Dominique Strauss-Kahn tourne la page de l'affaire du Carlton

le , mis à jour à 13:26
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DOMINIQUE STRAUSS-KAHN TOURNE LA PAGE DE L'AFFAIRE DU CARLTON
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN TOURNE LA PAGE DE L'AFFAIRE DU CARLTON

par Pierre Savary

LILLE (Reuters) - Dominique Strauss-Kahn a définitivement tiré un trait vendredi sur plusieurs années d'ennuis judiciaires liés à une sexualité qu'il reconnaît plus "rude" que la moyenne, le tribunal correctionnel de Lille l'ayant relaxé dans l'affaire du Carlton.

L'ancien patron du Fonds monétaire international, qui était poursuivi pour proxénétisme aggravé, risquait en théorie jusqu'à dix ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende.

Mais le tribunal a suivi les réquisitions du parquet, qui avait réclamé sa relaxe "pure et simple" et un seul des 14 prévenus a été condamné pour des faits de proxénétisme.

A l'issue de trois semaines de procès qui n'ont pas ébranlé la défense de "DSK" en février dernier, plusieurs parties civiles avaient même renoncé à lui réclamer des dommages et intérêts.

Soupçonné d'avoir été le "pivot central" de rencontres avec des prostituées entre 2008 et 2011 à Lille, Paris, Bruxelles et Washington, l'ancien ministre socialiste a toujours nié avoir été à l'origine des "parties fines" auxquelles il a participé, ajoutant n'avoir jamais soupçonné la qualité des participantes.

"Il a eu un comportement de client non répréhensible au regard de la loi pénale", a dit le président. "On ne peut pas lui imputer un rôle d'instigateur."

UN PROCÈS "POLITIQUE" ?

L'un de ses co-prévenus, Dominique Alderweireld alias "Dodo la Saumure", gérant de plusieurs "maisons de débauche" en Belgique qui a aussi été relaxé vendredi, a estimé à son arrivée au tribunal qu'il s'agissait d'un "procès politique".

"Il fallait faire tomber DSK", a-t-il déclaré à la presse, ajoutant dans une prédiction : "C'est raté mais ils ont essayé".

Les frasques sexuelles de l'ancien ministre de l'Economie, mises au jour en 2008 avec les révélations sur sa relation extra-conjuguale avec Piroska Nagy, une économiste dont il était le supérieur hiérarchique au FMI, défrayent la chronique judiciaire depuis plusieurs années.

A l'époque, "DSK" avait, au prix d'un mea culpa et grâce au soutien de son épouse Anne Sinclair, obtenu l'indulgence de l'institution internationale qui ne voulait pas se passer d'un des meilleurs économistes du monde en pleine tourmente financière due à la crise des subprimes.

Mais si elles ont brisé les ambitions politiques de celui qui était un temps promis aux plus hautes fonctions, écornant toujours un peu plus son image, de la prison et l'assignation à résidence à New York jusqu'à la garde à vue en France, chaque "affaire" s'est dénouée en sa faveur.

Ainsi de l'affaire du Sofitel de New York.

Accusé en mai 2011 d'agression sexuelle par une femme de chambre au Sofitel de New York, Dominique Strauss-Kahn est interpellé dans l'avion qui doit le conduire à Paris. Inculpé par le parquet de New York, il est transféré menottes aux poignets au dépôt du palais de justice de Manhattan, et contraint de démissionner du FMI quelques jours plus tard.

Mais celui qui reconnaît une "relation inappropriée" tout en démentant toute contrainte bénéficie d'un non-lieu au pénal.

"VIE PRIVÉE"

Une procédure au civil dont le montant est resté secret se conclut quant à elle par une transaction financière.

Moins de deux mois après l'affaire du Sofitel, qui secoue une classe politique qui voyait en lui un potentiel candidat pour les primaires socialistes en vue de l'élection présidentielle de 2012, l'écrivain Tristane Banon lance un nouveau pavé dans la mare en portant plainte pour tentative de viol.

Elle dit avoir été victime d'une agression sexuelle en février 2003, lors d'une rencontre avec lui dans le cadre de la rédaction d'un livre.

Faute de preuves, le parquet de Paris classe cette plainte sans suite en octobre 2011. Des faits pouvant être qualifiés d'agression sexuelle sont reconnus, mais jugés prescrits.

Quelques jours plus tard, la presse révèle que le nom de Dominique Strauss-Kahn est cité dans l'affaire du Carlton de Lille. Ce dossier agite la ville du Nord depuis début 2011, quand la police judiciaire de Lille est alertée des activités d'un certain René Kojfer -- seul condamné vendredi pour des faits de proxénétisme --, soupçonné de faire se rencontrer prostituées et clients dans deux établissements lillois.

Depuis sa mise en examen en mars 2012, "DSK" n'a eu de cesse de clamer son innocence.

Lavé de tout soupçon et à l'abri quasi certain d'un appel, il tourne donc la page de plus de quatre ans de démêlés judiciaires qui ont délié les langues sur les pratiques de celui qui se revendique "libertin", notamment dans les milieux politique et médiatique.

"J'ai toujours considéré que la vie privée était la vie privée", a-t-il déclaré lors de son procès. "J'ai peut-être eu tort."

(avec Chine Labbé à Paris, Edité par Yves Clarisse)

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