Confusion au Burkina Faso après la démission de Compaoré

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CONFUSION AU BURKINA FASO APRÈS LA DÉMISSION DE COMPAORÉ
CONFUSION AU BURKINA FASO APRÈS LA DÉMISSION DE COMPAORÉ

par Mathieu Bonkoungou et Joe Penney

OUAGADOUGOU (Reuters) - L'incertitude s'est installée vendredi au Burkina Faso à la suite de la démission, sous la pression de la rue, du président Blaise Compaoré après vingt-sept années passées au pouvoir.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Honoré Traoré, a annoncé qu'il assumait la "responsabilité de chef de l'Etat" mais un groupe d'officiers, autour du lieutenant-colonel Issaac Zida, commandant de la garde présidentielle, a annoncé la mise en place d'un "organe de transition avec les forces vive de la nation".

Poussé au départ par la colère de ses compatriotes descendus en masse dans les rues du pays pour contester sa volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015, Blaise Compaoré, parvenu à la tête du pays à la faveur d'un coup d'Etat en 1987, a annoncé dans un communiqué que la présidence du pays était désormais vacante.

La veille encore, et malgré une journée de violentes manifestations à Ouagadougou et dans les autres grandes villes du pays, il refusait de démissionner.

L'annonce de son départ a déclenché des scènes de liesse parmi la foule immense rassemblée dans les rues de Ouagadougou, où les manifestants étaient encore plus nombreux que les jours précédents, certainement des centaines de milliers, selon un journaliste de Reuters.

L'ambiance s'est toutefois quelque peu refroidie lorsqu'il est apparu que le chef de l'armée, le général Honoré Traoré, avait pris les rênes du pays.

Dans son allocution à la nation, par un communiqué lu à la télévision et à la radio, Blaise Compaoré avait annoncé la mise en oeuvre de l'article 43 de la Constitution. "Je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours", précisait-il.

Aux termes de la constitution du Burkina Faso, l'intérim à la tête de l'Etat doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale si le président démissionne. Or l'Assemblée a été dissoute dès jeudi soir par le général Traoré dans le cadre de l'état de siège brièvement décrété par Blaise Compaoré.

"NUL NE PEUT VOUS PRIVER DE CETTE VICTOIRE"

Contrairement au président démissionnaire, le chef de l'armée est en outre resté flou sur le calendrier de la transition, se contentant d'évoquer un retour à l'ordre constitutionnel le plus rapidement possible.

"Je décide que j'assumerai à partir de ce jour la responsabilité de chef de l'Etat. Engagement est pris de procéder sans délais à des consultations avec toutes les forces vives et les composantes de la nation en vue d'un processus qui mènera au retour à une vie constitutionnelle normale", a-t-il déclaré.

Le général Traoré est le septième officier à prendre le pouvoir depuis l'indépendance de l'ex-Haute Volta, en 1960.

Mais le lieutenant-colonel Issaac Zida, commandant de la garde présidentielle, a réfuté son autorité en annonçant la mise en place d'un conseil de transition en consultation avec les forces vives de la nation et la suspension de la Constitution.

"Le pouvoir appartient au vaillant peuple du Burkina Faso. Nul ne peut vous priver de cette victoire", a-t-il lancé dans la soirée aux dizaines de milliers de manifestants rassemblés sur la place de la Nation, épicentre du mouvement de contestation à Ouagadougou.

"L'armée devait répondre à l'appel du peuple. Elle ne s'empare pas du pouvoir comme dans un coup d'Etat", a-t-il ajouté.

Avant qu'il ne prenne la parole, des camions militaires se sont mis en mouvement. Un de ses proches a expliqué que des soldats allaient être déployés autour de la capitale.

Blaise Compaoré aurait pour sa part gagné le Ghana. Des témoins ont dit avoir vu un convoi lourdement armé se diriger vers la ville de Po, dans le sud du pays près de la frontière ghanéenne, ont rapporté deux sources diplomatiques et des médias locaux.

Une source diplomatique évoquait vendredi soir la possibilité que Blaise Compaoré se rende en Côte d'Ivoire, le président démissionnaire entretenant de bonnes relations avec le président ivoirien Alassane Ouattara.

LA FRANCE SALUE LE DÉPART DE COMPAORÉ

Le président français François Hollande, qui avait discrètement tenté de convaincre Compaoré d'accepter un poste dans une institution internationale à la fin de son mandat, a salué sa démission et demandé la tenue d'élections.

"La France rappelle son attachement à la Constitution et donc à la tenue rapide d'élections démocratiques", précise le communiqué de l'Elysée

par Mathieu Bonkoungou et Joe Penney

OUAGADOUGOU (Reuters) - L'incertitude s'est installée vendredi au Burkina Faso à la suite de la démission, sous la pression de la rue, du président Blaise Compaoré après vingt-sept années passées au pouvoir.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Honoré Traoré, a annoncé qu'il assumait la "responsabilité de chef de l'Etat" mais un groupe d'officiers, autour du lieutenant-colonel Issaac Zida, commandant de la garde présidentielle, a annoncé la mise en place d'un "organe de transition avec les forces vive de la nation".

Poussé au départ par la colère de ses compatriotes descendus en masse dans les rues du pays pour contester sa volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015, Blaise Compaoré, parvenu à la tête du pays à la faveur d'un coup d'Etat en 1987, a annoncé dans un communiqué que la présidence du pays était désormais vacante.

La veille encore, et malgré une journée de violentes manifestations à Ouagadougou et dans les autres grandes villes du pays, il refusait de démissionner.

L'annonce de son départ a déclenché des scènes de liesse parmi la foule immense rassemblée dans les rues de Ouagadougou, où les manifestants étaient encore plus nombreux que les jours précédents, certainement des centaines de milliers, selon un journaliste de Reuters.

L'ambiance s'est toutefois quelque peu refroidie lorsqu'il est apparu que le chef de l'armée, le général Honoré Traoré, avait pris les rênes du pays.

Dans son allocution à la nation, par un communiqué lu à la télévision et à la radio, Blaise Compaoré avait annoncé la mise en oeuvre de l'article 43 de la Constitution. "Je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours", précisait-il.

Aux termes de la constitution du Burkina Faso, l'intérim à la tête de l'Etat doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale si le président démissionne. Or l'Assemblée a été dissoute dès jeudi soir par le général Traoré dans le cadre de l'état de siège brièvement décrété par Blaise Compaoré.

"NUL NE PEUT VOUS PRIVER DE CETTE VICTOIRE"

Contrairement au président démissionnaire, le chef de l'armée est en outre resté flou sur le calendrier de la transition, se contentant d'évoquer un retour à l'ordre constitutionnel le plus rapidement possible.

"Je décide que j'assumerai à partir de ce jour la responsabilité de chef de l'Etat. Engagement est pris de procéder sans délais à des consultations avec toutes les forces vives et les composantes de la nation en vue d'un processus qui mènera au retour à une vie constitutionnelle normale", a-t-il déclaré.

Le général Traoré est le septième officier à prendre le pouvoir depuis l'indépendance de l'ex-Haute Volta, en 1960.

Mais le lieutenant-colonel Issaac Zida, commandant de la garde présidentielle, a réfuté son autorité en annonçant la mise en place d'un conseil de transition en consultation avec les forces vives de la nation et la suspension de la Constitution.

"Le pouvoir appartient au vaillant peuple du Burkina Faso. Nul ne peut vous priver de cette victoire", a-t-il lancé dans la soirée aux dizaines de milliers de manifestants rassemblés sur la place de la Nation, épicentre du mouvement de contestation à Ouagadougou.

"L'armée devait répondre à l'appel du peuple. Elle ne s'empare pas du pouvoir comme dans un coup d'Etat", a-t-il ajouté.

Avant qu'il ne prenne la parole, des camions militaires se sont mis en mouvement. Un de ses proches a expliqué que des soldats allaient être déployés autour de la capitale.

Blaise Compaoré aurait pour sa part gagné le Ghana. Des témoins ont dit avoir vu un convoi lourdement armé se diriger vers la ville de Po, dans le sud du pays près de la frontière ghanéenne, ont rapporté deux sources diplomatiques et des médias locaux.

Une source diplomatique évoquait vendredi soir la possibilité que Blaise Compaoré se rende en Côte d'Ivoire, le président démissionnaire entretenant de bonnes relations avec le président ivoirien Alassane Ouattara.

LA FRANCE SALUE LE DÉPART DE COMPAORÉ

Le président français François Hollande, qui avait discrètement tenté de convaincre Compaoré d'accepter un poste dans une institution internationale à la fin de son mandat, a salué sa démission et demandé la tenue d'élections.

"La France rappelle son attachement à la Constitution et donc à la tenue rapide d'élections démocratiques", précise le communiqué de l'Elysée.

Une délégation des Nations unies, de l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) devait se rendre dans les prochaines heures au Burkina Faso pour des entretiens avec les différents protagonistes de la crise.

Solidement installé à la tête du Burkina Faso depuis 1987, Blaise Compaoré, 63 ans, a été emporté en quelques jours seulement par une explosion de colère à travers le pays face à son projet de se maintenir au pouvoir au-delà de 2015.

Le sort du président burkinabé pourrait être interprété comme un avertissement par d'autres dirigeants africains envisageant, comme lui, de modifier la Constitution de leur pays pour supprimer les limitations au nombre de mandats présidentiels.

"C'est un printemps sub-saharien et il doit se poursuivre contre tous les présidents qui essaient de s'accrocher au pouvoir en Afrique", a déclaré Lucien Trinnou, un étudiant en droit faisant référence aux soulèvements du "printemps arabe" en 2011.

Après deux septennats puis deux quinquennats, Blaise Compaoré avait acquis un statut de médiateur dans les conflits de la région. Il s'était en outre allié aux pays occidentaux, dont la France, dans les efforts de lutte contre les islamistes radicaux actifs dans la région.

(Avec Daniel Flynn, Emma Farge et Bate Felix à Dakar, Grégory Blachier et John Irish à Paris; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Henri-Pierre André)

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