Frappes aériennes turques sur l'Irak après l'attentat d'Ankara

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L'AVIATION TURQUE BOMBARDE DES POSITIONS DU PKK APRÈS L'ATTENTAT D'ANKARA
L'AVIATION TURQUE BOMBARDE DES POSITIONS DU PKK APRÈS L'ATTENTAT D'ANKARA

par Orhan Coskun

ANKARA (Reuters) - L'aviation militaire turque a bombardé des camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) lundi dans le nord de l'Irak, au lendemain de l'attentat meurtrier survenu à Ankara, commis, selon des responsables turcs, par deux combattants du PKK, un homme et une femme.

L'attentat, qui a frappé dimanche un carrefour très fréquenté du centre de la capitale, a fait 37 morts, selon un nouveau bilan communiqué lundi matin par le ministre de la Santé, Mehmet Muezzinoglu.

Il s'agit du deuxième attentat à la voiture piégée dans la capitale turque en deux mois. Le précédent, le 17 février, avait été revendiquée par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), qui se présente comme une organisation dissidente du PKK.

L'attentat de dimanche, qui s'est produit à quelques centaines de mètres des ministères de la Justice et de l'Intérieur, n'a pas été officiellement revendiqué. Mais des responsables de la sécurité ont dit à Reuters qu'un des auteurs était une femme membre du PKK, parti autonomiste kurde qui combat depuis plus de 30 ans dans le sud-est de la Turquie pour l'autonomie du Kurdistan. La main tranchée de la jeune femme a été retrouvée à 300 mètres environ du site de l'explosion, a-t-on appris auprès de la police.

D'après les services de sécurité, qui s'appuient sur les éléments recueillis sur les lieux du crime, elle serait née en 1992 et originaire de Kars, ville de l'est de la Turquie située près de la frontière arménienne. Elle avait rejoint les rangs du PKK en 2013.

Le corps du second suspect a été identifié comme celui d'un ressortissant turc également lié au PKK, a-t-on ajouté.

Le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus a déclaré qu'une femme était "incontestablement" un des auteurs de l'attentat suicide et que le second était un homme, mais que son identité n'avait pas encore été établie.

Onze personnes ont été arrêtées et dix autres sont recherchées en rapport avec l'attentat, a-t-il précisé.

COUVRE-FEU TOTAL

Les attentats commis ces derniers mois à Ankara mais aussi à Istanbul, où le quartier touristique de Sultanahmet a été pris pour cible le 12 janvier, contribuent à déstabiliser la Turquie, membre de l'Otan, dont elle occupe le flanc sud-est, et frontalière de la Syrie.

Les autorités sont à la fois confrontées aux opérations des islamistes de l'organisation Etat islamique (EI) et à la reprise des violences contre les séparatistes kurdes, ces derniers concentrant leurs attaques sur les forces de sécurité. Le cessez-le-feu qui était observé depuis deux ans et demi dans le sud-est kurde du pays a volé en éclats l'été dernier.

Selon l'armée turque, 11 avions de guerre ont bombardé 18 objectifs dans le nord de l'Irak lundi à l'aube, dont des dépôts de munition et des abris. Les bases arrières du PKK sont établies dans les montagnes du nord de l'Irak d'où il contrôle ses opérations en Turquie voisine.

Les frappes ont été menées après détermination des auteurs de l'attaque, a déclaré le Premier ministre Ahmet Davutoglu, soulignant que le gouvernement avait pu obtenir des constatations "pratiquement certaines" désignant le PKK.

Lundi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé qu'il fait élargir la définition du mot "terroriste" pour y inclure les soutiens potentiels. Il a évoqué notamment les journalistes, les parlementaires et les universitaires.

Un couvre-feu total a par ailleurs été décrété dans trois localités du sud-est de la Turquie afin d'y mener des opérations contre les séparatistes kurdes qui y sont implantés, ont annoncé les services du gouverneur de la province. De nombreuses personnes ont fui les lieux en anticipation des opérations.

Les opérations contre le PKK se sont soldées par l'arrestation de 15 personnes à Istanbul et de 50 autres dans tout le pays, selon la chaîne de télévision CNN-Turk.

L'attentat de dimanche à Ankara est le troisième en cinq mois à toucher Ankara. En octobre, un double attentat suicide dans le secteur de la gare, attribué à l'Etat islamique, avait fait plus de 100 morts.

Les explosifs utilisés dimanche soir sont du même type que ceux employés le mois dernier et des clous et des billes ont été ajoutés pour provoquer le maximum de dégâts, a indiqué une source policière.

Parmi les victimes de attentats de dimanche figurait le père d'Umut Bulut, un footballeur qui joue au Galatasaray, annonce le club stambouliote sur son site internet.

(Avec Asli Kandemir et Ayla Jean Yackley à Istanbul et Ece Toksabay et Ercan Gurses à Ankara; Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français)

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