En Alsace, les maisons à colombages en voie de disparition

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Ces maisons typiques sont en péril pour plusieurs raisons : lours travaux de restauration, désintérêt de l’ancien... et aussi les préemptions de ces maisons pour les raser et y construire des HLM.

Elles ont résisté aux siècles, aux catastrophes et aux guerres: pourtant chaque année, des dizaines de maisons à colombages alsaciennes disparaissent au pays des cigognes, un patrimoine dont la sauvegarde reste tributaire de la bienveillance des maires et des associations. «Les maisons à colombages sont synonymes d’attractivité pour les touristes. Beaucoup de gens y voient un patrimoine inépuisable, mais petit à petit leur nombre se réduit comme peau de chagrin», explique Bruno de Butler, membre de l’Asma.

Des familles qui n’ont pas les moyens d’engager de lourds travaux de restauration, le manque d’intérêt pour l’ancien, un héritage familial parfois embarrassant: les causes de ce phénomène d’abandon sont multiples et il est fréquent de voir des propriétaires tentés de vendre ou de démolir ces maisons pour du neuf. Transmises de génération en génération, des dizaines de maisons paysannes, corps de ferme, granges et dépendances en poutres de bois apparentes seraient pourtant sacrifiées chaque année, estiment les défenseurs de l’Asma.

«La maison alsacienne n’est pas mal aimée, mais elle n’est pas dans l’air du temps», estime M. de Butler. A Matzenheim, au bout de la route qui traverse le village vers Strasbourg, on découvre une demeure à deux niveaux construite en 1624 durant la Guerre de Trente ans, classée monument historique, dans un état de vétusté avancé. Sur la façade, on peut voir des colombages colmatés, semble-t-il, à la hâte avec des panneaux de contreplaqué. Le danger émane aussi des communes qui décident de préempter la vente de ces maisons pour les raser et y construire des HLM, lotissements ou des parkings.

Environ 400 destructions annuelles

La menace qui pèse aujourd’hui sur les maisons alsaciennes n’est pas nouvelle. «Cela a été de tout temps comme ça. Les centres de villages ont été détruits pour laisser la place à une salle polyvalente. Les maires sont souvent les premiers fossoyeurs», estime Guy Macchi, 67 ans, président des bénévoles de l’écomusée d’Alsace. Dès les années 1970, des étudiants «soixante-huitards» ont cherché à sauver ce patrimoine, démontant 25 propriétés pour les déplacer sur un terrain de 10 ha qui a jeté les bases de l’écomusée d’Alsace, précise-t-il. Dans les années 1980, la destruction des colombages dans la région a même atteint le rythme de «400 bâtiments par an», souligne-t-il.

Face à cette tendance, Strasbourg fait aujourd’hui exception. Dans sa partie insulaire, qui abrite la maison Kammerzell près de la cathédrale et la Petite France, les colombages de la capitale alsacienne sont réputés intouchables depuis leur classement en 1988 au patrimoine mondial de l’Unesco. «Dans les années 1970 on avait tendance à démolir. Aujourd’hui la tendance est à l’inverse, on cherche à préserver», indique-t-on à la Ville.

Quant aux amoureux du colombage, ils ne désarment pas. A Schnersheim (Bas-Rhin), Denis Elbel, 63 ans, ancien ingénieur dans une entreprise de construction, a relevé le pari en 2010 de restaurer de la cave au grenier un gigantesque corps de ferme datant de 1783 appartenant à la famille de son épouse. «Elle est repartie pour 100 ans», se félicite cet ancien cadre qui espère un label des Architectes et Bâtiments de France (ABF) et grâce à ses travaux d’isolation, la mention BBC décernée aux habitations à basse consommation d’énergie.

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