Foued Mohamed-Aggad avait été jugé non apte à être soldat

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STRASBOURG (Reuters) - Foued Mohamed-Aggad, le troisième kamikaze du Bataclan, avait tenté de s'engager dans l'armée de terre en 2010 mais il n'avait pas été retenu, son dossier étant jugé incompatible avec le port des armes, a confirmé vendredi l'armée.

L'identité de ce jeune homme de 23 ans, qui était parti combattre en Syrie avant de revenir participer aux attentats du 13 novembre, a été révélée mercredi.

C'est sa mère, informée par un SMS provenant de sa femme religieuse, en Syrie, qui a prévenu les autorités, lesquelles ont procédé à une comparaison ADN de la mère et du fils.

Dès mercredi soir, un voisin de sa famille à Wissembourg, dans le Bas-Rhin, indiquait à Reuters qu'il avait été refusé par l'armée, ce qui avait constitué une grande déception pour lui. [nL8N13Y4JW]

"Oui, il a voulu s'engager dans l'armée de terre", a confirmé vendredi à Reuters le lieutenant-colonel Sophie Caussel, responsable de la communication à la sous-direction recrutement de l'armée de terre.

La candidature de Foued Mohamed-Aggad a été écartée au niveau du Centre d'Information et de Recrutement des Forces Armées (Cirfa), avant les tests de sélection proprement dits, et ce pour des raisons confidentielles, a-t-elle indiqué.

"Pour chaque candidat qui demande à intégrer l'armée de terre, il y a des filtres. On fait des enquêtes de personnalité, des tests physiques et psychologiques. Dans son cas, on l'a identifié comme non apte à être soldat et à porter une arme. On a considéré que ce n'était pas la peine d'aller plus loin avec lui", a-t-elle ajouté.

Selon une autre source militaire, le jeune homme, qui était en échec scolaire et cherchait un emploi après avoir essayé plusieurs voies, témoignait néanmoins de "capacités d'apprentissage plutôt correctes" et avait un "bon dossier".

MERAH AUSSI AVAIT VOULU REJOINDRE L'ARMÉE

En 2015, l'armée de terre a reçu 160.000 candidatures pour 15.000 recrutements.

Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Montauban et de Toulouse en mars 2012, avait lui-même tenté à deux reprises de s'engager dans l'armée, d'abord au sein de l'armée de terre puis dans la Légion étrangère. Sa candidature n'avait pas été retenue en raison de ses antécédents judiciaires.

Aucune information n'a en revanche filtré sur d'éventuels antécédents judiciaires de Foued Mohamed-Aggad.

Le jeune alsacien est parti pour la Syrie en décembre 2013 avec son frère aîné, Karim, deux autres garçons de Wissembourg, et un groupe de jeunes radicalisés du quartier de la Meinau à Strasbourg.

Sept d'entre eux, dont Karim Mohamed-Aggad, ont été interpellés mi-2014 après leur retour en Alsace, mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et placés en détention provisoire.

Le parquet de Paris a requis le 9 octobre dernier leur renvoi en correctionnelle, et un procès pourrait avoir lieu en 2016, a-t-on appris de source judiciaire.

Avant son identification, le kamikaze du Bataclan faisait déjà l'objet d'investigations dans le cadre d'une autre enquête qui vise Mourad Farès, Franco-Marocain soupçonné d'avoir été l'un des principaux recruteurs de djihadistes français en Syrie, indique par ailleurs cette source.

Arrêté en Turquie en août 2014, Mourad Farès est incarcéré en France depuis septembre de la même année.

Son éventuel rôle dans les attentats du 13 novembre est examiné, selon une source proche du dossier. "Rien n'est négligé", dit-elle. "Mais il est en détention", souligne-t-elle.

(Gilbert Reilhac à Strasbourg, avec Chine Labbé et Marine Pennetier à Paris, édité par Gérard Bon)

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