Formation et mosquées pour mieux combattre la radicalité

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BERNARD CAZENEUVE POUR LA FORMATION DES IMAMS ET LA CONSTRUCTION DES MOSQUÉES AFIN DE COMBATTRE LA RADICALITÉ
BERNARD CAZENEUVE POUR LA FORMATION DES IMAMS ET LA CONSTRUCTION DES MOSQUÉES AFIN DE COMBATTRE LA RADICALITÉ

PARIS (Reuters) - Renforcer la formation des imams à l'Histoire et au droit français et construire des lieux de culte pour accueillir dans de meilleures conditions les musulmans de France participera de la lutte contre la radicalisation, a estimé lundi Bernard Cazeneuve.

Le ministre de l'Intérieur a réuni quelque 150 représentants de l'islam en France pour lancer une "instance de dialogue" afin d'échanger sur leurs attentes au sortir de six mois marqués par une recrudescence de violences antimusulmanes après les attentats de janvier.

Quatre ateliers étaient au programme, dont deux avaient une résonance particulière : celui de la construction des lieux de culte et celui de la formation des imams et aumôniers, point-clé mais aussi point faible du combat contre la radicalisation.

Cette dernière n'était pas officiellement à l'ordre du jour, au contraire de la sécurité et des pratiques cultuelles du quotidien, mais elle s'est imposée de façon inévitable.

"Dans un contexte où des prêcheurs de haine (...) s'adressent à des jeunes souvent ignorants de ce qu'est l'islam, il est important que des vecteurs d'autorité morale et d'érudition soit porteurs d'un islam de paix, d'un islam de lumière", a dit Bernard Cazeneuve dans son discours de clôture.

"Lorsque nous parlons de la construction de lieux de culte, d'imams formés, de quoi parlons-nous sinon de la prévention de la radicalisation ?", a-t-il lancé à l'adresse de ceux qui lui reprochaient d'éviter le sujet le plus sensible.

Il y a une semaine, le ministre faisait état d'un bilan de 113 Français ou résidents tués dans des pays où ils avaient rejoint une organisation djihadiste et de 1.750 personnes recensées pour leur implication dans des filières djihadistes.

La question de l'enseignement, non maîtrisé puisqu'il n'existe pas de clergé en islam, est donc essentielle.

Six formations civiles et civiques, financées à hauteur de 15.000 euros par diplôme par l'Etat, existent déjà et six autres vont ouvrir d'ici 2016. Les trois premières en septembre à Paris, Lille et Toulouse, et trois autres l'année prochaine.

Cette formation, a dit Bernard Cazeneuve, sera "rapidement" rendue obligatoire pour le recrutement des aumôniers dans les hôpitaux, prisons et armées.

"FACILITER LA CONSTRUCTION"

Des discussions sont en cours avec l'Algérie, le Maroc et la Turquie pour que les imams formés dans ces pays afin de venir en France suivent de telles formations. Elles avancent bien avec les deux premiers, sont plus difficiles avec Ankara, dit-on de source proche du dossier.

Le gouvernement entend en outre obtenir qu'ils maîtrisent la langue française, ce qui n'est pas toujours le cas. "Ce n'est pas une mauvaise règle que de s'adresser à des auditeurs dans une langue qu'ils puissent comprendre", a dit le ministre.

Alors que se pose en parallèle le problème des lieux de culte, insuffisants puisqu'au nombre de 2.500 environ pour 2,5 millions de pratiquants selon leurs représentants, l'Etat entend en favoriser la construction.

S'il ne peut pas les financer, cela "n'exclut pas que les collectivités locales puissent faciliter la construction des lieux de culte", a dit Bernard Cazeneuve. Un groupe de travail va être créé avec l'Association des maires de France afin que les maires aident les projets, plutôt qu'y faire obstruction.

Durant les ateliers ont aussi émergé des propositions comme la garantie de baux emphytéotiques maximum (99 ans), une TVA réduite à 5% ou la possibilité de défiscaliser les dons aux associations cultuelles, autant d'idées qui restent en suspens.

Outre ces questions pragmatiques, le gouvernement a voulu répondre à la dégradation considérable de l'image de l'islam, au sentiment de rejet qui s'est installé.

"La laïcité, c'est la neutralité religieuse de l'Etat, ce n'est pas le refus du dialogue, ce n'est pas davantage une démarche offensive", a dit Bernard Cazeneuve avant de mener la charge contre le chef de l'opposition de droite, Nicolas Sarkozy, et d'autres responsables des Républicains.

"Ce n'est pas l'interdiction des repas de substitution dans les cantines scolaires, cela, c'est son instrumentalisation politique qui tourne la laïcité contre les musulmans de France", a-t-il dit avant de fustiger "les théoriciens de la cinquième colonne", expression utilisée par le député-maire de Nice, Christian Estrosi.

Bernard Cazeneuve s'est, lui, appliqué à donner des gages, confirmant le maintien d'une sécurité renforcée autour de mille lieux de culte, l'investissement de neuf millions d'euros dans des équipements de sécurité et un meilleur suivi des plaintes, avec un bilan des condamnations et une évaluation de la réponse judiciaire.

En outre, parce que "les préjugés naissent de l'ignorance", sera lancée d'ici l'été une mission de préfiguration d'une Fondation de l'islam de France pour promouvoir la connaissance de l'islam comme religion et comme civilisation.

(Gregory Blachier, avec Chine Labbé, édité par Sophie Louet)

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  • bordo le lundi 15 juin 2015 à 20:37

    Takiya. Nous ne sommes que des koufars, ou des dhimmis.