Face à l'Iran, les pays sunnites serrent les rangs

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LES PAYS SUNNITES SERRENT LES RANGS FACE À L'IRAN
LES PAYS SUNNITES SERRENT LES RANGS FACE À L'IRAN

par Sam Wilkin

DUBAI (Reuters) - La crise diplomatique entre pays sunnites, alliés de la monarchie saoudienne, et l'Iran s'est aggravée lundi, Bahreïn et le Soudan ayant annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec Téhéran.

L'Arabie saoudite a rompu dès dimanche avec la République islamique pour dénoncer l'attaque la nuit précédente de son ambassade à Téhéran par des manifestants qui protestaient contre l'exécution du cheikh Nimr al Nimr, figure de la contestation chiite dans le royaume wahhabite.

Egalement alliés de Ryad, les Emirats arabes unis (EAU) ont annoncé pour leur part qu'ils abaissaient le niveau de leur représentation diplomatique en Iran, où va seulement demeurer un chargé d'affaires, et qu'ils réduisaient le nombre de diplomates iraniens dans les Emirats.

Cette crise ravive la rivalité dans la région entre l'Iran et l'Arabie saoudite, alors que la guerre fait rage en Irak, en Syrie et au Yémen sur fond de lutte d'intérêts entre chiites et sunnites.

En Arabie saoudite, dans la Province orientale où vivent de nombreux chiites et d'où était originaire le cheikh Nimr, des tirs ont fait un mort dimanche soir. Le chef de la diplomatie saoudienne Adel al Djoubeir a accusé l'Iran de mettre en place des "cellules terroristes" dans le royaume.

En Irak, dans la province de Hilla, au sud de Bagdad, deux mosquées sunnites ont été partiellement détruites par des explosions.

Des milliers de manifestants ont défilé lundi à Bagdad et dans les villes du sud du pays, peuplé de chiites. Dans la capitale, la foule s'est rassemblée près de la "zone verte" fortifiée où se trouve l'ambassade saoudienne en brandissant des portraits du cheikh Nimr.

MANIFESTATIONS CHIITES EN IRAK

Un groupe qui tentait de forcer le passage a été repoussé par les forces de sécurité.

D'autres manifestations ont été organisées à Bassorah et dans les villes saintes chiites de Nadjaf et Kerbala.

"Vous avez tué le cheikh Nimr et c'est pour vous le début de la fin", scandaient les manifestants à l'adresse de la famille royale saoudienne.

Au Yémen, où les insurgés chiites houthis affrontent depuis plusieurs mois les loyalistes qui sont appuyés par une coalition conduite par les Saoudiens, les forces gouvernementales ont annoncé l'instauration d'un couvre-feu nocturne à Aden, le grand port du sud du pays, au lendemain de combats dans un quartier de la ville.

L'Iran a quant à lui affirmé que les Saoudiens prenaient prétexte de l'attaque de leur ambassade à Téhéran pour faire monter la tension.

Conséquence de cette crise, les prix du pétrole ont grimpé de près de deux pour cent et les bourses du Golfe étaient en baisse, celle du Qatar perdant notamment plus de 2,5%.

La Chine s'est inquiétée de la rupture des relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran, qui pourrait conduire à une intensification des conflits au Moyen-Orient.

La France a appelé les deux pays rivaux à la désescalade.

La Russie a fait part de ses "profondes inquiétudes" face à l'aggravation de la situation et a également appelé Ryad et Téhéran à la retenue, tout en rappelant que rien ne pouvait justifier l'attaque d'une représentation diplomatique dans un pays étranger.

(Avec Katie Paul, Noah Browning, Tom Perry à Beyrouth, Maher Chmaytelli et Saif Hameed à Bagdad; Guy Kerivel pour le service français)

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  • imozen le lundi 4 jan 2016 à 16:27

    Aucun sunnite ne soutient la clique Saoud qui dirige l'Arabie, à part leurs vassaux, Emirats ou Bahrain, et aussi le Soudan dépecé et affaibli