Détecteurs de fumée à domicile: les Français ne sont pas prêts

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VIDÉO - Tous les logements sont censés être équipés à compter du 8 mars 2015.

Six cents morts, selon les pompiers, 1200 selon l’Association des brûlés de France, qui tient compte des décès survenus par la suite à l’hôpital: telles sont chaque année les conséquences dramatiques des incendies domestiques. Une hécatombe qui, comparée à d’autres, passe inaperçue mais que veut faire cesser le gouvernement.

À compter du 8 mars prochain, tous les logements devront être équipés d’un détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF). Une obligation qui risque de n’être que théorique pour beaucoup: en l’absence d’une campagne d’information, elle est encore largement méconnue. «Si bien qu’à la date butoir, tout le monde n’aura pas un DAAF», prédit Romain Canler, délégué général de la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI).

Les retards d’installation seront d’ailleurs plus notables encore, selon ce spécialiste, dans les logements sociaux. Des changements législatifs survenus en mars dernier ont, en effet, pris de court les bailleurs sociaux. Quand l’occupant était tenu pour responsable de la pose de cet appareil, la loi a finalement désigné le propriétaire. Du coup, les organismes, qui ont parfois plusieurs milliers de logements à gérer, ont dû lancer, à la hâte, un appel d’offres, passer commande de milliers de produits, mais, d’après Romain Canler, les installateurs, surchargés, ne pourront tenir les délais. Selon la FFMI, il y aura encore environ 2 millions de logements sociaux qui ne seront toujours pas équipés au 8 mars.

Quant aux particuliers, ils n’ont qu’à se servir dès maintenant dans les rayons des magasins et choisir le bon matériel. Ce dernier doit être muni du marquage CE et être conforme à la norme européenne harmonisée «NF EN 14604». La loi prévoit un seul détecteur par logement. Mais il vaut mieux équiper chaque étage quand l’habitation en compte plusieurs.

À l’inverse, attention aux logements exigus. Une casserole où des pâtes cuisent peut suffire, avec la vapeur, à déclencher l’alarme! Le DAAF doit donc être installé loin des plaques de cuisson. Une exigence qui tient lieu de gageure dans une chambre de bonne parisienne… Et qu’en est-il d’une pièce enfumée lors d’une soirée entre jeunes dans un studio? «L’équipement peut réagir à la fumée d’un gros cigare mais tout est conçu, en principe, pour éviter les déclenchements intempestifs», indique-t-on à la FFMI.

Pour être efficace, le détecteur, alimenté par une pile et qui doit être nettoyé régulièrement, doit aussi être correctement fixé au plafond, avec des vis. Les particuliers qui rechigneraient à utiliser la chignole, pourraient certes recourir à un système collant mais ce dernier n’a pas été validé lors des essais. Même léger, le DAAF pourrait finir par se décoller…

Une fois bien installé et en cas de fumées, ce dernier est donc destiné à donner l’alerte en émettant un signal d’alarme d’un niveau sonore de 85 décibels. «Le dispositif sert notamment à réveiller les habitants si le feu se déclare chez eux. Rappelons que 70 % des accidents mortels ont lieu la nuit et, dans un tiers des cas, l’origine du sinistre est électrique», rappelle Romain Canler. Les autres causes sont diverses, mais ce peut être une cigarette mal éteinte ou encore un départ de feu de cheminée qui se propage… Les chiffres dans ce domaine sont méconnus mais ils font réfléchir. Ainsi, rappelle la fédération, un incendie a lieu toutes les deux minutes en France dans un logement et on en dénombre chaque année 250.000. Si le feu dans les habitations tue et constitue la deuxième cause de mortalité parmi les accidents domestiques chez les enfants de moins de 5 ans, il fait aussi des blessés. On en compte 10.000 par an, dont 3500 dans un état grave. «Avec des détecteurs de fumée déjà mis en place dans les bureaux, ou dans les établissements recevant du public comme les théâtres, on a énormément progressé en matière de sécurité. Moins de 50 morts sont à déplorer chaque année dans ces lieux. Il reste donc les habitations et les particuliers à protéger», relève le délégué général.

Le prix d’acquisition d’un détecteur, heureusement, n’est pas dissuasif. L’appareil coûte environ 20 euros. Hélas, il n’est pas franchement beau… Du coup, des fabricants ont déjà lancé des produits au design plus attractif, conçus notamment en métal poli, mais aussi plus coûteux. Des industriels travaillent aussi à des détecteurs en cuir ou encore en marbre.

De leur côté et pour inciter les particuliers à s’équiper, les assureurs devraient minorer la prime d’assurance. Mais en cas d’incendie et même si le détecteur n’a pas été fixé, le sinistre sera quand même indemnisé. Pour l’heure, les textes n’ont prévu aucun contrôle particulier, ni aucune sanction si le dispositif n’est pas installé. Les pouvoirs publics misent, pour l’instant, sur une prise de conscience des risques par les Français et une acceptation progressive de la mesure.

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