Fort d'un "mandat" pour réformer l'UE, Cameron nomme son équipe

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DAVID CAMERON NOMME SON ÉQUIPE
DAVID CAMERON NOMME SON ÉQUIPE

par Mark Trevelyan

LONDRES (Reuters) - Quatre jours après sa large victoire aux élections législatives, dans laquelle il dit voir un "mandat" pour mener de difficiles négociations avec l'Union européenne, David Cameron a continué lundi à dévoiler la composition du nouveau gouvernement britannique.

Le Premier ministre conservateur, dont le parti a obtenu jeudi la majorité absolue à la chambre des Communes, n'a plus à s'embarrasser d'une alliance avec les Libéraux démocrates, comme c'était le cas depuis 2010, et peut s'entourer de fidèles en vue de la bataille à venir avec Bruxelles.

Après avoir confirmé dès vendredi les ministres de l'Intérieur, Theresa May, de la Défense, Michael Fallon, des Finances, George Osborne, et des Affaires étrangères, Philip Hammond - ces deux derniers étant chargés de mener à bien les négociations avec l'UE -, David Cameron a promu lundi deux figures montantes du parti tory.

Amber Rudd au poste de l'Energie et Sajid Javid à celui des Entreprises remplacent respectivement les LibDem Ed Davey et Vince Cable.

Les deux nouveaux ministres présentent la particularité d'être tous deux issus du secteur bancaire.

Amber Rudd, qui était depuis 2014 secrétaire d'Etat chargée des questions liées à l'énergie et au climat, devra notamment trancher le débat sur l'exploitation du gaz de schiste en Grande-Bretagne.

Elle s'est déjà engagée à poursuivre la transition vers les énergies renouvelables en disant vouloir favoriser l'innovation et la réduction des coûts.

Sajid Javid, qui était ministre de la Culture dans le gouvernement sortant, est de son côté pressenti pour être un futur dirigeant du parti conservateur.

Cet ancien banquier d'investissement âgé de 45 ans, qui a fait ses classes chez Chase Manhattan Bank et Deutsche Bank avant d'entrer en politique en 2010, a notamment été un proche collaborateur de George Osborne.

TENSIONS EN VUE AU SUJET DE L'UE

EEF, la principale fédération patronale de l'industrie britannique, l'a appelé à oeuvrer à la mise en oeuvre de grands projets d'infrastructure comme l'extension de la capacité aéroportuaire de Londres et l'amélioration des réseaux routiers et ferroviaires.

Son directeur général, Terry Scuoler, a également demandé à Sajid Javid de se prononcer en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne.

"Je suis sûr qu'il comprend que l'immense majorité des entreprises qu'il va désormais représenter au gouvernement souhaitent que la Grande-Bretagne reste au centre d'une Europe réformée", a-t-il dit dans un communiqué.

David Cameron a promis de renégocier les termes de la relation entre Londres et Bruxelles puis de convoquer un référendum d'ici la fin 2017 sur l'appartenance au bloc des Vingt-Huit, une décision aux implications majeures pour l'économie du pays et sa place dans le monde.

Favorable au maintien de son pays dans l'UE à condition d'obtenir de Bruxelles des concessions, il sait qu'il aura fort à faire pour convaincre, au sein même de son propre parti, un gros contingent d'eurosceptiques qui ne jurent que par le "Brexit", une sortie de l'Europe.

"Nous avons un mandat, ce sera à l'évidence difficile, mais nous avons un mandat", a-t-il dit lundi à la presse à propos des négociations à venir avec Bruxelles, avant de rencontrer les élus conservateurs.

Le dernier Premier ministre conservateur à avoir gouverné avec une courte majorité était John Major, qui disposait d'ailleurs d'un nombre de sièges un peu plus élevé que le sien et dont le mandat fut torpillé par les eurosceptiques il y a une vingtaine d'années.

David Cameron sait donc que s'il sera sans nul doute ovationné lundi par le "1922 Committee", le groupe des élus conservateurs, la lune de miel pourrait être de courte durée.

LE LABOUR SE RÉUNIT

"Le Parti conservateur, qui meurt d'envie de restreindre le pouvoir d'ingérence de l'UE, va réclamer au Premier ministre le rétablissement d'une pleine autonomie", écrit l'eurosceptique John Redwood dans les colonnes de l'Observer. "Il n'y pas de désaccord sur l'objectif, mais le Premier ministre devra éviter de décevoir sur ce qu'il accomplira pour le promouvoir."

Sur l'agenda du Premier ministre figure un autre point délicat, celui de la consolidation des finances publiques.

Après avoir ramené le déficit budgétaire à environ 5% du produit intérieur brut lors de son premier mandat de cinq ans, Cameron a promis 30 milliards de livres (41,5 milliards d'euros) de baisses de dépenses au cours des deux prochaines années, dont 12 milliards prélevés sur le budget des prestations sociales, sans préciser davantage les modalités de cet effort.

Selon ses services, le Premier ministre compte reconduire Iain Duncan Smith au poste de ministre du Travail et des Retraites, qui sera donc chargé de mener à bien cette réforme de l'Etat-providence.

Le Parti travailliste, qui a subi une cuisante défaite aux législatives, battu par les conservateurs en Angleterre et balayé par les nationalistes en Ecosse, se réunit également ce lundi pour la première fois depuis le scrutin.

La porte-parole du Labour pour les questions de santé, Liz Kendall, a été la première à se déclarer candidate à la succession d'Ed Miliband, qui a démissionné au lendemain du vote.

De hauts responsables travaillistes plaident pour un recentrage, jugeant que leur parti n'a pas répondu aux aspirations de millions d'électeurs pendant la campagne.

(Avec la rédaction de Londres; Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün pour le service français)

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