Dominique Strauss-Kahn jugé pour proxénétisme aggravé

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DOMINIQUE STRAUSS-KAHN DEVANT LA JUSTICE
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN DEVANT LA JUSTICE

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - L'ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, contraint à la démission après avoir été accusé en mai 2011 d'agression sexuelle par une femme de chambre au Sofitel de New York, est jugé à partir de lundi à Lille pour proxénétisme aggravé aux côtés de treize autres prévenus.

"DSK", 65 ans, est soupçonné d'avoir été le "pivot central" de "parties fines" organisées avec des prostituées entre 2008 et 2011 à Lille, Bruxelles, Paris et Washington.

Il a toujours clamé son innocence, assurant n'avoir jamais su que les femmes rencontrées lors de ces soirées selon lui "libertines", où il était invité, étaient des prostituées.

Joint par Reuters, son avocat, Me Richard Malka, n'a pas souhaité faire d'autre commentaire avant l'ouverture des débats.

A l'issue du procès, qui doit durer trois semaines, le jugement devrait être mis en délibéré.

L'ancienne figure du Parti socialiste, qui semblait en 2011 le mieux placé pour la primaire du PS en vue de l'élection présidentielle, encourt jusqu'à 10 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende.

L'affaire dite du "Carlton" a commencé début 2011 quand la police judiciaire de Lille a été alertée des activités d'un certain René Kojfer, responsable des relations publiques pour l'hôtel Carlton, soupçonné de faire se rencontrer prostituées et clients dans deux établissements lillois.

L'enquête, qui mettra en lumière plusieurs canaux présumés de prostitution, tombera des mois plus tard sur le nom de Dominique Strauss-Kahn. Autour de lui, deux hommes au moins, logisticiens présumés de soirées auxquelles il participait : Fabrice Paszkowski, gérant d'une société de matériel médical, et David Roquet, entrepreneur en BTP.

LE "ROI DE LA FÊTE"

En juin 2013, le parquet de Lille avait requis un non-lieu à son encontre, estimant qu'il ne pouvait être déduit "avec certitude" qu'il savait que les femmes rencontrées étaient rémunérées ni qu'il était à l'origine des soirées.

Mais un mois plus tard, les magistrats instructeurs en décidaient autrement.

S'il ressortait de l'enquête qu'une certaine "omerta" était imposée aux jeunes femmes, qui ne devaient jamais évoquer en sa présence leur qualité de professionnelles, selon une source judiciaire, l'homme politique "ne pouvait pas ignorer" qu'elles étaient des prostituées, d'après l'accusation.

Pour les juges, loin d'être un simple client "consommant gratuitement", "DSK" était l'instigateur et le "principal bénéficiaire" de ces soirées, poursuit cette source. Devant les enquêteurs, une escort dira de lui qu'il était le "roi de la fête", au centre de toutes les attentions.

Les magistrats ont notamment retenu contre lui la mise à disposition d'un appartement à Paris et des échanges de SMS avec d'autres protagonistes du dossier montrant, selon l'accusation, qu'il a favorisé la mise en place d'un "système" visant à "satisfaire ses besoins sexuels".

Parmi les autres prévenus qui défileront à la barre figurent un avocat lillois, un commissaire de police et Dominique Alderweireld alias "Dodo la Saumure", gérant de plusieurs "maisons de débauche" en Belgique.

Certains sont aussi poursuivis pour escroquerie, abus de confiance ou abus de biens sociaux dans le volet financier de cette affaire.

L'ancien ministre de l'Economie, dont les frasques sexuelles défrayent la chronique depuis l'affaire du Sofitel, avait bénéficié d'un non-lieu au pénal à New York. Reconnaissant une "relation inappropriée" et une "faute morale", il a toujours démenti toute contrainte ou violence.

(édité par Yves Clarisse)

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