Et si le prix des billets pour les «blockbusters» coûtait plus cher ?

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INFOGRAPHIE - Le patron du groupe de divertissement Lionsgate UK milite pour une indexation du prix du billet de cinéma au budget du film que le spectateur va voir, afin de doper la fréquentation des films indépendants outre-Manche. Un scénario qui laisse perplexes les exploitants de salles en France.

Soutenir le cinéma indépendant en faisant payer moins cher les spectateurs de ces films à petits budgets. À quelques jours du Screen Film Summit à Londres, Zygi Kamasa, le patron de la branche britannique du géant américain du divertissement Lionsgate, a proposé d'introduire une tarification flexible des billets de cinéma au Royaume-Uni, indexée sur les budgets de production des films. Concrètement, il soutient la mise en place d'un tarif moins cher pour les films indépendants et plus cher pour les méga-productions.

«Un ‘blockbuster' peut coûter 250 millions de livres (plus de 310 M€, Ndlr) et un film indépendant britannique 4 millions de livres (5 M€), mais cela coûte 10 livres (10,50€) ou plus pour aller voir chacun des deux. Je pense que nous devrions vendre des billets à 4 livres (5€) pour les films britanniques et à 10 livres pour les américains», a-t-il déclaré à la publication spécialisée Screen Daily .«Dans la plupart des autres industries, le prix de vente dans le commerce est fixé en fonction du coût de production, mais ce n'est pas le cas dans l'industrie du cinéma.»

Zygi Kamasa assure qu'il a évoqué cette idée avec «plusieurs exploitants de salles britanniques» qui seraient «ouverts» à cette proposition. La chaîne de cinémas Odeon a déjà commencé à ponctionner 1 livre (1,25€) de plus sur les billets des films hollywoodiens (comme Hunger Games, Interstellar ou The Hobbit) depuis l'été dernier. La fréquentation des salles de cinéma britanniques a reculé de 4% l'an dernier, selon le British Film Institute (BFI). Les films nationaux ont continué à perdre des parts de marché (-10,6 points à 21,5%), écrasés par la concurrence américaine. Une tendance à la baisse similaire en France (-6,7 points), même si les films tricolores ont encore capté 33,8% des entrées.

Pour autant, les cinémas français (plus de 5580 salles en 2013) n'envisagent pas du tout de suivre l'exemple britannique. «La France est un marché où la diversité de prix est l'une des plus importantes en Europe», explique Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Offres illimitées, séances moins chères à certains horaires, salles «art et essai» ou de zones rurales qui pratiquent de petits prix ... «Avec une gamme déjà si variée, il serait complexe, voire techniquement impossible, d'appliquer des tarifs selon le coût de production des films.»

Le représentant des salles fait aussi remarquer qu'un tel système «pose des problèmes juridiques car il faudrait pouvoir otenir les détails des budgets des films», des chiffres que les sociétés de production gardent souvent secrets. Enfin, selon Marc-Olivier Sebbag, «la liberté des salles de pouvoir fixer leurs prix garantit la pluralité de la programmation». On peut imaginer, en effet, que si les films indépendants leur rapportaient moins de recettes, les salles hésiteraient tout simplement à les proposer.

Stabilisation du prix du cinéma

Le prix moyen du billet de cinéma a progressé de 0,6% en France en 2013, à 6,46 euros (contre 6,42 euros en 2012), selon le dernier bilan annuel du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). Une stabilisation après «plusieurs années de hausse, conséquence de l'essor des films diffusés en relief, pour lesquels le prix du billet est généralement majoré». L'augmentation de la TVA à taux réduit pour les produits culturels, qui est passée de 5,5% à 7% au 1er janvier 2012, a également fait gonfler les prix.

Avec une fréquentation totale de 198,09 millions d'entrées dans les cinémas l'an dernier (-4,9%), dont 4,49 millions ont été gratuites, les recettes des guichets ont atteint 1,25 milliard d'euros. Ces recettes financent le fonds de soutien du CNC à la production cinématographique française via la taxe spéciale additionnelle (TSA), à hauteur de 10,72% du prix du billet. Le reste est réparti entre les exploitants de salles (43,55 %), les distributeurs (37,88%), la TVA (6,59%) et les droits de la SACEM (1,25%).

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