Entre promesses et pression, la Grèce sur la corde raide

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ENTRE PROMESSES ET PRESSION, LA GRÈCE SUR LA CORDE RAIDE
ENTRE PROMESSES ET PRESSION, LA GRÈCE SUR LA CORDE RAIDE

par Deepa Babington et Renee Maltezou

ATHENES (Reuters) - Alors que la crainte d'un défaut de la Grèce sur sa dette reprend le pas sur l'espoir d'une sortie de crise, le Premier ministre Alexis Tsipras peine encore à convaincre de sa détermination à réformer, condition pourtant indispensable à l'octroi de nouvelles aides.

Le chef du gouvernement demande un "compromis honnête" et il a multiplié ces dernières semaines les tête-à-tête avec des dirigeants européens, ce qui a au moins permis d'apaiser les discussions.

Mais il reste handicapé par les dissonances au sein de son propre parti, Syriza, et ne dispose que d'une très faible marge de manoeuvre pour faire des concessions sans remettre en cause le soutien de l'opinion publique grecque, de la gauche de son parti et du petit parti de droite dont dépend sa majorité parlementaire.

Panagiotis Lafazanis, le chef de file de l'aile gauche de Syriza, a averti ce week-end que toute remise en cause des promesses anti-austérité de la campagne électorale serait suicidaire.

"Le gouvernement défendra avec fermeté ses engagements face au vil chantage et aux dilemmes dérangeants, pas seulement sous la pression du parti mais parce qu'une telle retraite équivaudrait à un véritable 'Waterloo' pour le gouvernement", a dit Lafazanis, le ministre de l'Energie du cabinet Tsipras, au quotidien Agora.

Une trentaine des 149 députés Syriza ont exprimé des doutes lors d'une réunion à huis clos sur l'accord provisoire conclu le 20 février avec le reste de la zone euro, même si une poignée seulement a maintenu son opposition jusqu'au bout, ont rapporté des responsables du parti.

"MANDAT POPULAIRE"

Aujourd'hui, l'impasse dans laquelle se trouvent les discussions avec les créanciers et les tensions internes alimentent les spéculations de la presse sur la possibilité de nouvelles élections anticipées ou d'un référendum qui permettrait à Alexis Tsipras de ne pas céder aux créanciers, même si le gouvernement dément tout projet de ce genre.

Les sondages montrent qu'Alexis Tsipras conserve le soutien de 78% des Grecs, une popularité forte mais qui risquerait de chuter si le chef du gouvernement reniait ses promesses de campagne, d'autant qu'il fait lui-même souvent référence au "mandat populaire" que lui ont confié les électeurs.

Devant les députés, la semaine dernière, il a détaillé les "lignes rouges" que son gouvernement s'interdit de franchir -- une baisse des pensions de retraite et des réductions massives d'effectifs -- et réaffirmé ses priorités : remise en cause des mesures de dérégulation du marché du travail et préservation du rôle de l'Etat dans les entreprises initialement appelées à être privatisées.

"Voilà nos lignes rouges. Je veux dire clairement que nous n'y renoncerons pas, quels que soient le chantage ou la pression qu'ils exercent sur nous", a-t-il dit. "Il ne s'agit pas seulement des lignes rouges de Syriza mais des lignes rouges du peuple grec et de la Grèce dans des négociations qui, nous le pensons tous, finiront par être efficaces."

Son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, est allé encore plus loin en expliquant que le gouvernement avait clairement expliqué jusqu'où il pouvait aller en matière de réformes et qu'il appartenait désormais aux créanciers de présenter leurs propositions.

"ON NE SAIT PAS QUI EST RESPONSABLE"

"Nous n'allons pas condamner le pays, comme l'ont fait les gouvernements précédents, à une asphyxie durable", a-t-il dit au quotidien Naftemporiki. "La vraie question est de savoir ce que propose l'autre partie. Les négociations se rapprocheront d'une conclusion quand cette question aura reçu une réponse."

Yanis Varoufakis lui-même suscite nombre d'interrogations, d'autant qu'il est resté silencieux pendant plusieurs jours après avoir tenu des propos parfois virulents à l'encontre, notamment, de la Banque centrale européenne (BCE).

Dimanche, il est réapparu à Washington, où il a assuré à la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, que la Grèce paierait ses dettes.

Des annonces contradictoires sur des dossiers tels que le projet de privatisation du port du Pirée, successivement annoncé, annulé, relancé et transformé en projet de coentreprise, ont sapé la confiance des prêteurs étrangers et nourri les doutes sur la compétence et la cohésion du nouveau gouvernement, ont dit des sources proches des discussions.

Une source a rapporté que des négociateurs étrangers s'étaient retrouvés dans un premier temps face à des fonctionnaires expliquant qu'ils n'avaient pas l'autorité nécessaire puis face à des responsables qui s'en tenaient à des propos très généraux et incapables de chiffrer leurs arguments. "Au final, on ne sait pas qui est responsable", a-t-elle ajouté.

La présence de deux négociateurs différents dans les discussions, Giorgos Chouliarakis et Nikos Theoharakis, a nourri les soupçons de division au sein même du gouvernement grec. Le premier passe pour être proche du vice-Premier ministre Yannis Dragasakis, le second pour être lié à Yanis Varoufakis.

Le gouvernement dément toute divergence entre ses représentants aux discussions.

Certains responsables de Syriza expliquent que le parti est fier d'accorder ses membres une liberté de parole inhabituelle, mais ils assurent que sa ligne ne sera pas remise en cause.

"La délégation est unie, serrée comme le poing, et elle agit dans le droit chemin des engagements du gouvernement envers le peuple", a dit le ministère des Finances dans un communiqué publié ce week-end.

(Marc Angrand pour le service français)

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