En Ukraine, les rebelles progressent, la Russie accusée

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KIEV ÉVOQUE UNE NOUVELLE INCURSION RUSSE DANS L'EST DE L'UKRAINE
KIEV ÉVOQUE UNE NOUVELLE INCURSION RUSSE DANS L'EST DE L'UKRAINE

par Richard Balmforth et Pavel Polityuk

KIEV (Reuters) - Le président ukrainien Petro Porochenko a déclaré jeudi que des troupes russes avaient pénétré dans son pays, accusant une nouvelle fois directement Moscou après la prise par les rebelles d'une ville importante de l'Est.

Le chef de l'Etat a annulé un déplacement prévu en Turquie et dit avoir convoqué les plus hauts gradés de l'armée pour débattre de la "détérioration rapide de la situation" dans la région de Donestsk, ajoutant que "des troupes russes ont été amenées en Ukraine".

L'Otan estime à un millier le nombre de soldats russes combattant désormais sur le territoire ukrainien aux côtés des séparatistes, a dit un responsable militaire au siège de l'Alliance, en Belgique.

La Russie nie toute implication dans le conflit entre les rebelles et Kiev, qui a fait plus de 2.200 morts depuis avril, et a maintenu ses dénégations après la capture de 11 soldats russes sur le sol ukrainien en début de semaine, expliquant que ces hommes avaient probablement franchi la frontière par erreur.

Le Conseil de sécurité et de défense ukrainien a confirmé que la ville de Novoazovsk, dans le sud-est de l'Ukraine, n'était plus désormais sous le contrôle de l'armée ukrainienne et qu'elle était passée sous celui de l'armée russe.

"Une contre-offensive menée par les troupes russes et des unités séparatistes est en cours dans le sud-est de l'Ukraine", a dit le Conseil sur Twitter.

Il a expliqué que les troupes ukrainiennes s'étaient retirées de Novoazovsk "pour préserver leur vie" et qu'elles s'employaient désormais à renforcer les défenses de Marioupol, une ville portuaire et industrielle sur la côté de la mer d'Azov dont les rebelles ont fait leur nouvel objectif.

"INACCEPTABLE"

Les forces ukrainiennes ont aussi perdu le contrôle d'une hauteur stratégique, Savour-Mohila, à l'est de la grande ville de Donetsk, l'un des bastions des séparatistes, a-t-on appris de source militaire.

Le Premier ministre de Petro Porochenko, Arseni Iatseniouk, a appelé les Etats-Unis, l'Union européenne et les pays du G7 à "geler les actifs et les finances russes jusqu'au retrait des forces armées, des équipements et des agents de la Russie".

A Paris, le président François Hollande, a déclaré que la présence de soldats russes sur le sol ukrainien, si elle était confirmée, serait "intolérable" et "inacceptable".

La chancelière Angela Merkel a déclaré que le dossier des sanctions contre la Russie serait évoqué lors du sommet européen de samedi à Bruxelles.

Les dernières informations en provenance d'Ukraine ont contribué à la baisse des marchés boursiers européens et américains jeudi.

Les avancées des rebelles font en effet craindre une nouvelle escalade du conflit alors que l'armée ukrainienne semblait avoir repris la main en fin de semaine dernière en encerclant Donetsk et Louhansk, les deux principaux bastions de la rébellion.

Anton Geraschenko, un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, a déclaré sur Facebook: "L'invasion de l'Ukraine par l'armée régulière russe de Poutine est désormais un fait établi!"

Le ministère russe de la Défense s'est refusé à tout commentaire sur les informations selon lesquelles des chars russes se trouvaient à Novoazovsk.

"INVASION"

Mais une responsable du conseil consultatif des droits de l'homme mis en place par le président russe Vladimir Poutine a déclaré à Reuters que les actes de Moscou en Ukraine équivalaient à ses yeux à une invasion.

"Lorsque des foules de personnes, sous les ordres de commandants, à bord de blindés, de véhicules de transport, et avec des armes lourdes, se trouvent sur le territoire d'un autre pays, franchissent la frontière, il s'agit à mon sens d'une invasion", a dit Ella Poliakova.

Plus de 100 soldats russes ont été tués ces dernières semaines dans l'est de l'Ukraine selon Ella Poliakova et Sergueï Krivenko, un autre membre du conseil.

Un journaliste de Reuters dans le sud de la Russie a vu une colonne de blindés et de soldats se dirigeant vers l'est à environ trois kilomètres de la frontière ukrainienne.

Aucun des soldats ou des équipements ne portaient de marques d'identification militaire reconnaissables mais le journaliste à vu un hélicoptère Mi-8 portant une étoile rouge atterrir près d'un poste de secours proche. Tous les hommes en uniforme auxquels Reuters a parlé ont refusé de dire s'ils appartenaient ou non à l'armée russe.

Le chef séparatiste Alexander Zakhartchenko, Premier ministre de la république autoproclamée de Donetsk, a reconnu que des soldats russes servaient actuellement dans les rangs des séparatistes. Il a indiqué dans une interview à Reuters que 3.000 volontaires russes se trouvaient aux côtés des unités séparatistes.

L'ambassadeur américain à Kiev, Geoffrey Pyatt, a également confirmé la présence de troupes russes en Ukraine sur Twitter: "Les tanks, véhicules blindés, pièces d'artilleries et lance-roquettes multiples fournis par la Russie n'ont pas suffi à défaire les forces armées ukrainiennes (...) Un nombre croissant de soldats russes interviennent directement dans le conflit sur le territoire ukrainien."

(avec Maria Tsvetkova, Anton Zverev, Gabriela Baczynska, Vladimir Soldatkin et Thomas Grove, Adrian Croft, Lina Kushch, Andreas Rinke et Alessandra Prentice; Eric Faye, Agathe Machecourt et Marc Angrand pour le service français)

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