Emmanuel Macron de plus en plus isolé au sein du gouvernement

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MACRON DE PLUS EN PLUS FRAGILISÉ
MACRON DE PLUS EN PLUS FRAGILISÉ

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Les révélations sur le patrimoine d'Emmanuel Macron, assujetti à l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), fragilisent le ministre de l'Economie du gouvernement socialiste, taxé de mépris de classe après plusieurs épisodes polémiques.

Elles ravivent la question de son maintien dans l'équipe de Manuel Valls, où sa singularité, son positionnement économico-politique et ses transgressions dérangent.

Ces "fuites" sur des informations couvertes par le secret fiscal coïncident avec le récent lancement de sa "Grande marche" de collectes d'idées pour 2017, regardée d'un mauvais oeil par une partie de la gauche, ministres "hollandais" en tête, qui y voient les prémisses d'une candidature présidentielle.

Une option encouragée par le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, qui voit en Emmanuel Macron un candidat de substitution à François Hollande si le chef de l'Etat ne parvient pas à redresser sa courbe de popularité.

En affirmant qu'il n'est "dupe de rien" après la publication d'articles sur son assujettissement à l'ISF, Emmanuel Macron crie à la déstabilisation.

"Ces derniers jours et ces dernières semaines, il y a un emballement sur à peu près tous les sujets pour essayer soit de me déstabiliser, soit de me fragiliser, soit penser sans doute salir l'action qui est la mienne", a-t-il déclaré lors d'un déplacement dans le Nord, souhaitant "bon courage" à ses détracteurs "parce que cela ne m'arrêtera pas."

Des joutes larvées observées avec ironie par la droite, en pleine préparation de sa primaire pour la présidentielle.

"Tout ça est monté de toutes pièces pour lui nuire", disait mercredi l'ancien Premier ministre François Fillon sur RTL. "Je ne suis pas là pour le défendre (...) je dis simplement que tout ça sent terriblement les manoeuvres d'une majorité et d'un gouvernement qui sont à bout de souffle".

"COSTARD"

Pour François Miquet-Marty, "le point de rupture" est atteint et les jours d'Emmanuel Macron au gouvernement sont comptés.

"Il lui sera très difficile de rester dans ce gouvernement dans les semaines qui viennent", a dit à Reuters le politologue de l'institut de sondages Viavoice. "On est au-delà d'une simple divergence politique, on est sur des rivalités personnelles, des questions de leadership."

Les révélations fiscales s'ajoutent aux remous nés de la phrase lancée vendredi par le ministre dans une rue de Lunel à un jeune homme qui l'interpellait. "Vous n'allez pas me faire pleurer avec votre T-shirt. La meilleure manière de se payer un costard, c'est de travailler", a dit Emmanuel Macron.

De quoi brouiller encore l'image du dirigeant trentenaire, chantre d'un libéralisme de gauche, jamais élu, dont 38% des Français estimaient fin avril dans un sondage Viavoice qu'il ferait "un bon président de la République".

"Tout son capital est un capital d'opinion, d'où la fragilité de son positionnement", dit François Miquet-Marty. "Quelques maladresses ajoutées à quelques attaques peuvent lui porter un préjudice réel."

Frédéric Dabi, directeur adjoint d'Ifop France, constate lui aussi les dégâts sur l'ancien banquier qui séduit une partie de l'électorat de droite.

"Son patrimoine conséquent, son costume renvoient à un monde de privilégiés qui a du mal à comprendre les difficultés des gens qu'il entend justement défendre", dit-il.

Quant à une éviction de l'intéressé, cet observateur reste prudent, jugeant qu'"il vaut mieux avoir un Macron dedans que dehors... même si ça commence à faire beaucoup".

Mercredi après le conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a émis le souhait qu'Emmanuel Macron "reste" au gouvernement, décrivant un "ministre important, qui a les qualités pour conduire cette politique économique qui aujourd'hui marque des résultats et des points."

Ce proche de François Hollande s'était montré plus cassant dimanche sur France 3 en affirmant: "C'est à lui que la question (du maintien au gouvernement) va se poser, c'est certain".

"BALLE DE MATCH"

S'il n'a pas encore franchi la ligne rouge, les sorties de route du ministre ont été nombreuses. En privé, des membres du gouvernement ne cachent pas leur agacement à son égard.

"Vous le voyez en tant que candidat soutenu par le Parti socialiste? Il y aurait quelque chose qui m'échappe là...", ironise l'un. "Emmanuel Macron joue l'opinion publique. Il est tellement haut dans les sondages que maintenant il est trop tard pour le remercier", pense un autre.

Un de ses amis PDG s'interroge : "J'aime beaucoup Emmanuel mais je ne comprends absolument pas à quel jeu il joue vis-à-vis de Hollande. Il lui doit tout. Ce qu'il fait est, je trouve, très pervers."

La sénatrice PS Frédérique Espagnac considère au contraire le turbulent ministre comme "une force dans une équipe". "Je ne doute pas que si François Hollande est candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron sera à son service et derrière lui", dit cette proche de François Hollande.

Le chef de l'Etat a recadré à plusieurs reprises son conseiller devenu ministre. "Il sait ce qu'il me doit", disait-il en avril sur France 2. "La solidarité gouvernementale" s'impose à lui, ajoutait-il un mois plus tard sur Europe 1.

Quant au Premier ministre Manuel Valls, dont la tension avec Emmanuel Macron est visible, il a plusieurs fois ironisé sur la campagne de porte-à-porte lancée par le locataire de Bercy.

Pour François Miquet-Marty, le moment est décisif. "C'est la balle de match", dit-il. "Emmanuel Macron peut tout perdre, comme il peut essayer de rebondir".

(Avec Sophie Louet, Emile Picy, Emmanuel Jarry et Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)

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  • M7097610 il y a 8 mois

    il était chez les jésuites à Amiens il me semble...donc franc comme un jésuite du XIXème siècle

  • M7097610 il y a 8 mois

    un ministre de l'économie qui n'arrive même pas à évaluer son patrimoine immobilier....et habiter au Touquet, c'est d'un hasbeen ! bref, il est de gauche et compétent comme moi, je suis pape !

  • M9700920 il y a 8 mois

    Pour info, des socialos politiciens qui payent l'ISF, il y en a une bonne équipe, renseignez vous!!!Ce ne sont pas des gens qui vous représentent mais qui ont besoin simplement de vos voix pour continuer à s'enrichir en se fichant éperduement de la gestion de la France . Aucune action dans le cumul des mandats, des retraites versées aux ex députés, sénateurs et présidents, des avantages qu'ils se versent, des associations qu'ils engraissent, etc....).

  • 2010jpge il y a 8 mois

    Les bons on les lâche , les nuls restent !!!

  • testani2 il y a 8 mois

    ""Vous n'allez pas me faire pleurer avec votre T-shirt. [...]".Journaliste c'est un métier car Macron n'a pas dit ça. Il a dit "Vous n'allez pas me faire peur avec votre t-shirt."

  • titouan9 il y a 8 mois

    A force de faire partir les riches en les assommants d'impôts on va tous se retrouver entre pauvres !! ET !! on sera de plus en plus PAUVRES car il faudra aussi payer leurs impôts ; n'en déplaise !! !!! ç'est pourtant pas compliqué a comprendre b or del !!!

  • titouan9 il y a 8 mois

    Quand les riches maigrissent ; les pauvres meurent !!.......... Proverbe Chinois

  • mlaure13 il y a 8 mois

    Heureusement qu'il y a des riches...car les pauvres vivent à leurs crochets...:-)))

  • mlaure13 il y a 8 mois

    Ou il est dit qu'il avait mal évalué son patrimoine...???...:-(

  • M8603854 il y a 8 mois

    Les riches, ça n'impressionne que les pauvres...