Chute de l'or : l'image du «placement refuge» sérieusement écornée

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Le cours de l'or s'est effondré cet été, faisant encaisser des pertes conséquentes aux épargnants qui ont cédé à la «fièvre jaune». La bulle était alimentée par l'image de sécurité renvoyée par ce placement.

Il n'y a pas que le baril de pétrole, le kilo de carcasse de porc ou le yuan qui ont vu leur valeur se déprécier. Dans une relative discrétion des marchés, plus inquiets des soubresauts de la Bourse chinoise, c'est l'or qui a connu son «été meurtrier». En juillet dernier, le cours de l'or est brièvement passé en dessous de 1100 dollars l'once et n'a guère redécollé depuis. Il a atteint ce jour-là son plus bas niveau depuis 2010, loin, très loin, de son sommet atteint fin 2011 à 1912 dollars l'once.

Et les perspectives économiques sont inquiétantes pour le métal dit «précieux»: le dollar s'apprécie, l'Inde et surtout la Chine -dont la croissance ralentit- ne sont plus les ogres insatiables que l'on pensait, tirant les cours vers le haut. Avec comme victime de son éclatement le profil habituel: ceux qui ont cru un peu trop vite en une fièvre jaune illimitée, ou du moins durable.

«Dans l'absolu, l'or n'est pas vraiment un placement très intéressant, pour la simple et bonne raison qu'il ne donne pas de revenus», explique au Figaro Jean-Pierre Rondeau, dirigeant de la société de conseil en investissement Megara Finance, qui tire fréquemment la sonnette d'alarme contre les dangers des placements atypiques (pierres précieuses, bouteilles de vin, vieux manuscrits…).

Un actif incompris par les petits épargnants

Le métal jaune a en effet toujours été un investissement «refuge», prisé par les épargnants sensibles au discours apocalyptique d'un monde qui va vers le chaos. «Dans les années 70, en pleine peur des effets dévastateurs de la Guerre froide, le lingot d'or valait environ 110.000 francs de l'époque. Quelques années après il est retombé à 60.000 francs… et est resté autour de ce chiffre pendant 27 ans», se rappelle Jean-Pierre Rondeau. «Les ficelles des vendeurs sont aujourd'hui les mêmes, ils communiquent sur l'intérêt de l'or en argumentant sur les risques de déclin économique, sur la perte de valeur de l'euro si la Grèce sort de la monnaie unique, sur les craintes de faillite des banques ou d'un désordre mondial…», ajoute-t-il.

Alexandre Baradez, analyste chez IG France, met également en garde les investisseurs tentés par ce qu'ils croient être un placement de «bon père de famille»: «Même si je pense qu'à la fin de l'année 2015 l'or va se stabiliser car les matières premières ne peuvent pas chuter indéfiniment, il reste un actif complexe à appréhender. Son cours obéit à des logiques macroéconomiques nombreuses, et les facteurs de variation sont mutliples», prévient-il. «L'or, c'est une matière première, une devise, cela n'a rien à voir avec de l'immobilier! Cela ne veut pas dire que l'or ne peut pas être parfois un bon investissement, mais un actif qui peut passer en quelques années de 1900 dollars l'once à 1100 n'a absolument rien d'une “valeur refuge”» conclut-il.

Autres victimes collatérales du plongeon du métal jaune, les magasins de rachat d'or. Cette profession qui s'est développée opportunément pour accompagner la hausse de l'or était déjà fortement décriée pour ses pratiques (prix flous, absence de traçabilité précise des transactions, et un démarchage commercial pourtant interdit dans ce secteur) est rapidement entrée en crise quand les cours de l'or ont commencé à fléchir en 2013. Alors que le nombre d'officines proposant de racheter de l'or est passé pendant la hausse des cours de 1000 à 3000, selon la Chambre syndicale des négociants d'or et du bijou d'occasion (CSNOBO), la moitié aurait fermé leurs portes ces deux dernières années.

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