dans leur histoire récente.

"Nous avons avec le Maroc une volonté d'agir ensemble en Afrique et également de lutter contre le terrorisme qui reste notre plus grande préoccupation", a dit le président français à des journalistes après avoir été accueilli par le roi Mohammed VI.

Les deux chefs d'Etat devaient ensuite assister à la signature d'un accord sur la formation d'imams de France au Maroc et inaugurer le centre de maintenance de la future ligne ferroviaire à grande vitesse Tanger-Casablanca.

Deux déplacements en compagnie du roi qui illustrent deux facettes de cette visite de deux jours, la deuxième du président français : la lutte contre la radicalisation et l'amplification de relations économiques déjà fortes.

Cet accord vise à apporter une double formation à une cinquantaine d'imams par an, à la fois religieuse et civique, le temps que la France se dote d'un dispositif de formation religieuse.

Dimanche, un troisième grand thème, la lutte contre le dérèglement climatique, sera illustré par la pose par François Hollande et Mohammed VI de la première pierre d'un institut de formation aux métiers des énergies renouvelables.

Le développement de ces énergies est une priorité pour le Maroc qui présidera la Cop22 et organisera à ce titre les rencontres de Marrakech en novembre 2016, après la COP21, cette année, à Paris.

Le pays s'est fixé comme objectif de dépasser 40% d'énergies renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2020. Un "Appel de Tanger" sur la lutte contre le dérèglement climatique sera signé à cette occasion par le roi et le président français.

Ils visiteront dimanche le port de Tanger Med, au développement duquel participent des grands groupes français, comme c'est le cas pour la ligne à grande vitesse.

TOURNER LA PAGE DE 2014

Faire trois visites de terrain avec le souverain chérifien est sans précédent et montre que la récente dispute entre les deux pays est déjà loin, précise-t-on côté français.

La France et le Maroc ont scellé leur réconciliation début 2015 après une année de tensions. La brouille avait éclaté en février 2014 avec la convocation par un juge français du chef du renseignement marocain, Abdellatif Hammouchi, accusé de "torture" et de "complicité de torture".

Le Maroc avait suspendu les accords de coopération judiciaire, et la coopération sécuritaire avait été perturbée, à l'heure où de nombreux ressortissants des deux pays rejoignent les rangs de l'Etat islamique en Syrie et en Irak. Une douzaine d'accords ont depuis été signés, dont une convention judiciaire critiquée par les associations de défense des droits de l'homme.

Le président français devait également rencontrer samedi le Premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, seul chef de gouvernement islamiste dans le monde arabe.

François Hollande est accompagné de dirigeants de la SNCF, Alstom, Bouygues, CMA-CGM, Renault, EDF, Suez, Veolia, Lafarge ou Engie, impliquées dans les chantiers de la région de Tanger ou intéressées par le développement du Maroc.

Si l'Espagne a ravi la place de premier partenaire commercial du Maroc, la France reste loin devant en tenant compte des investissements (12 milliards d'euros de stock, 800 millions de flux). Le Royaume est, lui, exportateur net vis-à-vis de la France, aidé par l'automobile dont l'usine Renault de Tanger est un emblème.

Tourné vers l'Europe et la France, le Maroc est aussi le premier investisseur en Afrique occidentale et commence à jouer un rôle de hub économique entre les deux continents, souligne-t-on en outre à Paris.

(Edité par Grégory Blachier)

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